Je te l’avais dit, farang tétanisé,
que je voulais en savoir plusse sur notre Georges. Note que je suis
servi avec ce Fayard de plus de huit cents pages. Dans la même série du
Nouvel Obs que le Churchill du mois dernier. Un régal, et toujours
aussi peu cher ; un bouquin de ce calibre à moins de six balles et avec le sourire de la libraire en prime, disez-mieux mes zamis !
Alors, ce vieux Georges...
Du brillant jeune homme au vieillard pérégrin, de la commune de 1871 aux ors de la présidence du conseil, il sera une bête politique au service de la res publica.
Souvent opportuniste mais toujours éthique, il trempera dans nombre de luttes avant gardistes, initiera tous
les combats de pointe et évitera les pièges du pouvoir.
Quoi que tu en lises, suspicieux farang,
un mec qui peut se targuer d’avoir eu autant d’ennemis, de gauche comme
de droite, d’avoir subi tant d’attaques haineuses, tant de calomnies,
d’avoir vu juste sur tant de sujets, ne peut décidément pas être si
mauvais ; c’est une question d’équilibre.
En 1880, ses propositions sont “révolutionnaires” :
Séparation de L’Eglise et de l’Etat, suppression du Sénat, élection des
magistrats, impôt sur le revenu, la retraite, droit syndical, divorce,
etc. Tant de choses que nous respirons de façon si naturelle maintenant ! Ouais, bon, la suppression du Sénat n’est pas pour demain et quant à l’élection des juges, faut voir.
Cela dit, il ne sera jamais communisse (il haïra les bolchevisses russes jusqu’à essayer de soutenir les armées blanches
en 19). De toutes les façons le terme n’existait pas à l’époque, on disait
“collectivisse”. Lui n’en est pas ! Il aime trop les Etats-Unis (il y a
trouvé sa femme), c’est son côté Tocqueville...
Non,
ce qui le sauve, à cet homme, c’est son anticléricalisme absolu. Les
curés, y supporte pas ! On peut donc presque tout lui pardonner, non ?
Journaliste
infatigable, médecin des pauvres, parlementaire chevronné, il fait
tomber une multitude de cabinets tant son éloquence et ses convictions
sont farouches.
Bien
sûr, il y a 1906 ; la place Beauveau et puis la présidence du conseil
vont concrétiser la fracture qui s'esquissait entre le radicalisme et la
gauche révolutionnaire (CGT & SFIO) ; il se fâche grave avec Jaurès diraient nos chères têtes blondes.
Nous avons là, à mon avis, la matérialisation de la social-démocratie moderne à la française ; oui aux réformes sociales, non à la dictature du prolétariat
ou à l’anarchie. Toutes les grèves insurrectionnelles sont réprimées
par la troupe et la flicaille ; il y a des morts. En 1908, son gouvernement tombe
(bêtement), et le bonhomme finalement libéré renoue avec le journalisme.
Il voyage en Amérique du Sud, donne des conférences et devient
sénateur.
Puis,
voyant venir le conflit avec l’Allemagne il replonge avec pugnacité dans
l’arène politique. Nous sommes au bord de la première
guerre mondiale. Il va ferrailler jusqu’en 17 avant d’avoir à nouveau la
présidence du conseil. Il a 76 ans, voici venue l’heure de gloire du
Père la Victoire...
Il vivra jusqu'en 29 ; 88 ballets qu'il avait le vieux tigre quand il a bectaresse son bulletin de naissance. Quel parcours !
Alors, qui aura-t-il été, le vendéen rouge, ou le premier flic de France ?
Les deux mon adjudant.
Cette bio c’est de la balistique pure, l’histoire d’une trajectoire, d’un destin exceptionnel ; c’était tigresque mon vieux Jacques.
Jean-Baptiste Duroselle a été un ami astringent durant quatre jours !
Nous remercions Jean-Baptiste Duroselle (mais, qu’il n’y revienne pas, chuis “épuisé” !).
Je vous demande de vous rappeler, moi aussi j’ai été à Beauveau...
Étonnant...
S’il fallait une mise en abîme dans cette série des Rebelles, ben on l’a mes cadets!
Jusqu’à présent on se situait plutôt de l’autre bord, du côté des révolutionnaires, des pères de la République.
Changement de cap donc et passage du côté obscur.
Ah,
ils y sont, là, les contempteurs de la révolution, les pieds nickelés
de la vieille France, les cagoulards en tous genres, les crapules
royalistes et les vieilles badernes anti-républicaines.
Pis figure-toi, farangis doloris,
qu’il y a du beau monde : Rivarol, Chateaubriand, Balzac, Lyautey,
Bernanos, et cette canaille de Maurras pour les plus connus, pis plein
d’autres ; un mélange de romantiques, d’anarchos de droite et de
conservateurs endurcis tels que : Boutang, Le comte de Chambord, Bonald,
Mohrt, etc.
Heureusement,
heureusement, tous ces grands cons, ou du moins ceux qui ont survécu à
cent ans de contre-révolution, jusqu’en 40, tout cet arrière-ban de réac, toute cette mouvance Action Française, se sont fourvoyés avec les fachos du gouvernement de Vichy,
pendant les grandes heures, sinon on les aurait encore sur les endosses à
ces enfoirés... quoique.
En
gros, il s’agit là du fond de commerce de la droite française, la méchante, la
vilaine, celle qui est bête, qui pue de la soutane, celle qui sera
toujours du côté de son Dieu contre l’Homme.
Pour le moment ils sont vaincus, mais la bête n'est pas morte...
Je vous demande de vous abonner à l’Action Française...
Et oui, farangus pougnatus, c’est dur de sortir du bouquin précédent, “Sur les épaules de Darwin”.
C’est dur et c’est décevant de redescendre dans l’arène du tout venant; faut que je sois indulgente.
J’ai donc choisi un bouquin de SF en me disant qu’au moins je garderais un peu de fantaisie, qu’il n’y aurait pas de rupture radicale.
Je venais de tutoyer la musique des sphères, j’allais m'accorder un palier de décompression avant d’enchaîner sur du brutal ; les Rebelles, par exemple...
C’était un bon scénar, non ?
Ben, macash bono, je me suis fait chier d’alpha à zéta. Pourtant Bob-Charly fait partie de nos amis depuis un bail déjà. "Blind Lake" n'était pas si mal et "Spin" c’est révélé être une petite merveille...
Bob-Charly a fait ce qu’il pouvait le pauvre, une oeuvre de jeunesse (1987 aux US), postérieure mais largement très loin de l’éblouissement que nous procurât "Neuromencien" de W. Gibson au début des années 80.
Ok, c'est vaguement cyber-punk, mais c’est hélas très téléphoné, et cela s’adresse très certainement à un public plus jeune ou encore enthousiaste, disons.
Comment appelez-vous celà ? De la cyber-punk humaniste ? Mouais, bonjour l’oxymoron...
Je l’ai lu comme on prend un somnifère... dommage.
Je vous demande de vous ressaisir...
D’abord, farangis horribilis,
écoutes-tu Jean-Claude Ameisen sur France Inter le samedi matin entre
onze et douze ? Je veux dire : l’écoutes-tu religieusement ?
Connais-tu
la voix de Jean-Claude Ameisen ? Cette voix qui a au moins dû fumer des
norias de Gauloises ou de Gitanes pour prendre ce vibrato de basse, cette tessiture
grave et presque fêlée, qui nous entraîne dans les de profondis de notre cervelle, dans nos mystères les plus intimes.
Oui, la voix de Jean-Claude Ameisen, son phrasé, le tempo, le choix des mots... C’est du Mozart, comme dirait l’autre.
Cette
émission, "Sur les épaules de Darwin", est un véritable antibiotique à
large spectre, une panacée universelle, contre la connerie et
l’ignorance ; un régal radiophonique.
Mais que fait Jean-Claude Ameisen
durant cette heure hebdomadaire ? Comment peut-il subjuguer tant de
milliers d’auditeurs ? C’est quoi cette émission ? C’est quoi ce livre
qu’il en tire ?
L’émission ?
C’est l'exégèse baladodiffusée d’une nouvelle sémantique, la sémantique du vivant, les mille et une ruse qu’a trouvé l’anima
pour combattre l’entropie, pour s’organiser, se complexifier et
survivre, et finalement vivre et se propager de la façon la plus
efficace possible en fonction des contingences ; appelons-les "le hasard et la nécessité" ces contingences, ce sera déjà un bon début...
Le livre ?
C’est la rencontre de la science et de la poésie ce bouquin ; une graine plantée à la croisée de la radio et de la littérature.
La rencontre de la science la plus dure, la plus pointue, et de la poésie la plus naturelle.
La rencontre de la science et de la philosophie.
La
rencontre entre un homme, Jean-Claude Ameisen, et l’Epistémologie,
avec un “e” majuscule ; la théorie de la connaissance, donc.
La rencontre entre un maître et ses élèves, aussi et surtout.
Jean-Claude
Ameisen est un passeur de “réalité complexe”, un des meilleurs ; il
joue dans la cours des Michel Serre, des Hubert Reeves, des Axel Kan,
des Boris Cyrulnik ou des Michel Onfray. C’est un démystificateur, un professeur, un
maître... Il nous fixe dans la communauté des homo-sapiens² face à
l’univers. Il nous dessille, il nous décape et nous propulse.
C’est beau... C’est beau et ça fait du bien.
Ce livre est un artefact rare et précieux ; j’oserais presque employer le terme trop marqué de sotériologique
s’il fallait le qualifier en un mot. Oui, en compilant si lumineusement
toutes ces virgules de savoir, en tissant la fantastique odyssée du
vivant, en les partageant avec nous, en passant le témoin, Jean-Claude
Ameisen nous délivre là des parcelles de salut.
J’aimerais pouvoir t’obliger à lire ce livre,
J’aimerais pouvoir te forcer à écouter “Sur les épaules de Darwin”,
J’aurais aimé te convaincre,
Miserabilis Faranga...
Je demande à Jean-Claude Ameisen de ne plus s'arrêter... jamais !
Clémenceau ?...
Le Tigre (à cause des brigades éponymes), la statue des Champs-Elysées (j'ai vu des pigeons y chier dessus) et le porte-avions (on se souvient de la pathétique saga de la coque Q-790 à travers les sept mers) ; voilà, triste farang, ce qu’évoquait le “père la victoire” pour la feignasse inculte que je suis. Quelle misère.
Donc, encore une fois, merci à Jean-Noël Jeanneney et, en l’occurence, à Sylvie Brodziak pour cette remise à l’heure.
Georges
est un homme d’action et, à l’instar d’un Jean Jaurès, un homme
politique de gauche au sens noble du terme. Il sera aussi médecin des
pauvres, journaliste (et quelle plume), député, ministre de
l’intérieur, président du conseil, anticlérical convaincu et
intraitable, anticolonialiste, duelliste, dreyfusard, contre la peine de mort, etc.
Son
combat : la liberté à tout prix et la justice pour tous. Ses discours
seront ciselés et farouches ; toujours il défendra les humbles, les
sans-grades, les petits contre l’iniquité des bourgeois, des curés et
des grossium.
De
gauche, oui, mais à cette nuance près : la lutte des classes n’est pas
dans son registre, au contraire, c’est un radical, un pragmatique, il
tentera toujours de les réconcilier... les classes.
Cependant, il y a ce qu’il a écrit, et il y a ce que je lis dans wiki... c’était pas le copain de la CGT en 1907 !
Tout cela m’a bien appâté, il faut vite trouver une biographie pour en savoir plusse.
Je vous demande d’aller vous faire désamianter...
Bon bouquin de SF, divertissant ; ce Neal Asher est un crac du genre, presque un Baxter.
C’est le troisième qui me glisse entre les pognes : L’Écorcheur, Drone et maintenant Voyageurs...
Cela
dit, il n’y a pas bousculade pour le traduire en français ; que trois
livres ? Et les onze autres, c’est moi qui vais le faire, hum ? Allez,
les traducteurs, les éditeurs, encore un petit effort ; faites votre
boulot.
Nous
voilà embarqués dans un voyage spatio-temporel. Spatio car on se balade
dans tout le système solaire et temporel car on va de plus (+) quelques
milliers à moins (-) quelques centaines de millions d’années. Ouais, si tu
ne te fais pas incinérer dans l’avenir quand Pig-city se prend un pélot
atomique, tu risques très certainement de finir dans le ventre d’un
T-Rex de la fin du crétacé. A l’instar des dinosaures, les hommes du
futur sont une bande de sales cons dangereux et affamés.
Mais Polly la petite pute droguée et Tack le tueur du futur vont avoir un voyage mouvementé et l’homme ultime
Cowl (le méchant) et sa bête-tor devraient se méfier...
Ouais, Neal Asher est toujours notre ami.
Je vous demande de me souhaiter un bon appétit...
Bon, voilà, maintenant faut attendre la suite ; huitième et dernier Deon Meyer.J’espère
qu’il ne va pas faire comme les autres, faire sa feignasse et nous
distiller laborieusement un bouquin tous les deux ans... Là, ch’erai
obligé d’en dire du mal ! Mais non, farangos craignos,
Deonny c’est pas une tafiolle, va être vaillant, bon garçon et cracher
ses deux volumes par an... hum, disons un, alors. Je fais un rêve, je le
vois Deonny, au milieu du veld, une cabane en tôle ondulée écrasée par
la chaleur, il est agrippé à sa vieille Underwood, un paquet de Lucky
(sans filtre) et une tasse ébréchée pleine de... (qu’est-ce qu’ils
boivent comme poison, les ivrognes afrikaners ?). Bref, je le vois
vaillant ce garçon, il sue, il tape à la machine à écrire, il est sale,
en nage, torse nu, la bedaine débordant sur un vieux caleçon auréolé de
tâches douteuses. Dehors, dans le veld cramé, un vieux coyote répond à
une méduse... heu... bref, Deonny il ne nous décevra pas... Pis c’est notre ami, n’oublions pas.
Pis il est de 58, ça compte çà, mon Jaco.Pour le coup, il nous a fait un trois z'en-un, l’ami Deonny, il prend de l’avance disons ; c’est
un gros 700 pages, hein?
On y retrouve ce bon Lemmer dans un trafic de
rhinos, on reprend du collier avec Mat Joubert qui récidive en “privé”,
et quelques nouveaux venus dont Milla n’est pas la moindre. Trois
séquences principales qui se mêlent dans un lacis fou et hyper-réaliste :Des
groupuscules islamistes, des cargaisons mystérieuses et extravagantes
(!!!), des femmes fatales, des rhinocéros malades, des gangs, des diams,
des barbouzes, de la dope, des gros flingues et des cadavres exquis... et toujours
l’Afrique du sud actuelle en substrat nourricier.A lui tout seul, ce mec est en train de nous pondre l’historiographie de l’Afrique du sud “moderne”. Bravo et merci, môssieur Deon Meyer.
Nein, Nein, Nein !
Je vous demande de ne pas lire ce Meyer, ce chien du mossad...