Pages

samedi 6 décembre 2014

Dominium Mundi Livre I, François Baranger

Dieu me patafiole, quelle éclate !

Là, d’accord, ça c’est de la SF mon cadet !
T’en voulais du «vaisseau arche» vers Alpha du Centaure, du planet-opéra, du ranger épiscopal en croisade, du cyber-dasein, de la noblesse en déroute, du pape perfide, de l’éternelle lutte entre le bien et le mal, de la conscience globale estraterreste, ben, tu vas en avoir, et de la meilleure eau. C’est dans la lignée du diptyque Abzalon et Orchéron de Pierre Bordage, et c’est aussi bon.
L’ami François nous assène un premier roman absolument remarquable saucissonné en deux pavetards ; un de six cents pages et l’autre de huit cents ; du lourd, du comme j’aime !

Sache cependant, farang-sapatio-pérégrin, que pour tes prochaines vacances, c’est nul d’aller aux Baléares ou à Nouméa, tente plutôt la croisière vers Akya du Centaure à bord du Saint-Michel, ça aura plus de gueule, et les rescapés vont revenir bronzés, crois-moi ! On embauche dans les légions du Chritzmeu ! Y a du Cafard Cosmique à esterminer...

Bon, ch’t’esplique :

En gros, faut t’imaginer qu’il y a peu, «la guerre de une heure» a épargné l’Europe de Carolus Magnus et que le reste de la planète est quasi vitrifié. C’est donc au 22-23ème siècle que l’on rejoue la séquence 10-12ème siècle ; le pape Urbain IX reprend la main sur la néo-noblesse européenne et veut organiser le sauvetage des bons chrétiens. Une première mission d’exploration est diligentée vers notre plus proche voisine, l’étoile Alpha du Centaure ; elle cible la planète anthropo-compatible Akya.
Hé, devine un peu ce que trouvent les mecs qui débarquent là-bas ? Des cafards vaguement humanoïdes et le tombeau du Chritz, le vrai, ‘tain ! Avec la croix, les reliques officielles et toutim !
Curieusement, c’est à partir de ce moment là que tout part en couille ; la mission est esterminée par les cafards brusquement belliqueux, le pape pique une crise et ordonne une croisade vers cette nouvelle Terre Sainte sise à un peu plus de quatre années lumière de Jérusalem… Un giganteste vaisseau est armé pour ce faire : le Saint-Michel, un million de croisés dans ses soutes, et il se précipitera entre les étoiles pour conquérir le nouveau tombeau du Chritz inexplicablement passé aux mains de la vermine impie. Tu voyageras sous l’autorité de Pierre l’Ermite, le prætor peregrini de cette croisade ; tu vas côtoyer Tancrède de Tarente, le méta-guerrier ; Engilbert et Liétaud, ses fidèles compagnons ; Bohémond de Tarente, son tonton, et pleins d’autres personnages de haute lignée tels que : Guillaume de Séverac ; Robert de Montgomery, le méchant, le salaud ; Adhémar de Monteil ; et aussi la bandante Clorinde di Severo, etc.

Bon, je t’en ai assez raconté et je finirai en te précisant que le livre 1 est la relation du voyage et qu’il se termine par l’injection du Saint-Michel dans l’orbite de Akya du Centaure à peine quelques années plus tard, ouais, on possède la techno pour niquer la vitesse de la lumière, mais, t’inquiète, on reste soumis aux lois de la Relativité, le temps, tout ça, quoi.

C’est excellent, le Saint-Michel est presque au niveau d’un vaisseau de la Culture... pardon ? Tu n’as jamais lu Iain M. Banks ? Cours immédiatement te pendre, malheureux !

Qui plus outre, c’est l’ami François qui a fait les deux remarquables couvertures des bouquins… mais y sait tout faire l’animal !

Bravo, bravo, et encore bravo, François Baranger, oserais-je écrire qu’à l'instar d’un Jean-Philippe Jaworski, imbattable en son domaine fantasy-gallo-celtique, tu es un des nouveaux anti-papes de la SF Francaoui ? 

Puis-je t’embrasser ? 

Smack !

Santo subito, François !
Cocorico…

Amen.





On nous aurait menti alors, le Chritz serait un estraterreste gay à l’insu de son plein gré ? ! ! !

mercredi 3 décembre 2014

La tarte et le suppositoire, Michel Ouellebeurre

Ha, ha, ha…
Excellent !

Mais hélas excessivement court, pour ne pas dire furtif.

Que tu aimes Houellebecq ou pas, que tu aies apprécié ou pas La carte et le territoire, ce petit pamphlet est pour toi farang-del-dingo ; un entremet que nul bon chrétien ne saurait refuser.

...
Il avait reçu un mail de Michel Ouellebeurre engageant : « Venez me voir, mais faites pas chier, déjà que je reçois les mails de BHL. »
Ouellebeurre l’accueillit. Il n’avait pas dû se laver depuis qu’il avait fait la promotion de son dernier livre. Jed fut enthousiasmé, il était persuadé qu’un génie n’avait pas besoin de se doucher. Un grand écrivain ne se reconnaît pas au style mais à l’odeur. L’auteur des Renoncules excédentaires avait d’ailleurs installé sa baignoire dans son salon.
- Je ne reçois jamais personne, expliqua-t-il, comme ça c’est plus pratique. De toute façon, je ne vous ai pas demandé de venir.
- Euh… mais c’est très bien comme ça, bafouilla Jed qui ne s’attendait pas à un accueil aussi chaleureux.
- Ah, c’est pareil chez vous ?
- Euh..non, je suis traditionnel côté savonnette.
- C’est nul, dit Ouellebeurre d’un ton sans appel.
Jed remarque que l’auteur d’Expansion du domaine de la putte avait la main qui tremblait.
- J’ai la bougeotte, hein ? 
- C’est la crampe de l’écrivain, dit Jed d’un air entendu.
- Non, c’est dû à un excès de branlette. Rien à voir avec la littérature. J’ai pas épousé Arielle Dombasle, moi. Elle aime les gominés, pas les cheveux gras. De toute façon, ma plume est comme ma bite, il n’en sort plus que de la pisse de chat. Tiens, à propos. Attendez, je reviens.

Jed profita de l’absence de l’écrivain qui s’était éclipsé afin d’essayer d’uriner la bouteille de Château Magot qu’ils avaient bue pour jeter un oeil sur sa bibliothèque. Il n’y vit que des grands auteurs. Les mémoires de Mireille Dumas gisaient entre la vie amoureuse de Julien Lepers et Sabots du Morvan, mythe ou réalité, le dernier ouvrage de Jean-Pierre Pernaut. Il feuilleta le pensum de Patrick Le Lay, Comment j’ai niqué PPDA.
...

Ose me dire que ce n’est pas du miel !
Si tu as lu La carpe et le dépositoire, avoue qu’on est en plein dedans ; Jed  Heuzamour, Michel Ouellebeurre… Pardon ? Tu ne l’as pas lu ? ! J'hallucine ! Je… Je… Argh !  Couic !

C’était une superbe patriçounade, merci cher ami.






Aer Cunnilingus

mardi 2 décembre 2014

La règle, Régis Curien

Très singulière cette nouvelle façon de découvrir un auteur, voire de participer à l’élévation de l’impétrant à la dignité suprême d’être publié par un éditeur "papier". Ouais, ch’t’esplique : maintenant, et grâce aux techno-sciences i-modernistes, si tu te découvres l’âme d’un Victor Hugo, d’un Gérard de Villiers ou celle d’un Houellebecq, point n’est besoin d’envoyer ton manuscrit chez les Gallimard, Seuil ou autres Bob Laffont, là-bas, les grossium de Paris, et que c’est sûr, y le liront pas, non, maintenant, tu peux passer par un éditeur réticulaire du genre bookstory.
Bien sûr, je ne connais pas les modalités et autres coûts induits par une inscription en tant que papa “du futur chef-d’oeuvre”, mais si comme moi tu te cantonnes au rôle de client, alors tu cliques pour acheter le bouquin à 6€, tu récupères le pdf (non au mariage des pdf !) et tu le dégustes sur ta liseuse.
Le truc étant qu’au bout de deux cents téléchargements, le bouquin sera présenté à un éditeur papier (tu vois la barre de progression des téléchargements, les commentaires sont presque tous très sympa, le site est bien fait).
Pourquoi pas ?…
Mais de deux choses l’une ; ou se crée devant nos yeux ébaubis une nouvelle façon underground, plus participative, de consommer des livres, où, les boîtes d’éditions officielles sont en train de sous-traiter le risque “1er roman” à un échelon inférieur, plus régional ; une sorte de décentralisation sauvage, disons.
Et comme de mon mal je sens celui des autres, franchement, le doute m’habite, mais laissons lui son bénef... pour l’instant.

Bon, La règle.

Une dystopie incontestablement, avec les fragrances d’un 1984 du grand Orwell et l’arrière goût que l'on trouve dans Les Monades urbaines de Silverberg.
Peut-être pas bien loin dans le futur, mais après une guerre dans laquelle flambèrent toutes nos illusions, ça, c’est sûr ; ne reste que du gris et la Règle.
Imagine-toi vivre dans une ville qui ressemblerait à la Défense en plein régime soviétique.
Là-dedans, focalise ta subjectivité sur la vie de Winston, une sorte de Juge d'Application de la Règle, qui de fil en aiguille va se retrouver dans la peau d’un ennemi d’icelle. Le fonctionnaire modèle sera victime de son sens de l’éthique, qu’il a bêtement confondu avec la Règle, et va méchamment déraper ; ça finira avec cellote dans les caves d’une Loubianka du futur et toutim ! ‘tain, mal barré !
Mais non, en fait, c’était juste un pentest ontologique, dis-donc ; rien que le Ron Hubbard local qui voulait savoir si l'agent Winston pouvait accéder aux secrètes phalanges des Thétans, le club très fermé des p’tits gars qui manipulent les autres… non, j’déconne, mais c’est pas loin.
Finalement, c’est pas un rebelle le Winston, c’est juste un jésuite de la Règle.

Hélas, malgré un déroulé de l’intrigue fort convenable et quelques rebondissements assez surprenants, la mayonnaise ne prend pas ; c’est trop lisse, trop neutre, trop aseptisé.
Les personnages manquent de caractère et le roman est trop court d’au moins deux cents pages.
Ça se becte en deux heures.

Ceci dit, bon vent et bonne chance à l’ami Régis Curien.






Aïe !

samedi 29 novembre 2014

Le quai de Ouistreham, Florence Aubenas

Comment dire ?
Comment ne pas se sentir péteux en refermant ce bouquin, si l’on a passé sa vie dans le mainstream de la fausse sécurité qu’octroie un bon CDI ; un job agréable, intéressant, correctement rémunéré, des collègues qui sont devenus des amis ; quand tes problèmes se réduisent au choix des tropiques sous lesquels tu iras te faire bronzer le zona ; ou si ta prochaine bagnole LOA sera blanche ou noire, und so weiter...
Bref, farang-moyennement-classé, comme moi, tu as peu goûté au néo-paradigme post-thatcherien JPv2 (Job Précaire version 2.0), et comme moi, tu n’es pas une femme en position “fragile”... Je te vois sourire ; qu’est-ce que tu crois, hein ? Que les caissières de l’Inter sont des mecs ? Qui passe nettoyer ton burlif, après dix-sept heures, un mec ou une nana ? Qui récure tes chiottes ou repasse tes calcifs, quand tu la joues chèque-emploi-service, un mec ou une nana ? Etc.
On l’a tous compris, à moins d’être très cons, dès qu’il y a du fragilisé, du foyer mono-parental, du cassant, du sous-payé, sous-estimé, de l'éhontément exploité, du précaire, la première rafale est toujours pour vous, les frangines ; dès qu’il faut trimer, sucer, récurer, jongler, encaisser, se démerder malgré tout avec les mômes et le frigo, c’est pour vos gueules, les filles. De fait, l’ami Florence nous en propose une remarquable observation avec ce livre.

Ouais, la Aubenas, elle a pris son courage à deux mains, son âge (presque cinquante piges), ses rides, son faux curriculum vitae, et s’est inscrite à l’agence Pôle emploi de Caen.
La donzelle s’est immergé dans la fosse des travailleurs pauvres : descente spiralée dans le sordidos, dans la misère, dans l’aléatoire, l’ubuesque. Même les mecs de Pôle emploi sont dans la focale de cette monstruosité ; la frustration et l’impuissance sont des deux côtés du guichet.
Entre sa première inscription à Pôle emploi et l’obtention d’un CDI, il se passera six mois de galère ; deux heures par jour à récurer les cabines d’un ferry de Ouistreham ; deux heures par semaine à décrasser les bungalows du camping local, et autres heures grappillées de-ci de-là, qui, au final, donnent des journées avec levé à 4:30 du matin et des couchés à 23:00, pour des tarifs qui frôlent les neuf euros brut de l’heure et quelques dizaines de bornes au compteur de la vieille caisse gourmande et capricieuse entre chaque morceau de boulot. Un monde ou le summum est d’être caissières en CDI ! Des CDI à moins de 50 heures par mois ! Ça existe, ‘tain !

On se croirait dans The People of the Abyss (1903) de  Jack London ; c’est terrifiant !
Hé, le prochain qui m’esplique, chiffres zé courbes à l’appui, qu’il faut que la supérette ou Jardi-Reich soient ouverts le dimanche, ou qu’on peut faire bosser des gens à cinq balles de l’heure, ben, j’y colle recta un bourre-pif !


Merci amie Florence pour cette gifle de réalisme, pour cette bouffée de mauvais parfum des gens qui galèrent. Merci Florence de faire ton boulot et même un peu plus, et d’être le témoin viscéral des forçats du post modernisme, ceux qui vivent aux aguets et dans l’inquiétude. 
Encore merci et bravo ; Le quai de Ouistreham ? À lire ab-so-lu-ment !

Et, bien sûr, une grosse bise (avec la langue) au vieux Patriçounet doré, l’indéfectible ami, l’intarissable source des lectures nécessaires, et cependant, l'inique bourreau de la gente Patriçounette argentée.


Marianne



Ah ! ça ira, ça ira, ça ira…

dimanche 23 novembre 2014

Le chant du converti, Sebastian Rotella

Ah… Le nouveau Rotella ! Je le dois à la diligente et sympathique attention de l’ami Patriçounet ; faut ausi dire que je l’avais bien appâté avec le premier, Triple Crossing...

Bon, la semi-barbouze Valentin Pescatore remet le couvert. Ça se passe quelques piges après Triple Crossing, mais ça commence avant, à Chicago, avec le camarade Raymond.
Mais, bien sûr, il est impossible que je t’en dise trop, cuate !
Sauf, peut-être, que tu vas gagner des centaines de miles sur une quelconque International-Air-Line... Buenos Aires, La Paz, Paris, Madrid, Bagdad, etc. Tu vas voir du pays ! Sache qu’en outre il te faudra quelques fois te laisser pousser la barbe et maman mettra un mouchoir sur la figure, car tu vas devoir composer avec le terrorisme international, les réseaux islamistes européens et les mafia boliviennes. Gros décalages existentiels à prévoir !

Une drôle d’ordonnance que nous délivre là le docteur Rotella : attentats sanglants, kamikazes, narco-trafiquants, assassins, policiers véreux, émeutes et une curieuse sensation de dépaysement quand la castagne internationale se téléporte dans le neuf trois et dans Paname.

Tu vas aussi fréquenter de très près de redoutables acronymes tels que : GEOF, FBI, DEA, CIA, DCRI, et les poétiques mais sanguinaires Al-Qods, Hezbollah, Al-Quaïda…
T’inquiète, tu vas avoir du sang sur les pognes, farang-égorgeur !
Heureusement, il est possible que tu rencontres une charmante Fatima Belhaj, dont les ancêtres étaient gaulois, et qui réveillera l’humanité qui repose en ton caleçon.

Mais, soyons, clair, ça va péter dans tous les coins et le camarade Sebastian Rotella m’appert comme extrêmement bien renseigné sur la deus ex machina qui actionne subrepticement tout ce merdier géopolitique et mortifère. Je subodore que la toile de fond de ce global-polar est très proche de la sanglante réalité des années deux mille dix.

C’était simplement magistral.

Bravo à l’ami Sebastian et encore merci au vieux Patriçounez...





Tic, tac, tic, tac, tic, tac...

samedi 22 novembre 2014

Glacé, Bernard Minier

Ça y est, le polar français a définitivement perdu ses complexes.

Dès les premières pages, l’ami  Nanar nous chope par l’oreille et nous entraîne dans un snow movie palpitant sis en plein Comminges ; un environnement tellement hostile qu’il reste moins de dix couples de dahus en capacité de se reproduire et que même l’ours slovène ou la truite argentine ne survivent pas aux meutes de chasseurs néandertaliens ou de pécheurs à la mouche qui sévissent dans les vallées et le «gaves» éponymes, te dire si le pays est rustique…

Ben, en plein milieu de ce nulle part blanc et pyrénéen, tu vas côtoyer des cadavres exquis, des sociopathes internationaux, des flics toulousains.con, des juges douteux, de vilaines histoires de familles, des prédateurs sexuels, de blondes amazones gendarmettes qui roulent en… en… Ducat 848 (?).

Brèfe, si tu démarres ce srileure, farang.con, t’es fait aux pattes ; tu vas subjectivement te les peler pendant au moins quarante huit heures ; être définitivement dégoûté de la viande de cheval ; tachycarder comme un malade pendant sept cents pages et passer une nuit blanche dans la peau gelée, droguée, tuméfiée du commandant Servaz.

Bravo à l'aède Minier pour cette sanglante roulade dans la poudreuse midi-pyrénéenne et bien sûr, merci à Céline (™) pour m’avoir embarqué dans cette avalanche.con.



Equus Caballus Egorgeatus




Cherche apprenti sachant égorger les chevaux...

mercredi 19 novembre 2014

Robinson Crusoé, Daniel Defoe

Une très curieuse histoire que je vais te raconter là.

D’abord, Robinson, je l’ai escaladé par la face suisse et le sherpa s’appelait J.-R. Wyss.
Il s’agissait de toute une famille qui s’échouait sur l’île, avec clebs, bétail et toute la basse-court. C’était une tribu très industrieuse, et elle est à l’origine d’une des premières colonies de la fédération helvétique, et ce, grâce à une organisation sans failles et surtout grâce à la rigueur toute protestante de sa foi. Ça, de la bondieuserie, t’en bouffe !

Ensuite, la puberté à peine débordée, c’est le vieux Bill qui s’occupa de mon éducation para-littéraire et son truc à lui, ce vieux coyote, c’était Tournier… Et Tournier ceci, et Tournier cela, bref, je me suis retrouvé avec Vendredi où les limbes du pacifique dans les pognes.

Bon.

Passent quelques décennies, et l’aut’ nuit, donc, alors que je traînais ma prostate chez les filles, je regardais avec nostalgie la mini-bibli qu’elles ont agrégé en ce “lieu” aux fils des années, et là, entre un Spirou et un Harry Potter : le vrai Robinson Crusoé (folio junior édition spéciale). Un truc de quand la petite devait zoner en six ou cinquième. Je feuillette, c’est annoté ; elle a dû trimer dessus, je souris avec indulgence... et brusquement TILT : je me rends compte que je n’ai jamais lu le vrai Robinson Crusoé !!!
Tu parles d’un choc, heureusement, j’étais assise.

Je n’ai alors fait qu’écouter mon enthousiasme, au début du moins ; les tribulations océaniques du jeune et presque rebelle Robinson ; deux ans d’esclavage chez les barbaresques, l’évasion, et ensuite la tempête, le naufrage, le premier atterrissage, l’île, la nature hostile, tout çà…
Et puis, au fur et à mesure du massacre, je me suis calmé.
Ok, le récit démarre en 1709, et je veux bien admettre que Les Lumières propres à ce siècle n’avaient pas encore éclairé tous les recoins, mais à partir du moment où le Crusoé est sur son île ça devient beaucoup moins exaltant. Il flingue tout ce qui bouge, remercie la providence et le Seigneur pour l’avoir foutu dans cette merde toutes les quatre pages et finalement traitera Vendredi comme un animal domestique.
Ce type est un parfait connard, c’est l’archétype du loup de Wall Street ou de la grosse tête qui a décidé qu’il fallait éventrer le Canada pour que Gaïa crache son pétrole… c’est un pur salop !
Il traite mieux son flingue que son chien où ses chèvres ; Vendredi ne sera jamais qu’un meuble ; ce mec n’a rien appris durant ses vingt-sept piges de réclusion, il ressortira de l’aventure droit dans ses bottes et repartira vers l’Angleterre comme s’il n’avait pas évolué d’un iota. Ch’serais mêm’ pas étonné qu’il ait repiqué dans un quelconque trafic d’esclaves, peu après...

Finalement, je n’ai pas bien apprécié le “vrai” Robinson ; ce "vrai" chrétien ne m’est pas sympathique.

Désolé, mais c’est le vieux Bill qui avait raison, le Vendredi de Tournier est largement supérieur au Robinson de Defoe. Le Robinson de l’ami Michel est plus plastique, plus ambigu et finalement bien plus épicurien ; ses rapports à la nature, à Vendredi, au temps, etc., le font évoluer vers de plus en plus d’humanité. À la fin, Il ne partira pas de son île et restera “chez lui”, en son royaume.
Quel contre-pied, mon cadet !


©Miss Bean





Vendredi, je suis ta mère…