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jeudi 14 novembre 2013

Les menhirs de glace, Kim Stanley Robinson

Vois-tu, farang-imbu-de-sa-petite-personne, je croyais tout connaître de l’ami K.S.R., aussi, quand je trébuchais l’autre jour sur ces menhirs de glace de 1984 (pour la traduction en occitan), le rouge m’enduisit le front !  De quoi ? Comment ? Un K.S.R. qui m’aurait échappé ? ! Est-ce possible ? Bien que le fait soit intolérable, force me fut de constater qu’on est toujours bien plus ignorant qu’on ne le pense. Et ouais, je croyais tout connaître de cézigue, avoir tout lu, et paf ! La faute de parcours, l’accroc fatal ; un hiatus de presque vingt piges !
Chuis légèrement vexé là ! Avoir raté le quasi-prélude à la génèse de Mars la rouge !
On est bien peu de choses, c’est mon amie la rose qui me l’a dit ce matin...

Pouf, pouf.

Pour la situasse il te suffira de savoir que nous sommes au 23e siècle, aux débuts de la terraformation de Mars (la rouge, puis la verte et enfin la bleu), aux origines de la trilogie et nous allons voyager le long d'un chemin parallèle à cette épopée.
Le récit est saucissonné en trois parties (nouvelles) qui se suivent chronologiquement : 2248, 2547 et 2610.
Voila pour le contexte, mais l'intérêt de ce bon bouquin de SF est ailleurs ; les humains peuvent vivre plusieurs siècles (plus de 1000 ans ?), mais la cervelle ne suit pas.
K.S.R introduit cette contrainte quasi oulipienne comme fondamental anthropologique : la mémoire humaine n’est pas extensible, elle se ré-écrase au fil du temps comme un vulgaire débordement de pile  de sorte que l’individu de 2610 n’est plus le même que celui de 2248. C’est grave ça, tu vois pas le bordel ? Les êtres humains n’auraient plus d’histoire, le vécu s’enfuirait avec la mémoire, ton propre passé deviendrait de la mythologie… ‘tain, les boules !


Cela dit, j’étais sûre que la Emma de 2248 n’était pas morte, et j’ai immédiatement voulu que ce soit la Caroline Holmes de 2610… Hé, hé, hé...
J’ai aussi peur que l’expédition “interstellaire” de Davidov n’ait pas abouti… y z’ont dû tous mourire, non ?  Oh, putain, c’était poignant ! Mais ça, tu peux pas test si tu n’as pas lu.


Un livre intéressant, cher K.S.M., tu étais déjà un maître dès le début des années 80.
Merci pour la ballade et je replace immédiatement la trilogie de Mars dans la P.A.L.


Drès bon, doi brendre !






Dans un premier temps, je vous demande de verdir...



lundi 11 novembre 2013

Le Pigeon, Patrick Süskind

Tout ce que touche Süskind se transforme en or.

Après Le Parfum, ce court roman nous plonge dans la journée catharsique de Jonathan Noël.


Jonathan Noël c’est l’anti Gregor Samsa de Kafka (La Métamorphose). Non, il ne se réveille pas un matin maquillé en cafard, au contraire, il a vécu comme un cafard pendant plus de quarante ans, et, le beau matin en question, en allant faire caca, cézigue tombe nez à nez avec un pigeon, sur le palier. C’est l’agent déclencheur qui va le précipiter dans les affres de son humanité oubliée. Ce pigeon n’a rien à foutre sur le palier de ses habitudes ; c’est la panique,  tout va dérailler, toute sa routine est atomisée, sa vie s'effondre en un collapsus qui dure exactement  vingt-quatre heures.
Ce type qui vivait entre parenthèses depuis près d’un demi-siècle retrouve des sensations qu’il ne connaissait plus. Il découvre l’inconfort de sa carcasse, de sa mémoire, l’inanité de son boulot et l'inexistence de ses relations aux autres. Il prend conscience de la vacuité de sa vie. Il va même frôler l’auto-destruction.


En fait ce pigeon est métaphorique, c’est son Jean-Baptiste et les terribles vingt-quatre heures qui suivent cette rencontre sont ses eaux du Jourdain. Jonathan Noël ressortira de cette épreuve entièrement lavé et peut-être aura-t-il désormais les outils pour découvrir et profiter de “la vie bonne” (dans son acception aristotélicienne). Mais cela, l’ami Patrick se garde bien de le préciser car le récit s’achève au moment ou Jonathan ose retourner chez lui, prêt à affronter le pigeon. Que fera-t-il ensuite ? Reprendra-t-il son train train, changera-t-il radicalement de vie ?...


Que feras-tu, farang-colombophage, quand tu croiseras ton pigeon ?



Si fait, l’ami Süskind est un maître de l’exploration de l’âme humaine, il n’a pas son pareil pour souligner l’étrangeté de nos vies.







Un bon pigeon est un pigeon mort… avec des petits pois autour !

dimanche 10 novembre 2013

Les Yeux jaunes des crocodiles, Katherine Pancol

Et non, tu ne rêves pas, farang-ébaubi, je viens réellement de lire ce truc. 
Je sais, c’est du vice, mais ils m’intriguaient depuis longtemps ces cador(e)s de l’écurie Arlequin ; les Marc Levy, les Katherine Pancol, les Guillaume Musso & Co.
Et ouais, faut pas mourir con, sans compter qu’il doit bien y avoir une raison pour que ces bouquins fassent des cartons pareils. T’as vu les tirages ?
Non, je ne pouvais pas test, fallait que je vois ça avec les yeux que j’ai en propre et qui, non pas tant corollairement que tautologiquement, sont à moi.
Brèfe, je me suis bouché le nez, j'ai retenu ma respiration, et j’ai plongé dans ces sept cents pages.
Plouf…

Quarante-huit heures après…

C’est un marigot !

Mesdames, faites vos courses, vous allez pouvoir bourrer à ras la gueule votre sac à main de  lieux communs, de personnages caricaturaux et de situations rien moins qu’improbables ; femmes vénales, gros beaufs bardés de pognon, vieilles rombières hautaines, blondasses mijaurées, insupportables progénitures, et même la fille cachée de la Reine d’Angleterre dans le rôle de la voisine de palier… Pffff.
Est-il seulement envisageable que les filles soient si bêtes et si méchantes ? Cette Pancol n’aime vraiment pas sa prochaine !
On est très très loin d’une Anna Gavalda avec son superbe  “Ensembles c’est tout”. Là il y avait de vrais personnages, des vraies gueules cassées, là il y avait une humanité . Cette chère Anna n’a pas sa pareille pour susciter le côté féminin qui gésit en chaque macho. La Katherine, elle, n’a su éveiller que mon côté misogyne.

Veux-tu que je te dise, farang boulevardier, j’ai eu l’impression de lire une sorte de sous-Feydeau écrit par Christine Hass… heu… Katherine Pancol ;  “Martine au pays des crocrodiles” en somme.

Et le pire peut-être, ce n’est même pas vulgaire, c’est simplement con.

Pour en revenir aux crocodiles, saches qu’ils existent réellement dans ce bouquin, ils cherchent la transcendance dans une ferme  de crocodiles au Kenya. Oui, tu n’es pas sans ignorer, chère être humaine occidentale, que le crocodile n’attend que ça, se transcender en sac à main, et si possible teinté et verni en rouge vif, avec fermoir doré constitué de deux petites sphères simili or, qui délivre son clack feutré quand il se verrouille pudiquement sur l’indispensable foutoir qui définit ta vie de femme émancipée.

Quoi qu'il en soit, chuis venu, j'ai vu, chuis vaincu !
 




Je vous demande de ne pas me teindre en rouge...

jeudi 7 novembre 2013

Le présent du passé au cube, Yves Coppens

D’jà, on dit Môssieur Coppens.
Hé, je te signale qu’on parle du papa de Lucy, t’es pas fou, non ? Du vieille France doré sur tranche, une épée, un cador… une figure ; un mec capable de te dire à quelle heure t’as fait caca il y a deux cent mille ans, et ce, juste en zieutant une de tes rognures d’ongles fossilisées qu’il viendra de trouver en repiquant des radis en Éthiopie. Bordel de dieu, ça force le respect des trucs pareils !
Ouais, crois-moi farangus-australopithecus, tout ce que raconte cet homme est passionnant, on s’arrêt’rait pus… hélas ce troisième volume des nouvelles de la préhistoire est, comme les deux précédents, dramatiquement court : un peu plus de deux cents pages !
Ami Yves, te serait-il loisible de le bourrer un peu plus, le prochain ?
Pour le titre, je suppose qu’il s'appellera : Le présent du passé au Tesseract (pour ceusses qui n’ont pas vu le film, il s’agit d’un hypercube). Mais surtout remplis-le bien, plus de quatre cents pages, hein ? Et ouais, mon bon vieux Yves, tu orbites au firmament de notre environnement culturel au même titre qu’un Hubert Reeves, un Michel Serre ou un Stephen Hawking. Nous avons soif de vos écrits, nous reniflons vos traces et nous nous délectons de leurs fumets ; vous êtes d'inamovibles Pygmalions, toi et tes potes, et nous adorons voyager juchés sur vos épaules...et ouais. 
Donc, cher grand homme, plus de quatre cents pages la prochaine fois que tu rends ta copie à cette noble Odile, capito ? (Galatée a bien le droit d’avoir quelques exigences, merde ! )
Oups ! Je m’ai emballé, là… je te présente toutes mes confuses.


Il s’agit donc d’un voyage aux confins de l’humanité, les us et coutumes de nos lointains ancêtres erectus, habilis, ergaster, néhandertal, etc.
Que mangeaient-ils ? se brossaient-ils les dents ? où achetaient-ils leurs clopes ? et mille autres détails fascinants qui auront fait de nous l'Homme des temps modernes, un animal “total”, non seulement holistiquement adapté, mais en passe d'acquérir le statut d’animal “adaptant” car après avoir subi le joue de son environnement pendant des millions d’années, il le façonne désormais sans vergogne. D’’objet nous sommes passés sujet.   


Quant au fait qu’il est probable que nous nous bouffions déjà les uns les autres il y a deux cent mille ans (où chais plus combien), ben ça confirme que toute la mauvaiseté qui nous habite vient de loin et qu’il n’y a finalement rien d’étonnant à constater que même métaphorique, l’anthropophagie fait toujours florès ; l’homme est devenu sa propre ressource.
Tu ricanes ? Tu trouves que j’exagère ? Ne penses-tu pas que ton DRH te prend pour une ressource ? Ton banquier ? Et mieux encore, sais-tu qu’il existe une curieuse secte d’illuminés dont les adeptes se réunissent tous les dimanches matins pour bouffer un morceau de leur dieu (fait homme !). Ne sont-ce point des cannibales ?


Cela dit, je m’interroge : au fil de l'évolution, les femmes sont-elles devenues des hommes comme les autres, hum ? Non, j’déconne, vous fâchez pas les filles...



Ah, que je t’aime cher Yves Coppens ! J’aime ton élégance rondouillette, j’aime la mousse blanche et millimétrée qui barbouille ta frimouse de patricien, la lueur malicieuse qui point dans le coin de ton oeil, le timbre rassurant de ta voix qui raconte, car oui, quand je lis un de tes livres, je te vois et je t’entends.


Bravo, merci et continue longtemps cher Yves.


L.ucy in the S.ky with D.iamonds



My heart belongs to daddy...

mardi 5 novembre 2013

Le facteur ascension, Frank Herbert, Bill Ransom

Je ne te cacherai pas qu’il me tardait d’en finir avec ce cycle du programme conscience-ceci-cela.
Il appert que c’est Bill qui a fini le boulot en écrivant ce dernier opus seul (ou presque) car l’ami Franky a becté son bulletin de naissance avant d’avoir terminé le job. Faux-frère, vaï !
À force de réinventer Dieu à longueur de livre, t’as forcement fini par l’avoir sur les endosses, à Cézigue ; une sorte d’effet placebo, quoi ! T’affirmes que Ça existe, tu l’écris, et crac ! Il te rappelle à Lui, recta ! T’as vu le coup ?

Tu sais quoi, pitoyable-farang-breton-à-bonnet-rouge ? On ne devrait jamais prononcer Son nom à l’Autre… sans compter qu’on ne devrait jamais quitter Montauban, ce n’est pas prudent non plus.


Tu l’auras compris, ce n’est pas le meilleur des quatre livres de ce cycle. Note qu’il a fait ce qu’il a pu l’ami Biloute ; il a essayé de recoller les morceaux de varech, mais c’est très laborieux, surtout les cinq cent quarante et une dernières pages.


Alors, qu’est-ce qu’on a :
Toujours un Raja Flatterie dans le costard du Pol Pot de service, Crista Galli, la fille d’Avata (la conscience varechienne de Pendora) et de Dark Vador (qui, je te l’accorde, n’a rien à foutre ici), plein de jeunes gens aux fortunes diverses, quelques vieux mutants reconvertis en guérilleros zen, un vaisseau spatial sur l’orbite haute, etc., etc., etc. ...


M’enfin, ça n’en finit plus ; du petit planet opera, quoi.


Plus sérieusement, si tu n’as jamais lu du Frank Herbert, oublie ce cycle et tente plutôt celui des saboteurs avec L’Étoile et le fouet et Dosadi, ou même en one-shot La ruche d’Hellstrom, La mort blanche, etc., l’était pas avare de sa plume l’ami Franky. Sans oublier que si  tu aimes le gros calibre, tu as toujours l’excellentissime et inégalé cycle de Dune.


[Petit supplément gratuit d’auto-apitoiement ; toi prendre, toi prendre…]


Hé, farang-impécunieux, sais-tu ce qui me fait vraiment chier ce mois-ci ?
C’est d’être déjà trop raide au cinq du mois pour pouvoir affurer le Dominium Mundi de François Baranger (23,75€), La grande route du nord (t. 1) de Peter F. Hamilton (23,75€) et surtout le dernier Iain M. Banks : La sonate hydrogène (22,80€).
Putain, soixante-dix sacs pour à peine plus d’une semaine de lecture, ch’peux p’us assurer mes cadets ! Chienne de vie… j’aurais dû être libraire !  Quel métier glorieux ça doit être, pouvoir lire les bouquins gratos avant de les vendre ; un peu comme si tu pouvais refourguer le pain que t’as déjà mangé !
Mais ne rêvons pas…



Pauvre hère




Donn’ arrrgent, nourrritur, enfants malad’...

lundi 4 novembre 2013

Cyber China, Qiu Xiaolong

Cher farang iscariote, te souvient-il qu’au précédent commentaire je te narrais  comment Persée, alias le Patriçounet Doré chevauchant Pégase, me gratifia de deux merveilles de l’écriture IPM (XIIe Internationale Post Moderniste) ?
Ben, je t’ai bourré le mou, il est temps que je te dessille (<--- ce blog est époustouflant, décillatoire !) car en fait de Persée, il s’agissait plutôt de Sancho Pansa juché sur son Rucio (125 Peugeot). Note que ça n’enlève rien au fait qu’il m’apportât les bouquins comme promis et qu’ils sont remarquables, mais la vérité m’oblige à te le dire, ce très cher ami n’a rien du Persée tenant la tête de Méduse d’Antonio Canova, non en fait c’est un petit brun hirsute, râblé, mal rasé, doté d’une coquetterie dans l’oeil et d’un pied bot, qui pue du bec et qui bat son âne et sa femme ! Cela dit, il fait des efforts, il vient d’acquérir une vieille haridelle qu’il a rebaptisé Rossinante et a définitivement délaissé la passoire à nouilles en inox qui lui tenait lieu de couvre chef pour adopter un casque de motard avec lunettes d’aviateur et tout. Qui plus outre, il potasse présentement son “Petit guide à l’usage des défenseurs de la veuve et l’orphelin” (Bernard-Tapie-Edition, collection : Les Altruistes Résolus); te dire s’il va avoir de la gueule en Don Quichotte la prochaine fois qu’il viendra se crasher dans ma glycine !
Remarque bien, CLF, tant qu’il débarque avec des bouquins dans ses fontes, il peut même se maquiller en Zorro chevauchant Tornado si ça lui chante, il y aura toujours un petit coup de muscadet au frais pour cézigue...


Bien, bien…

Et ce Cyber China, finalement, hum ?

Bon, toujours notre poète-flicard Chen Cao aux manettes, dans une cyber embrouille cino-capitalistico-communisse.

Alors au menu:
Bulle immobilière, anguilles au gingembre, traque de grossium corrompus sur internet, boulettes de viande au soja et aux oignons, prébendes et prévarications, infusion de thé rare, crime maquillé en suicide, vin de riz jaune chaud servi dans un bol, cadres du parti corrompus, tofu fermenté à la sauce pimentée, belle journaliste, assiette de crabe bleu décarcassé... nouilles avec tranches de porc au chou vert... canard laqué à la peau croustillante et juteuse… STOP !                                                                                   
J’ai faim !
Ce n’est plus de la cruauté là, c’est de la gourmandise !
C’est un des sept péchés capiteux !
(Faut quand même être con pour trouver que la gourmandise c'est mal, non ?)







Je vous le demande pour la dernière fois : à table...

vendredi 1 novembre 2013

Le pic du vautour, John Burdett

Hé, farang-dubaïote, Sonchaï Jipleecheep is back ! 

Zeus est Grand et Patriçounet est Son prophète !
Les Dieux de l’Olympe sont vraiment des chics types. Ils me choient, me bichonnent et sont attentifs aux angoisses existentielles de mes oscillateurs moléculaires. Ne ries pas innocent, car hier matin, Persée, alias le blond Patriçounet, qui tel un envoyé plénipotentiaire chevauchant le fier Pegase, vint apponter (s’écraser ?) gauchement sous ma glycine ; teuf-teuf-teuf-bloung ! (ouais, il maîtrise encore mal ses affichages “tête haute” et les commandes vocales du nouveau 125 Pegasus de chez Peugeot). Nonobstant ces quelques maladresses duent à son grand âge, ce semi-dieu avait dans sa besace carénée ce John Burdett et un Qui Xiaolong de nous jusqu’alors inconnus. Le paquet était tout encore dégoulinant du sang de la Gorgone ; grâce soit donc rendue à ce noble fils de Danaé qui prit le temps de faire étape à B. (31130) avant que d’aller sauver la belle Andromède (M31 du catalogue Messier).
Peu après que le staccato de ses rotors peugeot-pégasiens contrarotatifs se fût estompé en "effet doppler" au dessus du pérife, tu te doutes bien que je jetais à l’ancan toutes les contingences qui polluent habituellement mes samedis afin de me consacrer sur-le-champ au dernier bouquin du papa des farangs.


Miam ! C’était délicieux.
Quel bonheur de retrouver l’incomparable inspecteur de la police royale thaïe : Sonchaï Jipleecheep.


À chaque fois, la charge ontologique (métaphysique ?) de ses bouquins te pète à la gueule dans une explosion lente de quatre cents pages. L’ami John t’installe subjectivement dans la tête de Sonchaï mais se garde bien se faire oublier ; il te parle et t'interpelle à tout bout de champ. Tout l’art du pas de côté, de la mise à distance. C’est souvent humoristique, c’est pertinent et il y a toujours une leçon, même quand il décrit la pire des boucheries :
...
Le Bouddha enseigne que la distinction entre sujet et objet, soi et autrui, même entre vous et moi, cher lecteur farang (puis-je t’appeler CLF ?), est illusoire. On le comprend de manière peut-être plus dramatique que ne le souhaitait le Sage quand on a devant soi des êtres humains auxquels ont été enlevés le visage, les yeux, les organes génitaux, ainsi que, comme l’indique la doctoresse en montrant les plaies béantes de chaque cadavre, les reins et le foie. Les qualifier d’anonymes serait éluder la question. Dépouillés de toute trace d’identité personnelle, ils sont pareils à nous tous, comme le sait quiconque possède quelque notion d’économie.
…

Au passage et en plus de la leçon, tu n’es plus un vulgaire farang, non, tu es devenu un Cher Lecteur Farang (CLF).
L’est fort l’animal !

John Burdett c’est the farang devenu bouddhiste, il écrit au-delà de l’étiquette “polar” qui badigeonne ses premières de couverture, il se situe à la croisée d’un Michel Houellebecq et d’un Alexandre Jollien, tous les paradoxes de l’occident passés au filtre d’une lorgnette orientale ; American-Express versus karma. Au fil des livres il forge un mutant, un anti-héros capable de réaliser le grand écart entre deux mondes, deux visions radicalement divergentes, et ce tout en sachant que le capitalisme sauvage a déjà gagné ; le mal est identifié et le darwinisme social est un putain de jeu à somme nulle : ce que le plus malin gagne les autres le perdent.
Oui mais, tant qu’il restera des Sonchaï Jipleecheep, il restera de l’espoir, il restera les grains de sable dans les rouages… Oufe !
 

Merci monsieur John Burdett.
Merci à Lek, le katoey (transsexuel en éternel devenir) et assistant de Sonchaï Jipleecheep.
Merci au Colonel Vikorn, patron des flicards du 8e District qui a décider de devenir gouverneur de Bangkok ! C’est un sale con détestable Vikorn, c’est un prédateur, mais… 
Merci à Chanya, l’ex-pute devenue doctorante en sociologie et épouse de Sonchaï.
Merci à Zinna, l’ennemi juré de Vikorn.
Merci aux jumelles maléfiques Yip, les golden bouchères chinoises.
etc.

Merci à vous tous, c’était remarquable !



Longue vie à Mestre Burdett et à son jeune padawan Sonchaï Jipleecheep.






Sonchaï ! Don't do drugs...