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lundi 23 février 2015

Soumission, Michel Houellebecq

Autant que je t’avertisse tout de suite, farang-apostat, tu ne liras pas de saloperies sur Houellebecq dans ce petit commentaire. Houellebecq c’est mon pote, c’est mon écrivain francaoui favori, c’est l’observateur désabusé, jusqu’à en être placide et presque impartial, des turpitudes post-modernistes de la société occidentale en général et du rôle du mâle à l’intérieur de celle-ci en particulier - désolé les filles, Houellebecq, c’est pour nous, les Zommes ! Et ça me fait bien marrer quand une fragine (mais non, pas toi Mrs. N.) m’explique qu’elle a bien aimé le dernier Houellebecq, ceci-cela ; hé, les filles, vous êtes réellement peu à calculer qu’il ne fait qu'expliquer le fonctionnement d’une meute de primates avec la subjectivité épistémologique d’un mâle beta bonobo occidental, disons qu'il décrit Jean-Louis mon voisin - sinon, pourquoi t’appellerai-je Farang-ceci-cela, au fil de mes gloses approximatives, hein ? À cause de John Burdett ™ me rétorqueras-tu. Bien sûr, mais pas que ; il faut compter avec la couche d’abstraction du Houellebecq de Plateforme : là on y est en plein, là tu comprends bien ce qui anime le farang de base, ce triste connard qui va aux putes dans le sud-est asiatique.
Mais plus généralement, le camarade Michou nous prend dans la toile des possibles qu’il tisse inlassablement d’un livre l’autre, depuis Extension du domaine de la lutte, mi-90, suivi du flash de ses Particules zélémentaires, puis de Plateforme, de la Possibilité d’une île, de la Carte et le territoire et maintenant de Soumission. Houellebecq est quasiment le seul romancier contemporain qui dissèque la sociologie du mâle occidental avec cette acuité là. Ce Diogène flegmatique nous observe tel un entomologiste, froid et pointilleux, le regard plongé au coeur du tumulte de la fourmilière.

J’arrête le panégyrique, mais tu l’auras compris cette fois : j’aime un peu… beaucoup… passionnément, etc., tous les bouquins de l’ami Michel. À dire vrai, j’en suis à me demander si je ne serais pas un peu amoureuse de ce salaud...

Bon, presque comme toujours et sous couvert d’une légère dose d’anticipation dystopique, Houellebecq continue de nous narrer par le menu les étapes de la décomposition du cadavre de la société occidentale avec ce Soumission.
Mais de quoi s’agit-il ?
Pour le décor : c’est le Paris de 2022, on n’est pas dépaysé.
Le moment : nous sommes à la veille du deuxième tour des élections présidentielles.
La situasse : catastrophique, le Front National est en tête du premier tour ; la droite “normale” a été balayé ; la gauche est à la ramasse, et, le nouveau parti islamique de Mohammed Ben Abbes a réussi à arracher la deuxième place… Stupeur et tremblement dans le landerneau, tu penses !
Le sujet : François, un bobo quadragénaire, prof à la Sorbonne et spécialiste de Huysmans, est en voie de paupérisation sexuelle et affective.

Voila, tu mets une dose d’émeutes dans les banlieues, quelques attentats de-ci, de-là, et un silence radio total de la part du pouvoir et des médias ; tu mélanges tout ça, tu agites bien, et tu assistes, effaré, à l'élection du gars Mohammed Ben Abbes au lendemain du deuxième tour ! Mais attends, t’es pas encore au bout de tes surprises ! Bayrou en 1er Minsistre , ‘tain !
Au passage, le Houellebecq est d’une cruauté… réjouissante avec lou ravi du Béarn.
Et donc, bon an mal an, la soft power islamia envahie mollement mais sûrement la société Française. Ce Mohammed Ben Abbes est un diable intelligent, l’équivalent d’un César ou d’un Napoléon des temps modernes qui mène finement sa barque… Cela dit et encore une fois, les feujes n’ont pas beau spiele dans l’histoire, c’est la grande décarade, l’alya généralisée…
Quant aux gonzesses, faut vite oublier tous vos nouveaux réflexes émancipatoires et castrateurs, ce que vous venez d’apprendre de vos mères post-soixante-huitardes, c’est plus la mode. Les femmes, à la maison ! Et le mouchoir sur la frimousse, s’il vous plait !

Et d’après toi, le François bobo, ceci cela, il va faire quoi, quand on va lui dire que ok, on n’a plus besoin de lui, il peut prendre sa retraite anticipée à 3000€ par mois, et moisir dans sa tour du 13e, ou alors il garde sa place, son rang, etc., pour une paye trois fois supérieure et, sans vouloir paraître insistant, qu’il comprenne bien qu’il a parfaitement le droit de choisir trois épouses (dans un premier temps) parmi ses jeunes étudiantes ?…
Bien sur, il faut qu’il se convertisse à l’Islam ; bon !
Ah, ah... Une simple formalité ; deux heures bloquées sur son agenda, rendez-vous à la Mosquée de Paris, petite séance de décrassage au Hammam, petit laïus obligatoire dans la mosquée, comme quoi il reconnaîtra que Dieu est Dieu et que Muad'Dib heu…  Momo est son prophète, puis gavage de loukoums avec félicitation du jury, et, et... séance “choix des épouses”… une formalité te dis-je...

Alors ? Se convertira ? Se convertira pas ?
SOUMISSION OU PAS ?

[Séquence «Philosophie de comptoir»]

Gardons cependant un esprit critique ; c’est pas que je veuille chicaner, mais Houellebecq se goure sur un point de taille : les gonzesses !
Ok, chuis d’accord pour la théorie du suicide de l’occident et toutim ; et après tout, suicidons-nous, pasque les fachos, j’en veux pas, on est bien d’accord, «no pasaran», ou alors il faut me promettre de la douleur…
D’accord, Houellebecq c’est choquant ; non pas choquant, c’est tétanisant ; il s’est très peu gouré, toute sa littérature est un fixateur du post modernisme, mais il n’a jamais rien compris aux filles, c’est sa faiblesse. Il ne croit pas en elles, c’est là ou il se goure ! Elles ne vont pas se laisser faire les filles, les fumelles émancipées, les nôtres, celles qu’on connaît, qui nous saturent et qui nous ont modelé : nos mères, nos sœurs, nos filles et nos femmes, nos... ces démiurges sinon suspicieuses, du moins pointilleuses quant à leurs nouvelles libertés… Elles vont gigoter les frangines, tortiller du cul, pas se laisser faire ! Ah, ah…
C'est plié d’avance, mon frère, elles nous sauveront.

Nous sauveront-elles ?


M’enfin, un très gros Houllebecq, l’éternelle histoire de la soumission au commandement descendant, ou du moins au ratio qu’il y a entre la verticalité et l’efficacité du pouvoir qui soumet nos âmes.

Je le répète, Michel Houellebecq est mon ami.

MercI.


"Shéhérazade"
Nelly Leitner
Peinture sur soie





Tu suces, chéri ? ...

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