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mercredi 4 novembre 2015

1000 mots d’esprit, Claude Gagnière

Ça y est, me voila une nouvelle fois sous la soutane de padré Hugo !

C’est ma Némésis sézigue, il m’inflige ses lectures pénitentielles par trois maintenant : «Anthologie de l’humour noir» d’André Breton, «1000 mots d’esprit» de l’ami Gagnière, et «Une histoire des mathématiques», sous-titrée Routes et dédales, au Point-Sciences !

Avoue, quand tu as des amis comme ça, t’as plus besoin de ton confesseur, hein ?

Cela dit, je suis un pragmatique, et devine par lequel j’ai commencé ?

Bon, avec celui-là, le commentaire va être vite torché ; un recueil de bons mots classés par ordre alphabétique… y a plus qu’à piocher ! 


Accouplement
Les seules créatures qui s’accouplent en se faisant face sont l’homme et le sandwich au pâté.
François Cavanna


Belle
Elle était belle comme la femme d’un autre.
Paul Morand


Chipie
Pourquoi être simplement assommante alors qu’avec un petit effort vous pourriez être insupportable.
Oscar Wilde


Dieu
L’homme a créé des dieux ; l’inverse reste à prouver.
Serge Gainsbourg


Égalité
Je conviendrais volontiers qu’elles [les femmes] nous sont supérieures - rien que pour les dissuader de se croire nos égales.
Sacha Guitry


Femme
La femme est ce que l’on a trouvé de mieux pour remplacer l’homme quand on a la déveine de ne pas être pédéraste.
Boris Vian


Gentleman
Un gentleman est quelqu’un qui est capable de décrire Sophia Loren sans faire de gestes.
Michel Audiard


Hommes (politiques)
Les deux choses que je reproche à Édouard Balladur, c’est son menton.
Plantu


Idée
Rien n’est plus dangereux qu’une idée quand on en a qu’une.
Paul Claudel


Jeunesse
Vitupérer la jeunesse est chez l’adulte une nécessité hygiénique et favorise la circulation du sang.
Logan P. Smith


Kangourou
Sans le kangourou, l’homme n’aurait jamais su qu’il ne possède pas de poche marsupiale.
Alexandre Vialatte


Lire
Quoiqu’il y ait beaucoup de livres, croyez-moi, peu de gens lisent ; et parmi ceux qui lisent, il y en a beaucoup qui ne se servent que de leurs yeux.
Voltaire


Mariage
Je me suis marié deux fois, deux catastrophes : ma première femme est partie, ma deuxième est restée.
Francis Blanche


Nu(e)
La première fois que j’ai vu une femme nue, j’ai cru qu’il s’agissait d’une erreur.
Woody Allen


Optimiste
Un optimiste est quelqu’un qui commence à faire ses mots croisés au stylo à bille.
Anonyme


Pardonner
Oui, il faut pardonner à ses ennemis… mais pas avant qu’ils soient pendus.
Henri Heine


Question
A l’éternelle triple question toujours demeurée sans réponse : “Qui sommes-nous ? D’où venons-nous ? Où allons-nous ?”, je réponds : “En ce qui me concerne personnellement, je suis moi, je viens de chez moi et j’y retourne.”
Pierre Dac


Racisme
Je passe devant un flic avec un melon sous le bras. Il m’interpelle. Il me dit : “Venez ici tous les deux !”
Smaïn


Secret
C’est une erreur de croire qu’une femme peut garder un secret. Elles le peuvent, mais elles s’y mettent à plusieurs.
Sacha Guitry


Télévision
La télévision n’exige du spectateur qu’un acte de courage - mais il est surhumain - c’est de l’éteindre.
Pascal Bruckner


Ulysse
Que voulez-vous qu’il fît contre Troie ?
Roland Bacri


Vaurien
Quand on traite de vaurien quelqu’un qui ne vaut pas grand-chose, on lui cause un préjudice commercial.
Yvan Audouard


Xénophobie
Selon les latitudes, la haine de l’étranger change de nom. En Europe, elle s’appelle patriotisme, en Chine, xénophobie.
Fernand Vanderem


Yeux
J’ai peur que mes yeux ne fassent des trous dans le ciel.
Freidrich Nietzsche


Zoo
Au zoo, tous les animaux se tiennent convenablement, à l’exception du singe. On sent que l’homme n’est pas loin.
Emil Michel Cioran




Parallèles
Deux parallèles s’aimaient… Hélas !

André Frédérique

Pierre Dac, Jacques Pessis

Sous-titre : mon maître soixante-trois.

Remarquable ! Un maître... 63, cet André Isaac.
Nom de scène Pierre Dac ; Pierre parce que André ça le fait pas, et Dac pour «d’actualité», a décrété Roger Toziny, un des créateurs de la «Vache Enragée», petit cabaret Montmartrois  dans lequel il fera ses débuts de chansonniers, en 1922.
Chansons, théâtre, radio, journalisme loufoque, télé, cinéma, feuilletons, livres, etc., rien ne lui échappera ; l’ami Pierre va poser sa marque pendant cinquante ans sur le show-biz francaoui. Tu vas en croiser des Monstres Sacrés dans cette bio, des connus et des moins connus, en fonction de ton âge ; Les frères Jacques, Bourvil, Raymond Devos, Roger Pierre et Jean-Marc Thibault, Louis de Funès, Pierre Doris, Francis Blanche, bien sur, René Goscinny, Jean Yanne, etc. (la liste est trop longue) ; il en a suscité des émules, jusqu'à nos Coluche et Desproges ! D’ailleurs, en parlant de Desproges, as-tu jamais visualisé la scène du film Signé Furax où sézigue interprète le rôle d’un traducteur pour sourds et malentendants ? Extraordinaire, tiens, c’est là : Desproges.

Outre la biographie du grand homme, l’ami Jacques Pessis (le neveu adoptif de cet oncle putatif) enlumine généreusement son travail de nombre d’extraits de pensées, de chansons et de sketchs qui forment un accompagnement fort  goûteux et finalement nécessaire : «oui, c’est ça qu’on veut, et on en redemande !»

Alors, bien sur, et si je n’écoutais que ma flemme, je balancerais deux brèves citations du chansonnier ou du feuilletonniste, tu rirais un bon coup, farang-trop-pressé, et on passerait à la suite.  Et bien non, on va faire mieux, mais il faut d’abord que je t’affranchisse sur deux où trois petits détails de la vie de Pierre Dac, qui revêtent en l’occurrence une certaine importance.
Déjà, il te faut savoir que le citoyen patriote André Isaac, n’a pas épargné sa peine, ni son courage pour s’appuyer les colonies de vacances de 14-18 organisées sous l’égide de Guillaume II, et desquelles il est ressorti un peu fracassé mais bardé de médailles avec palmes et où son frère aîné a fini la bouche remplie de terre (comme des millions d’autres). Plus tard dans le siècle, ce même citoyen français n’a pas plus encaissé le pas de deux qu’avait entamé Pétain et sa clique avec Adolphe Ier. Suite à l’appel du 18 Juin, il tente de rejoindre Londres en passant par l’Espagne, mais, manque de bol, il va goûter de la celotte ibéro-Franquiste pendant presque deux ans avant de finir cette pénible exfiltration et de finalement atterrir dans le petit studio de Radio Londres. Oui, à partir de 1943, Pierre Dac fut une des voix de «Les Français parlent aux Français».
Tout cela pour en venir à la réponse radiophonique qu’il fit à la diatribe antisémite du triste sire Philippe HenriotW, chef de la propagande de Vichy, et qui se posait ouvertement la question de savoir si un juif pouvait être un bon français.
Voici des extraits de la mémorable réponse du français André Isaac, dit Pierre Dac :

« [...] C’est entendu, monsieur Henriot, en vertu de votre théorie raciale et national-socialiste, je ne suis pas français. À défaut de croix gammée et de francisque, j’ai corrompu l’esprit de la France avec L’Os à moelle. Je me suis, par la suite, vendu aux Anglais, aux Américains et aux Soviet. Et pendant que j’y étais, et par-dessus le marché, je me suis également vendu aux Chinois. C’est absolument d’accord. Il n’empêche que tout ça ne résout pas la question : la question des Allemands.
[...]
Peut-être me répondrez-vous, monsieur Henriot, que je m’occupe de ce qui ne me regarde pas, et ce disant vous serez logique avec vous-même, puisque dans le laïus que vous m’avez consacré, vous vous écriez notamment : «Mais où nous atteignons les cimes du comique, c’est quand notre Dac prend la défense de la France ! La France, qu’est-ce que cela peut bien signifier pour lui ?»
Eh bien ! Monsieur Henriot, sans vouloir engager de vaine polémique, je vais vous le dire ce que cela signifie pour moi, la France.
Laissez-moi vous rappeler, en passant, que mes parents, mes grands-parents, mes arrière-grands-parents et d’autres avant eux sont originaires du pays d’Alsace, dont vous avez peut-être, par hasard, entendu parler ; et en particulier de la charmante ville de Niederbronn, près de Saverne, dans le Bas-Rhin. C’est un beau pays, l’Alsace, monsieur Henriot, où depuis toujours on sait ce que signifie, la France, et aussi ce que cela signifie, l’Allemagne. Des campagnes napoléoniennes en passant par celle de Crimée, d’Algérie, de 1870-1871, de 14-18 jusqu’à ce jour, on a dans ma famille, monsieur Henriot, lourdement payé l’impôt de la souffrance, des larmes et du sang.
Voilà, monsieur Henriot, ce que cela signifie pour moi, la France. Alors, vous, pourquoi ne pas nous dire ce que cela signifie, pour vous, l’Allemagne.
Un dernier détail : puisque vous avez si complaisamment cité les prénoms de mon père et de ma mère, laissez-moi vous signaler que vous en avez oublié un : celui de mon frère. Je vais vous dire où vous pourrez le trouver ; si, d’aventure, vos pas vous conduisent du côté du cimetière Montparnasse, entrez par la porte de la rue Froideveaux ; tournez à gauche dans l’allée et, à la 6e rangée, arrêtez-vous devant la 8e ou la 10e tombe. C’est là que reposent les restes de ce que fut un beau, brave et joyeux garçon, fauché par les obus allemands, le 8 octobre 1915, aux attaques de Champagne. C’était mon frère. Sur la simple pierre, sous ses noms, prénoms et le numéro de son régiment, on lit cette simple inscription : «Mort pour la France, à l’âge de 28 ans.» Voilà, monsieur Henriot, ce que cela signifie pour moi, la France.
Sur votre tombe, si toutefois vous en avez une, il y aura aussi une inscription : elle sera ainsi libellée :
Philippe Henriot
Mort pour Hitler,
Fusillé par les Français…

Bonne nuit, monsieur Henriot. Et dormez bien. Si vous le pouvez...»


C’est entendu, pour moi il s’agit là de la véritable mesure de ce grandiose et singulier personnage. 
(merci à l'ami Patriçounet pour la piqûre de rappel sur cette séquence lors d'un précédent commentaire)

Bravo l’artiste et merci pour la leçon.  





...

samedi 31 octobre 2015

Le gouffre de l'absolution, Alastair Reynolds

Tome quatre du cycle des inhibiteurs.

Deux lieux et deux époques pour démarrer la conclusion de cette remarquable tétralogie : 107 PisciumW en 2615, et Pi EridaniW en 2675.

Dans un premier temps (2615), c’est embarqué à bord de l’inquiétant Gobe-Lumen “L’ascension Gnostique” que l’on s'intéressera à l’étonnant comportement de la géante gazeuse Haldora (107 Piscium) et au non moins curieux artefact qui se trouve sur un de ses satellites, Hela.

Ensuite retour vers le futur, sur Ararat (Pi Eridani) en 2675 au moment ou les Loups s'apprêtent à pulvériser les survivants de l’arche de la rédemption, le Gobe Lumen "Spleen de L’Infini" qui, comme tu t’en souviens certainement a fuit Résurgam avec des milliers de réfugiés dans ses soutes pour aller se planquer sur cette planète aquatique.
Puis tout ce petit monde va se retrouver sur Hela pour le dénouement final en 2727 (après Jean-Claude).

Bon, encore une fois, attention les yeux, il n’y va pas avec des pincettes l’ami Alastair, question techno-sciences lourdes, y met le paquet car outre la fabuleuse diversité des personnages, outre  l’intrigue et les multiples rebondissements, tous les concepts physiques et astrophysiques sortent tout droit d’un “Pour la Science” de la meilleur eau. Théorie des Cordes, univers branairesW, vitesses réalistes dans les déplacements, respect des lois fondamentales de la physique, etc. Ça frôle la perfection ; on se régale.
Certes, ça dérape méchamment vers la fin, avec les «fantômes» du futur qui jactent dans la tête de Aura, la fille de Khouri, façon Alia AtréidesW de Dune, mais bon, qu’est-ce que tu veux, farang-franckherbertien, toutes les grandes sagas de SF se doivent de finir en apothéoses, en épiphanies de futurs possibles, et en l’occurrence, mission accomplie !

Bon, s'enfiler ces quatre énormes choses qui ne titrent jamais moins de sept cents pages, n’est pas à la portée du premier farang venu, non, faut vraiment aimer ça, mais si tel est le cas, d’une part tu as un des meilleurs cycles de SF des années 2000 en pognes, et d’autre part, tu es mûr pour te taper tout ton Stephen BaxterW !

Bravo ami Alastair, et merci encore une fois pour les merveilleux quinze jours que je viens de passer avec tes Loups.

Sainte Alia

À un cheveux de Aura tu toucheras,
À mon Gom Jabbar tu tâteras.

Qu’on se le dise...

L’Arche de la Redemption, Alastair Reynolds

Tome trois du cycle des inhibiteurs.

Considérons que le tome 2 était une sorte de friandise dans ce cycle, certes fort goûteuse, et que maintenant nous avons fait le tour de la société «démarchiste» qui colonise une minuscule bulle de systèmes stellaires du bras d’Orion d’une quarantaine d’années lumière de rayon et qui est composée de gens encore un peu comme toi et moi.
Mais place désormais au point de vue «Conjoineur» dans ce troisième opus.

Une autre version de l’humanité ces Conjoineurs ; ils se sont tellement truffé la cervelle de nano-machines qu’ils ont pas mal modifié leur topologie neuro-efficiente ; ils ne gambergent plus comme nous. Ils vivent en mode ultra-connecté, télépathique, disons, dans des arcologies violemment exotiques, des sortes de nids technologiques sis au cœur de comètes furtives, dans une promiscuité et un entre-soi radicalement transhumaniste. Cela dit, question inventions et technologies de pointes, elle se pose là, la gaillarde nichée des Conjoineurs ; ne leur jetons pas la pierre, Simon, après tout, nous leur devons, entre autre, les fameux "propulseurs conjoineurs - au fonctionnement pour nous à jamais incompréhensible - qui équipent les Gobe-Lumens des joyeux drilles interstellaires Ultras, et pour la suite de l’intrigue, nous leur devons aussi les quarante pires armes jamais créées par les descendants du singe. Et tu peux bien t’imaginer, farang-apostasique, qu’ils ont un rôle à jouer dans tout ce gourbi galactique, dans cette lutte à mort entre «Nous» et les «Loups», les inhibiteurs. 
La société ConjoineurW est singulière mais finalement assez classique ;  elle a ses héros, ses fous et ses traîtres : Nevil Clavain, Galiana, Remontoir, Felka, etc. ; elle est adossée à sa nouvelle Histoire, et encore un peu à la nôtre, celle des amérikanos qui quittèrent la Terre pour coloniser les systèmes proches de notre soleil, des démarchistes qui leur succédèrent, et de cette incroyable secte de baroudeurs spatiaux et cyber-punk-gothiques que sont les Ultras.

Hélas, les inhibiteurs nous ont maintenant dans le collimateur et il faut absolument récupérer les armes de classe infernale qui se trouvent à bord du Gobe-Lumen “Spleen de l’Infini” que nous quittâmes, désemparé autour de Resurgam, à la fin du tome 1. La vrai bataille s’engage alors avec les Loups : attention les yeux, Big Dumb ObjectsW en approche. Les inhibiteurs vont carrément détruire plusieurs planètes de Delta Pavonis ainsi que l’étoile elle-même ! 
Et c'est la fuite de tout notre petit monde à bord du "Spleen de l'Infini" transformé pour l'occasion en arche de Noé sidérale avec une meute de machines biophages au derche ! Course lente et gourmande en déficit temporel, mais course sauvage et désespérée au bout de laquelle le "Spleen de l'Infini" se posera sur Ararat (sic), une planète océan de Pi Eridani.
Ça va mal mon cadet !
L’humanité pourra-t-elle survivre aux Inhibiteurs, ces fléaux galactiques ?

Tu le sauras au prochain numéro.

Hans Holbein : L’arche de Noé



Spleen de l’infini...


lundi 26 octobre 2015

La Cité du gouffre, Alastair Reynolds

Tome deux du cycle des inhibiteurs.

Et pis d’abord, c’est quoi un "inhibiteur", hein ?
Ok, un petit topo de l’univers reynoldsien s’impose, sinon tu vas t’espanouiller aux quatre coins des six dimensions d’un espace Calabi-Yau !
Dans le premier opus du cycle des inhibiteurs on capte bien que la vie intelligente pullule depuis les premiers borborygmes einstieniens de notre galaxie et que d’innombrables sortes d’aliens se sont mis des branlées mémorables dès le début des temps ; or donc, te demandes-tu, farang-à-qui-faut-pas-la-faire, comment, dans ce cadre-là, expliquer le paradoxe de Fermi ? Où elles sont ces norias de putains d’aliens qu’on devrait croiser à tous les coins de la Voie Lactée ? Hein ? Où y sont ces enfoirés?
Ben, sache qu’il y a eu la «Guerre de l’Aube», y a vachement longtemps déjà, qui a duré des millions de piges et qu’au final ce sont de maudites machines qui ont gagné, les inhibiteurs. Depuis, il sont là, tapis au plus profond de l’espace intersidéral, et ils attendent. Ils attendent et surveillent les signes de la vie, de la pourriture. Leur mission : éradiquer les formes biologiques de civilisations dès qu’elles tentent de se propager hors de leur système local.
L’est fort l’animal Alastair car en faisant entrer les inhibiteurs dans l’équation, il résout le paradoxe de Fermi à la satisfaction générale ; ouais, la galaxie regorge de vie (et de civilisations saptio-pérégrines) ; ouais, on devrait le constater rien qu’avec une paire de jumelles, et pourtant, macach ! Fifre ! Nib ! On voit rien. Y sont pas là les zaliens qu’on nous doit, y a eu tromperie !
Ben, non, et tu vas en avoir pour ton pognon, fils, et méchamment même ! Les inhibiteurs ont bien lu leur Michel Foucault, mais l’ont mal interprété, ou trop bien : “Surveiller et punir”.  
Et dès qu’une espèce “bio” fait mine de dresser l’oreille, hop, on leur lâche les «Loups» au derche.
Voila le cadre dans lequel évoluent les humains entre la fin du vingt-et-unième et le vingt-septième siècle.

Retour à la cité du Gouffre, dans ce deuxième opus. Te souviens-tu de Chasm City, Yellowstone (Epsilon Eridani) ? La ceinture de rouille ? La Pourriture fondante ?
On va commencer par suivre l’itinéraire d’un «cul dégelé» qui a un peu perdu la mémoire après avoir passé vingt piges en cryosomie depuis Sky’s Edge (61 Cygni A) et qui se réveille à l’Hospice de Mnemos (ordre des Mendiants de glace), dans la ceinture de rouille de la planète Yellowstone. Très vite le lascar (Tanner Mirabel) se souvient qu’il est embarqué dans une vendetta qui implique son employeur, le chasseur d'hamadryades Cahuella, et un mec de la haute de Sky’s Edge, Argent Reivich. Ils vont se dérouiller abondamment entre la Mouise et le Dais de la Cité du Gouffre.

Une deuxième branche du récit recouvre les rêves récurrents du tueur Tanner Mirabel qui ne cesse d’être assailli par des flash-back de la vie de Sky Haussman, le chef de la première expédition qui colonisa 61 Cygni A.

L'univers qu'Alastair Reynolds a décidé de décrire dans le cycle des Inhibiteurs se trouve un peu plus en retrait avec ce deuxième opus, les Loups ne sont plus la préoccupation principale ; à nous les chasses à l’homme dans la mouise de Chasm-City et de son architecture urbaine torturée par la pourriture fondante, à nous les bas-fonds, les porckos et la chose qui vit au fond du gouffre...

Miam, c'était un régal ! 
Vite, vite, troisième round...


Chasm-City by Antin



Avouez que Le Corbusier nous aura fait beaucoup de torts...

mercredi 21 octobre 2015

L’Espace de la Révélation, Alastair Reynolds

Depuis le début des années deux mille, le camarade Alastair nous distille ce qui se fait de mieux dans le genre Hard SF, ou plutôt ce que les grosses têtes anglo-compatibles du petit circuit de la SF appellent New Space Opera. Quoi qu’il en soit, ce gallois nous tient la dragée haute depuis plus de dix ans. La SF qu’il envoie est du calibre de celle des Banks, Vinge, Hammilton ou Simmons pour ne parler que des monstres les plus récents, sinon il faudrait convoquer tous les Gibbson, Varley, Herbert, Vance, Van Vogt et autres Asimov ; bref, on n'en finirait plus d’essayer de lui trouver un père putatif à ce cher aficionado du XV du Poireau.
Te préciserai-je que je ne compte plus le nombre de fois que je lis ce premier quart du «cycle des Inhibiteurs» ?

Le moins que l’on puisse dire c’est qu’il maîtrise son sujet l’ami Alastair ; imagine un petit lascar qui aurait tété tout son Asimov et son Clarke dès le plus jeune âge et qui ensuite serait devenu docteur en astrophysique, et si en plus cet animal galactique possède une plume remarquable, ben tu peux commencer à te figurer l’excellence de son travail littéraire, surtout quand sézigue décide de planter une saga hyper-réaliste de quatre fois huit cents pages sur l’avenir proche de l’homo-spatio-pérégrinus.
Quel talent !
Ceci dit, si tu ne vois pas bien de quoi on parle quand on évoque Epsilon Eridani, si tu n’aimes pas les histoires où les vaisseaux spatiaux font quatre bornes de long et sont semi-intelligents, où les hommes ont la cervelle farcie de nano-machines, où les étoiles à neutrons sont de vastes calculateurs quantiques et où le moindre frigo possède un Q.I. supérieur au tien, farang-démarchiste, alors cette série des Inhibiteurs n’est pas pour toi !

Nonobstant, si tu embarques à bord du gobe-lumen «Spleen de l'infini», tu vas en faire des bornes, tu vas en voir du pays ; tu feras des fouilles archéologiques sur Resurgam, planète orbitant autour de Delta Pavonis, avec Dan Sylveste, le fils d’une grand famille de Yellowstone (Epsilon Eridani), pour tenter de comprendre pourquoi les Amarantins ont brutalement disparus il y a neuf cent mille ans ; tu voyageras aussi à un bon pourcentage de la vitesse de la lumière avec une clique d’Ultras, à bord de ce fabuleux gobe-lumen sus évoqué, côtoyant la dangereuse “triumvira” Ilia Volyova flanquée de sa nouvelle recrue pour le poste de tir, Ana Khouri ; tu devras aussi survivre au “Voleur de soleil” qui rode dans la soute des quarante armes de classe Enfer ; et surtout, tu prendras bien soin de ne pas déclencher le piège à cons que les inhibiteurs ont placé autour de Hades, l'étoile à neutrons, il y a deux ou trois milliards d'années...
Pfiouuuu, tu vas souffrire dans ce premier opus !

Bref, tu auras sept cents pages pour t'immerger dans le monde formidable de l’ami Alastair, pour savourer cette probable histoire d’un futur qui nous attend là-haut, d'une étoile l'autre, et qui n'est autre que la mesure de notre fragilité en regard de l’univers... et de son centre, qui, comme chacun le sait, est «La Garrre de PerrrpignAN» !

Bravo, et encore merci cher camarade cosmonaute, plus de dix ans après c'est toujours aussi bien ; une régalade cosmologique !



Charles Baudelaire (1821-1867).
Wikimedia Commons



Autres temps, autres Spleen...