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jeudi 10 octobre 2013

Fureur et Mystère, René Char

Quatre ans que je n’avais pas remis le nez dans cette merveille de l’ami René. Mais comment ai-je fait pour survivre ?
J’aime bien la poésie, du moins quand je la comprends assez rapidement et je sais bien qu’il ne sert à rien d’établir un tiercé gagnant au sein des grosses cylindrées du genre, là je te parle des Verlaine, Prévert, Eluard, Rimbault, Apollinaire and Co. ; je te laisse compléter la liste à l’aune de tes amours (mortes ?) en la matière.
Je les aime tous ces monstres, bien sûr, mais s’il en est un qui me touche et qui m’émeut particulièrement dans ce pandémonium d’écorchés vifs, c’est bien le camarade René Char.
Derrière la complexité apparente de sa poésie, se cache la pudeur de ceux qui ont traversé mille morts, la souffrance et la guerre, et qui malgré cela continuent à rêver et à partager, en toute humanité.

Fureur et Mystère me bouleverse à chaque lecture.
Je découvre à nouveau ce merveilleux poème de L’Absent que j'ai déjà lu au moins cinquante fois; c’est bien simple, je devrais le savoir par coeur ! Mais là n’est pas le challenge, non, c’est à chaque fois les retrouvailles en creux, en Négatif, pour filer la métaphore photomatique, avec ceux qui ont irrémédiablement disparu de nos horizons événementiels et que nous aimons pourtant encore profondément... la brûlure du manque, en somme. Ça pique, ok, mais je ne peux faire moins que t’encourager à oser lire Mestre René Char, car tu le vaux bien !

Souventes fois ça frôle l’aphorisme :
...
Être du bond. N’être pas du festin, son épilogue.
(Feuillets d’Hypnos, 197)
…
Si la vie pouvait n’être que du sommeil désappointé…
(Feuillets d’Hypnos, 198)
...
Il y aura toujours une goutte d’eau pour durer plus que le soleil sans que l’ascendant du soleil soit ébranlé.
(V À la santé du Serpent)
...

Tu vois, farang-des-mangroves, mon oreille est devenue attentive à la musique des mots du Capitaine Alexandre.




Merci René Char.



Capitaine Alexandre





Je vous demande de vous pulvériser...

mercredi 9 octobre 2013

Les princes du sang, Gilbert Schlogel

Once upon the time, in Picardie, Frankreich…

Hélas, Christian Barbier n’aura l’heur de naître que dans 193 ans ; nous commençons dans une Picardie figée dans l’attente de son homme à la péniche… autant pour les mariniers !

En attendant, nous sommes en 1731, c’est la saint Aubin.
Forcément, malvenu puis abandonné, le nouveau né qui atterrit ce jour-là dans le giron de la jeune Soeur Clotilde de la Charité est immédiatement nommé Aubin de La Verle ; la Verle étant la petite rivière qui baigne les murs du château des Malemort de Saint-Yé, sur la rive de laquelle  il fut soit disant trouvé en ce petit matin brumeux du 1er mars.
Dans l’hospice où officie Soeur Clotilde de la Charité s’entassent pèle-mèle une centaine de malades, d’indigents, de fous et une cinquantaine d’autres petits n’orphelins.
Donc, dès son plus jeune age, Aubin va fréquenter de très près le “chirurgien” de l’hospice, maître Hippolyte, barbier de son état, qui passe pratiquer tous les matins son art en saignant, emputant ou redressant les malades que lui désignent ces braves soeurs. Très vite il va devenir l’apprenti du barbier-chirurgien et, de fil en aiguille (si j’ose dire) il réussira à faire sa médecine à Paris. 
Vient de naître le premier maillon d’une lignée de “chirurgiens de père en fils”  qui va traverser les siècles (deux) et l’Histoire.
C’est passionnant et tu vas même comprendre le pourquoi des noms d'hôpitaux tels que : Desault, Bichat ou Larrey. Au passage, très, très déçu de n’avoir rien entendu sur les frères Purpan, mais brèfe.

Tu vas en bouffer de l’épos, farang-ruthénois, tu vas coller aux zévènements depuis le 18ème siècle avec la tribu des “La Verle” ;  les Aubin, Benoît, Damien, Florian et Guillaume.
Tu vas vivre l’histoire de la chirurgie de Louis XV à Giscard Ier .
On participe de loin à la Révolution, puis à la terreur, on fuira en Angleterre, on apprendra de nouvelles techniques à Boston, Vienne, etc.
Les voyages forment la jeunesse et au fil des générations, on sera chirurgien dans la grande armée ; Maringo, Austerlitz… Waterloo. Ça va tronçonner, amputer, et recoudre aux quatre coins de l’Europe.

On opérera aussi au cul des barricades de 1848, on mourra dans l’enclave de la Commune de Paris en 1871, mais heureusement, farang-libidineux, on aura eu le temps de se reproduire… in extremis !
Et au tournant du siècle commenceront à triompher des techniques plus modernes ; l’hygiène, l’anesthésie… on n’ose imaginer ce que ça devait être de se faire charcuter à vif - avant le chloroforme - par un apprenti coiffeur (ou boucher) sale comme les sept péchés et armé d’une scie et d’un rasoir !

Heureusement pour les progrès de la médecine, la grande guerre offrira à nos Grands Saigneurs l’occasion de peaufiner leurs techniques et, le temps d’une respiration, ils pourront valider tous ces nouveaux acquis durant la deuxième guerre mondiale. On ne dira jamais assez l’importance d’une bonne guerre sur l’art des uns à sauver des gens que d’autres font s’entretuer.

Avec Guillaume, le dernier des Laverle, nous arrivons presque chez nous, ou pas loin, et malgré tout ce lobbying para-médical, ch'uis toujours pas pressé d’aller me faire ouvrir le bide par un de ces  barbiers des temps modernes.



Je te l’ai déjà dit, ces un peu plus de huit cents pages étaient passionnantes.

Merci à l’ami Marco pour ce bâptème chirurgical.
Merci à Mestre Schlogel pour cette initiation sanglante…



Christian Barbier




Je vous demande de vous empierger...

jeudi 3 octobre 2013

Un bonheur parfait, James Salter

Un livre parfait,
Une écriture parfaite.
Un tableau parfait.
C’est beau… mais c’est beau !

C’est tellement beau que tu passeras tout le livre à être prisonnier de la phrase suivante, de ce qu’il reste à lire ( à vivre ?) et à ressentir.

Alors bien sûr, farang-dépuratif, ensuite, tu aimeras faire des comparaisons, traquer l'écho de quelque chose de déjà lu, oser des raccourcis scabreux et si en plus tu t’aventurais à exhiber ta pitoyable érudition, tu te laisseras aller à trouver qu’il y a du Richard Yates avec son “Fenêtre panoramique” dans ce bouquin, qu’il y a certainement du Fitzgerald de "Gastsby le magnifique" et du Henning Mankell des "Chaussures italiennes", qu’il y aussi une fragrance de Proust en surfil nostalgique (pourquoi pas ?), et tu te goureras immanquablement car comme je te l’ai déjà fait remarquer, tu manques d’imagination.

Oui, l’ami Salter est plus qu’un écrivain, c’est un passeur d’émotions et de vérités essentielles, sa plume tient lieu tour à tour du pinceau et de l’archet ; dans ce qu’il écrit il y a la magie polychrome de la lumière, de ce que l’on voit, de ce que l’on sent, il y a une petite musique qui se joue de nos sentiments, il y a tous ces moments fractionnés qui s’enfilent sur le fil d’une vie, qui finissent par faire masse et qui nous tirent vers un automne de pastels et de contrebasses, un hivers de blancs et de bleus glacés, poudreux… pulvérulents ?


Un texte beau, naturel et qui possède le temps… Le constat de notre mortalité au milieu de la beauté indifférente de l’Univers.

Généralement, nous échouons à prendre la mesure de notre temps, par peur (pour les plus lucides), paresse (les plus malins), aveuglement (les cons et les salauds), ou peut-être incapacité intellectuelle à le faire (les farangs), ben rappelle-toi que Mestre Ji-Salter (Maison Targaryen) nous octroie ici une putain de piqûre de rappel… si tu ose ce livre tu vas chialer mon cadet !


Un hymne à la vie, à la mort et à la nostalgie… un éblouissement  !







Je vous demande de vous noyer dans ce bonheur parfait...


lundi 30 septembre 2013

Presse-People, Carl Hiaasen

Attention, c’est du très très bon Carl Hiaasen. Le meilleur des trois que j'ai enfourné ce mois-ci.
Tu demanderas à mes filles ; elles m’ont entendu ricaner pendant quarante-huit heures, reclus dans mes quartiers ! J’en ai chialer de rire, putain !
- Qu’est-ce qu’il a le vieux, il est malade, c’est sa prostate ?
- Non, répondait ma Pierrette qui connaît son Pierrot depuis le temps, il lit un Carl Hiaasen ; on n’y peut rien, faut qu’ça lui passe...


Sans dec, ce Presse-People est du calibre de Cousu main ou De l'orage dans l'air. Ce mec tricote dans l’excès et te ravage à coup de :


- Dis-lui que je suis sérieux comme une crise cardiaque…


Ou encore cette description de Skink, l’ancien gouverneur, que la crapule Maltby à la surprise de trouver assis sur sa machine à laver alors qu’il rentre chez lui :


- Clint ?
- Je me suis dépouillé de ce nom depuis très longtemps.
Le gouverneur trônait dans la buanderie qui jouxtait la cuisine de Maltby.
- Bon Dieu, qu’est-il arrivé ? Où étiez-vous passé pendant toutes ces années ?
- Aujourd’hui, on m’appelle Skink, l’informa le gouverneur.
Maltby était extrêmement nerveux. Tyler portait des baskets pourries et un imperméable qui ne l’était pas moins. Il avait le crâne rasé et des guirlandes de cartouches vides pendaient à ses deux longues tresses argentées. Il avait perdu un oeil, via un épisode violent sans doute, et sa peau avait un aspect basané et buriné.
- Que venez-vous faire ici, Clint ?
- Arrête de m’appeler comme ça.
- Attendez : vous êtes en train de poser une pêche dans ma machine à laver ? Nom de Dieu !
Skink se leva en reboutonnant calmement son imper.
...


Dans cet opus déjanté, nous saluerons la collaboration de :

- Bang Abbott, le paparazzi azimuté qui finira avec deux trous au cul,
- Jackie Sebago, le margoulin investisseur qui va partager sa couche-culotte avec une paire d’oursins...
- Cherish, ex-Cherry Pye, l’écervelée-bimbo-super-start qui aligne les conneries plus vite que son ombre,
- Ann DeLusia, la doublure de Cherry qui a fait flasher Skink,
- Chimio, le truand rescapé de Cousu main, qui après s’être fait bouffé la pogne par un barracuda, c’est fait greffer un taille-haie sur le moignon. Y rigol’ pos en garde du corps !
Et bien sûr la véritable star de ce bouquin : (tariii-tarraa-tarriii !) 
- Skink, l’ancien gouverneur, l’homme du bayou, le vengeur des opossum et des ratons laveurs, l'ami indéfectible des moustiques et des crocodiles avec lesquels il partage son quotidien, grand collectionneur d'œil de verre et pourfendeur de crapules... légèrement amoureux de la belle Ann.


Et un merci particulièrement appuyé aux âmes simples du show-bizz. Oui, merci d’être des crétins ;
 Je ne dis pas que c'est pas injuste, je dis que ça soulage… (Audiard)


C’était simplement magnifique... mais douloureux, au niveau des abdos, j’veux dire.



Je te jure que Carl n’est pas mon ami, c’est pour cela que je suis capable de te jurer que c’est mon ami. (reuféchlis bien à cela, farang-appendicectomique)







La prochaine fois, je vous demande d’acheter une machine à laver à chargement frontal...

dimanche 29 septembre 2013

Striptease, Carl Hiaasen

Incroyable, plus de dix ans que je rate royalement ce Carl Hiaasen ; bravo l’artisse ! Mais où avais-je la tête pendant tout ce temps ? 
Pis c’est connu, hein ? C’est bien simple, avec ce bouquin en pogne, tous les mecs que je croise depuis vingt-quatre heures m’ interpellent assez familièrement (clin d’oeil et tout) en s’esclaffant :
- Mais c’est Demi Moore… Ha ouais, je me souviens du film ! Ha bon, y avait un bouquin ?
T’as vu le coup, farang-priapique ? !
Putain, ch’ais même pas qui c’est Demi Moore, mais ce n’est pas cela qui me gène le plus, non, c’est d’être passé à côté d’un Carl Hiaasen et de continuer à dormir comme un innocent. Nonobstant  ch’uis pas plus con que ça, merde, je connaissais le nom de la dame et pis j’ai cherché en douce, histoire de ne pas passer pour le dernier des caves. Alors effectivement, la donzelle à oilpé de la couverture de ce J’ai Lu est bien Demi Moore… et elle est bien charmante, je te l’accorde, et elle a sûrement dû ramasser le prix Nobel “Miss Nouveau-Mexique” y a vingt ou trente piges, mais ceci dit, ça ne fait toujours pas “tilt” entre mes deux oreilles. En fait, je n’ai vu aucun des films de madame Moore. Elle n’a jamais tourné avec Pagnol, Grangier ou Molinaro…ni dans Melancholia, et  elle n’a rien publié de flagrant dans Ciel&Espace : comment tu voulais qu’j’la connais ?


Bien, bien.


Alors dans les rôles des disjonctés de service de ce Striptease :
- Dilbeck, un éminent mais priapique politicien fantoche et cependant membre du Congrès,
- Darrell Grant, l’ex-mari d’Erin (la stripteaseuse) qui carbure aux médocs, à l’étroitesse d’esprit et au vol de fauteuils roulants,
- Moldowsky, le mafieux qui drive l’autre imbécile de Dilbeck,
- Erin, bien sûr, la héroine qui se trémousse sur le bar avec les loloches à l’air,
- Shad, le monstrueux videur de la boîte de striptease (qui aime beaucoup Erin),
- Orly, le patron de la boîte,
- Al Garcia, le flic,
- Et plein d’autres personnages assez barrés.


Comme toujours, le déroulé de l’histoire consiste à un enchaînement fatal de turpitudes de plus en plus désagréables pour les méchants et les sales cons.
C’est jouissif.


Encore un et je serai à joure.


Carl est un ami précieux


Richard le menteur



Je vous demande de me croire...

samedi 21 septembre 2013

Croco-Deal, Carl Hiaasen.

Ch'ais pas pourquoi, mais j’ai la méchante impression qu’on va bouffer du Car Hiaasen ce mois-ci… Incroyable le retard que j’avais avec cet animal. Sans compter les folio-unior, je retardais de trois ou quatre bouquins ; dingue, non ?

Encore une fois, l’ami Carl n’y va pas avec le dos de la cuillère : toujours la Floride au menu, toujours la même galerie d'énergumènes totalement disjonctés, toujours l’écologie en pivot central et surtout, toujours le même combat entre le citoyen et la méta-structure dominante (état, multinationales, religions, etc.). Doit pas être très pote avec les mecs de l’OMC le camarade.
En fait, et de bouquin en bouquin, il cultive obstinément une allergie aux imbéciles et aux malfaisants (non, c’est pas la même chose, les imbéciles ne sont pas forcement malfaisants, quoique...). 
Carl Hiaasen c’est une machine parfaitement huilée à dégommer les connards de toutes obédiences.

Bon, c’est bien beau tout ça, mais que peut-on en dire sans trop en dire ?

Hum...

Ce qui est sûr, c’est que la gentille et psychotique Honey Santana prend le rôle d’emmerdeuse principale. 
Déjà, elle n’aime pas qu’on lui casse les bonbons pendant les heures de repas, aussi, quand le télémarkéteur Boyd Shreave (alias Boyd Eisenhower) de Sans Trêve Ni Relâche ose interrompre le sacro-saint repas semi-familial, la donzelle prend la mouche ; le gars Boyd vient d’allumer la mèche d’une mécanique infernale qui va finir par lui péter à la gueule.

Alors, dans les rôles des principales - voire collatérales - victimes nous trouvons :

Louis Piejack, en pêcheur plus mort que vif et totalement obsédé par la belle Honey,

Lily, la future ex-femme de Shreave le télémarkéteur,

Queue de Tigre (Sammy), le jeune semi-séminole très perturbé, mais bien charmant… Miam.

Perry Skinner, l’ex-père de Fry et cependant toujours “l’officiel” de Honey,

Eugénie la bimbo de service, fort marrie de sa visite des mille îles,

Guillian, l’étudiante (otage volontaire et délurée) qui veut absolument croquer du séminole… Miam.

Et plein d’autres allumés, passagers plus ou moins volontaires de ces îles sauvages sises en périphérie du Golf du Mexique.


Lire du Carl Hiaasen c’est jubilatoire et satisfaisant. Comme regarder PSG/OM quand c’est le PSG qui met une tôle à l’OM ! ah, ah, ah … Et s’il est vrai que rire un bon coup équivaut à bouffer un steak, alors avec ce Croco-Deal, végétariens s’abstenir !



Nostradamus-Reiser




Ben, y a des jours où la vie n’est qu’une grosse sucette parfumée à la merde.
(Croco-Deal, Carl Hiaasen)

mardi 17 septembre 2013

Bienvenue au club, Jonathan Coe

C’est la première fois que je mets le nez dans un bouquin de l’ami Jonathan.
Putain que c’était bien !
Quel coup de projecteur sur à peine hier, sur nos talons !
Les années 70 sont encore trop proches pour faire vraiment partie de l’Histoire, c’est du moins l’impression que j’en ai, mais nous les avons vécu ces fameuses 70. Bien sûr pas de la même façon que les Benjamin, Philip ou Doug, pas à Birmingham, soit, mais nous étions dans la même temporalité. En jeunes gens insouciants, nous tétions tous l’air de cette fin d’époque avec les poumons à peine voilés par notre encore jeune tabagie, nous écoutions souvent les mêmes choses navrantes qui dégueulaient de nos premiers tourne-disques, qui sourdaient de nos petites radios, et puis, les attentats de l’IRA, les grèves monstres, les charges sanglantes d’affreux flicards sur des cortèges d’ouvriers, tout cela passait déjà à la téloche, et rappelle-toi que ça avait une méchante gueule ces trucs, même en noir et blanc ! Et on ne connaissait pas encore Miss Thatcher ; çà, ce sera pour après, la National Union of Mineworkers va s’en souvenir de la Dame de fer, mais basta, sache seulement que ce livre résonne à mon oreille, je suis entré en syntonie avec le camarade Coe.

Bon, alors, c’est quoi ce club ?

Il s’agit d’une fresque de la fin des temps modernes, disons ; dans une tranche de temps donnée (années 70) et dans un lieu bien défini (Birmingham) nous plongeons dans les strates du quotidien de la classe laborieuse de la perfide Albion.
Nous vivons tour à tour les existences des lycéens, de leurs parents, grand-parents, nous assistons aux turpitudes fessières des adultes, des moins adultes, nous partageons les joies, les incertitudes ou les drames de plusieurs familles de cette banlieue dominée par l’usine de bagnoles. Petits cadres, ouvriers, délégués syndicaux, petits fachos inclassables, tous les fils sociologiques de cette vaste tapisserie sont mêlés, intriqués : le tableau est vivant, subtil.


Et en plus d’être fin dans l'analyse de son temps, le gars Jonathan est un parfait styliste, c'est du grand art ; les flashbacks, les extraits de journaux, les souvenirs de vacances, les feuilles de choux du lycée scandent une flèche du temps totalement maîtrisée.

Très, très bon livre, pris à la sauvette sur l’étal d’un nouveau libraire (que je teste en ce moment) et dont la pochette m’a d’abord interpellé avant que le “Coe” ne me saute à la tronche… tiens, tiens, me suis-je dis, depuis le temps qu’on me snobe avec cet enfoiré ! Et Coe par ci, et Coe par là, ça commençait à me gonfler. Tu parles si je l’ai choppé vit’fait ! Marre de passer pour un con aux apéros de l’Ambassadeur.
Ben, t’inquiète, j’aurai l’air toujours aussi con, çà je m’y suis résigné, mais maint’nant  je saurai de quoi on parle quand ce mec reviendra sur la tapis.


C’était simplement délicieux, farang mon ami, c’est un bouquin majeur dans la future historiographie des années 70.


Il ne sont pas si nombreux, c’est vrai, les talentueux passeurs de réalité complexe, Jonathan Coe en est un, et un bon en plusse !


Merci pour ce week-end enchanté et cependant frappé au coin de la nostalgie.

Jonathan n’est pas mon ami, c’est pourquoi je dis que c'est mon ami.


 


Margaret T.



Je vous demande de me croire, ça va changer...