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jeudi 9 avril 2015

Oscar et la dame rose, Eric-Emmanuel Schmitt

Cher Dieu,

Je m’appelle Oscar, j’ai dix ans, j’ai foutu le feu au chat, au chien, à la maison (je crois même que j’ai grillé les poissons rouges) et c’est la première lettre que je t’envoie parce que jusqu’ici, à cause de mes études, j’avais pas le temps.
Je te préviens tout de suite : j’ai horreur d’écrire. Faut vraiment que je sois obligé. Parce qu’écrire c’est guirlande, pompon, risette, ruban, et cetera. Écrire, c’est rien qu’un mensonge qui enjolive. Un truc d’adulte.
...

Il s’agit du début de la première lettre qu’Oscar adresse à Dieu.

Le jeune Oscar est malade et vit désormais à l'hôpital. Du haut de ses dix ans, et en interceptant les conversations des adultes, il a bien compris qu’il va mourir sans tarder.
La dame rose, qui va rapidement devenir Mamie-Rose, est une personne d’un certain âge qui l’accompagnera jusqu’à la fin. C’est d’ailleurs elle qui l’incite à écrire une lettre à Dieu tous les jours, c’est aussi elle qui lui suggère que puisqu’ils sont comptés, chacun d’entre-eux vaudra dix ans.
Et de fait, en douze jours et treize lettres à Dieu, Oscar va vivre sa vie… toute.
Oui, elle est là, toute la vie d’un homme, dans ces douze derniers jours d’un petit garçon, dans ces treize épitres qu’il adresse à Dieu. Et bien que personne ne soit dupe, ces lettres sont d’une justesse sidérante, sans aucun pathos ni compromissions. Quand ils jouent aux «grandes personnes», les mômes sont d’un sérieux absolu.
Il y a juste la sagesse d’un petit garçon qui s’étiole inexorablement et l’amour de cette Mamie universelle qui le portera jusqu’au bout.


C’est la deuxième fois en dix ans que ce petit livre croise ma route et j’ai pris une claque et une leçon à chaque fois.
Ce bouquin est une pépite rare, un trésor précieux, un talisman garant de notre humanité, et si finalement Levinas voit Dieu dans le visage de l’autre, moi j’y vois Oscar, et il est fort probable que nous regardions tous les deux la même chose...

Hélas pour ma sensiblerie pathologique, il existe une quatorzième lettre, la voici :

Cher Dieu

Le petit garçon est mort
Je serai toujours dame rose mais je ne serai plus Mamie-Rose. Je ne l’étais que pour Oscar.
Il s’est éteint ce matin, pendant la demi-heure où ses parents et moi nous sommes allés prendre un café. Il a fait ça sans nous. Je pense qu’il a attendu ce moment-là pour nous épargner. Comme s’il voulait nous éviter la violence de le voir disparaître. C’était lui, en fait, qui veillait sur nous.
J'ai le cœur gros, j'ai le cœur lourd, Oscar y habite et je ne peux pas le chasser. Il faut que je garde encore mes larmes pour moi, jusqu'à ce soir, parce que je ne veux pas comparer ma peine à celle, insurmontable, de ses parents.
Merci de m'avoir fait connaître Oscar. Grâce à lui, j'étais drôle, j'inventais des légendes, je m'y connais même en catch. Grâce à lui, j'ai ri et j'ai connu la joie. Il m'a aidé  croire en toi. Je suis pleine d'amour, ça me brûle, il m'en a tant donné que j'en ai pour toutes les années à venir.

A bientôt
Mamie-Rose

P.-S. Les trois derniers jours, Oscar avait posé une pancarte sur sa table de chevet. Je crois que cela te concerne. Il y avait écrit : « Seul Dieu a le droit de me réveiller.».
...

Bon, j'arrête là, j'ai plus de kleenex.


Merci ami Eric-Emmanuel... et merci à Bacon, Einstein, Popcorn, la Chinoise et Peggy Blue d’avoir été les amis de Crâne d’Oeuf (Oscar), et, bien sûr, merci à Mamie-Rose pour toute cette humanité.




      JE SUIS OSCAR        

mercredi 8 avril 2015

Ce qu’il advint du sauvage blanc, François Garde

La lecture de ce bouquin m’a presque fait penser à Rufin, te dire la qualité de la tablature de l’ami François !

En 1843, le jeune Narcisse Pelletier, matelot à bord de la goélette Saint-Paul, se fait oublier sur une plage de l’Australie et va passer dix-huit ans avec les aborigènes, à vivre à poil, à dormir par terre, à bouffer des lézards semi-cuits et à boire de l’eau terreuse, et tout ça dans une contrée franchement hostile… et pourtant, cette civilisation multi-millénaire, cette culture carrément sophistiquée, plus douce que belliqueuse, presque focalisée sur la nature, la survie et le lien social va non pas tant adopter qu’intégrer le jeune matelot pour le transformer en véritable aborigène “blanc”. Il y perdra jusqu’à la mémoire de sa langue maternelle et devra subir un dur ré-apprentissage dès lors qu’il retournera sous les fourches caudines de la vraie civilisation car, hélas pour lui, il se fera capturer par un équipage Anglais qui le ramènera à Sydney. Ici, et toujours pour son malheur, il croisera la route de l'éminent Octave de Vallombrun qui finira par le rapatrier en Europe.

Le livre alterne savamment entre le récit de la vie d’Amglo - car tel est son nom au sein du groupe de “sauvages” qui l’a recueilli - et son retour parmi les “siens”, dix-huit ans plus tard, que nous suivons par le biais d’une relation épistolaire entre son Cicérone, Octave ceci-cela, et le président de la Société de Géographie.
Cette progression synchrone dans le récit, à raison d’un chapitre sur deux, est terriblement efficace et anxiogène. On sent bien que le retour à la civilisation va être problématique pour l’ami Narcisse et, d’une robinsonnade, le livre bascule peu à peu dans l’histoire d’un «enfant loup».
Malgré la bonne volonté de Narcisse et la savante gentillesse d’Octave, la rééducation aux valeurs de la France de Napoléon III va s’avérer être un parcours douloureux et stérile, tant pour l’élève que pour le maître, car pour un européen du 19e, comment supposer, ou ne serait-ce qu’imaginer, qu’un sauvage démuni de tout désirât le rester ? Le malentendu sera total ; Narcisse/Amglo se perdra et Octave de Vallombrun en mourra...

Et pourtant, les dernières pages font plus que suggérer que celui qui apprit le plus de cette leçon n’est peut-être pas celui qu’on croit, le bon sauvage - et d’ailleurs, que sait-on du bonheur d’un sauvage, quand bien même serait-il blanc ? Non, les dernières lignes du maître laissent accroire qu’il a compris son erreur, qu’il n’eût jamais fallu intervenir et que l’observateur faussera toujours l’observation.


Un très, très bon moment ; merci à l’ami François Garde, c’était parfait.





Drone aborigène...

mardi 7 avril 2015

Les temps sauvages, Ian Manook

Alors voila, encore un bouquin tombé du ciel. Et là, gros mystère ! Il a atterri dans ma boite-aux-lettres professionnelle. Physiquement, s’entend. Au milieu des tracts syndicaux et du courrier-service ! L’enquête résultante a fait chou blanc ; je ne sais toujours pas qui m’a gratifié de ce bonus. Aucun de mes dealers patentés n’est dans le coup : c’est personne, l’homme invisible ! Et pourtant il était là, ce polar des steppes mongoles.

Un régal ce Yeruldelgger ; ouais, ch’t’esplique, c’est le deuxième opus de cette série qui implique l’inspecteur Yeruldelgger (Attention, entraîne-toi un brin avant d’essayer de prononcer son nom à froid, tu pourrais faire péter la corde de mi) et, bien sur je n’ai pas lu le premier… mais ça va pas tarder...

Ceci étant, il s'agit là d'un superbe polar qui se passe dans la Mongolie du XXIe siècle ; avoue, ça ne court pas les rues, hein ? 
Si, si, y sont comme nous, les mecs de Mongolie, à part qu’ils bouffent des trucs assez dégueux, sinon, y sont pareils. Des flicards mal payés qui courent aux trousses de kaïras de haut vol, de mafieux internationaux, de trafiquants d’enfants et de militaires corrompus.
Tu apprendras aussi, farang-informaticien, qu’Oulanbator et Ulastaï ne sont pas que des noms de machines, ce sont de véritables villes dont une est la capitale de la Mongolie, ‘tain.

Ce bouquin est remarquablement ficelé ; chapitres courts, récits à étages ; rapidité, fluidité : bravo pour le style, et chapeau pour les têtes de chapitres, c'était une friandise rare.

Quant à l’intrigue et au dépaysement, c’était parfait ! Depuis les steppes battues par le dzüüd (leur blizzard à eux) avec des température de -40° C, en passant par la pollution infernale d’Oulan Bator, tu chercheras tes pistes à Krasnokamensk, la fameuse ville de Russie, plaque tournante de tous les trafics, pour finir au Havre afin de sauver Gantulga, le jeune fils adoptif de la pute copine avec Yeruldelgger. Mais chut...
Pfiouuu ! Quel voyage !  

Merci à l'ami Patrick Manoukian (Manoukian, ian manook... tu vois le coup ?), et encore merci à l’inconnu du Nord-Express qui déposa cette offrande en ma B.A.L. (aïeu !).
Il (ou elle) peut récupérer le bébé sur mon bureau… et qu’il (ou elle) fasse vite car j’ai déjà repéré un malfaisant qui tripotait le bouquin, ce matin. Il avait lu le premier tome, lui, et avait l’air vachement partant pour se bectaresse le deuxième, ce goulafre ! Je ne pourrai pas retenir la meute bien longtemps…




Oulanbator...

samedi 4 avril 2015

La guerre des Gaules, César

Aux entours de cinquante avant Jean-Claude, le gars Jules a mis une branlée phénoménale à la myriade de tribus qui peuplait les trois Gaules d'alors (la celtique, l’aquitaine et la belgique).
Tu te souviendras, farang-légionnaire, qu’il n’arriva cependant jamais à circonvenir un petit village gaulois que tout le monde connaît bien, mais, à cette exception près, il fit plier le col à tous les autres… et putain, y zétaient nombreux les métèques celtes, germains ou Helvètes.

Il y avait les Harudes, les Marcomans, les Tribocques, les Vangions, les Némètes, les Sédusiens, les Suèves, ou encore les Vénètes, les Unelles, Les Osismes, les Coriosolites, les Ésuviens, les Aulerques, les Redons, ainsi que les Trabelles, les Bigerrions, Les Ptianes, Les Vocates, les Tarusates, Les Élusates, les Gates, les Augustes, les Garonnes, les Sibuzates, les Cocosates, et même les Lépontes, les Nantuates, les Helvètes, les Séquanais, les Médiomatrices, les Trévires, sans parler des Éleutètes, des Carduques, des Sénones, des Bellovaques, des Pictons, des Turons, des Parisiens, des Suessions, des Ambiens, des Prétrocoriens, ou autres Nerviens, Morins, Nitiobriges, Aulerques Cénomans, Atrébates, Véliocasses, Lémovices, Aulerques Eburovices, Rauraques, Boïens… Au secours !
Et cette petite liste est loin d'être exhaustive.
J’ai marqué et gribouillé une page sur deux dans cette guerre des gaules pour les dépister tous, nos turbulents ancêtres, mais il y en avait décidément trop !

Je ne veux pas ici nourrir de polémiques, je me doute bien que ce texte de César himself est plus politique qu’historiographique et je n’ignore pas qu’il avait des ambitions ce Napoléon d’avant Jean-Claude, qu’il a plié son texte à l’aune de ses convoitises et qu’il avait besoin de se justifier vis à vis du Sénat de Rome, mais toutes ces précautions prises, permets-moi de le trouver drôlement efficace ce général Caius Iulius Caesar. Y zont pas eu beau spiele nos ancêtres les gaulois. Cet quand même lui, le rital «civilisé» qui mettra tous ces barbares barbus à sa pogne. Militairement, il est génial et nul gaulois qui n’ait accès à une marmite de potion magique ne trouva salut dans une bataille contre lui et ses légionnaires.
Il n’a pas arrêté, on sent bien que c’était son but la conquête de la gaule, et que les gesticulations guerrières des Helvètes n’ont été que le prétexte à toute cette épopée sanglante et pacificatrice.

Quant au style de ce livre c’est on ne peut plus concis, ça frôle la liste d’épicier parfois ; le grand homme parle très souvent de lui à la troisième personne, de sorte qu’on dirait un journal de bord un peu fade, mais l'ampleur de la tablature, des batailles, de l’organisation des campagnes d’invasions, des mouvements de troupes et des détails de l’intendance connexe apparaissent comme extrêmement maîtrisés, cohérents et sinon subtils, du moins très pertinents. Nous avons affaire là à un véritable stratège impérial.

Tout cela dit, si un jour tu te décides à lire ou relire cette guerre des gaules, un conseil d’ami, imprime cette carte là, et ne la perds pas de vue quand tu arpenteras cette relation de voyage à travers la France d’avant, car oui, il s’agit d’un véritable tour de force à réaliser dès lors que l’on veut correctement intégrer tout ce bintz : ça pique un peu les yeux si tu n’es pas prof d’histoire, au minimum, ou si tu ne possèdes pas l’érudition et le talent d’un Jean-Philippe Jaworski.

Ah oui, plus de deux mille ans après, je ne peux qu’admirer le grand Jules et ses cohortes romaines, nos ancêtres putatifs !

Mort aux vaincus, et que vive l’Empire !
Hip hip hooray, Jules !

Ha, ha, ha… J’espère que t’as les boules, vilain Denix ! Rends les armes et va immédiatement te raser… barbare tudesque !


chaudron(™)






Arme de destruction massive...

mercredi 1 avril 2015

Le vieux Cordelier, Camille Desmoulins

Quand on te dit qu’il faut toujours lire ce qu’ils écrivent, les gens des époques que tu veux pénétrer. Une, voire plusieurs bio ne suffisent pas, il faut se faire son opinion, il faut s’immerger dans les textes, le contexte, les journaux, les lettres quand il y en a… il faut croiser, recouper les auteurs car figure-toi qu’ils sont rarement d'accord, que l'historiographie est tout sauf une science exacte et qu’en l'occurrence, Michelet ne dit pas les mêmes choses que Lamartine, Arnaud ou Max Gallo et de toutes les façons Mona Ozouf les met tous au garde-à-vous quant à cette période, bref, qu’il faut dans la mesure du possible aller aux sources, remonter les fleuves idéologiques ou sociétaux, et finalement finir par se coltiner avec le génie rugueux de la plume de Desmoulins...

Tout cela pour dire quoi ?
Juste pour dire que l’ami Camille m’a ému à travers ces sept numéros du «Le vieux Cordelier».
J’ai, bien sûr, été particulièrement vigilant sur les numéros trois et quatre car souviens-toi, farang-contre-révolutionnaire, que dans "La vie turbulente de Camille Desmoulins", l’ami Raoul Arnaud nous avait bien briefé sur la situasse : après avoir hurlé aux quatre vents avec la meute sanguinaire, après avoir même suscité ses pires débordements et mérité le titre de procureur de la lanterne, l’ami Camille, dans une sorte de sursaut pré-lévinassien, pris conscience de la folie qui animait la Terreur, et, sous couvert d’érudition et de retour aux éternelles tragédies grecques, il osa ces deux brûlots, les dérobant avant édition à la vigilante censure de Rosbespierre… et ça lui vaudra une grande balafre en travers du col le 5 avril 1794 ! Et oui, il faut te souvenir de la haine qui régissait les relations entre les “indulgents” et les “exagérés” en 1793...

- Comment ? Tu ne vois pas de quoi je parle ? Ami farang, te viendrait-il à l’esprit de me voler un ou deux bouquins, à l’occas ? Tu as des difficultés avec la lecture  ?
Figure-toi que je m’en doutais...

Quoi qu’il en soit, cette belle machine qu’était «Le vieux cordelier» ne fut tolérée par Maximilien que parce qu'elle permettait de compromettre Hébert dans un premier temps et d’abattre Danton par rebond. Tout le monde dans la même charrette !
Y a pas, on peut l’aimer ou pas, et je ne vais pas relire la bio de Max Gallo juste pour te faire l’article, mais avoue, l’était fort l’Incorruptible ! Quel démiurge, quel manipulateur ; en rédigeant Le vieux cordelier, Camille Desmoulins n’en a jamais été que l’éphémère avatar, son faiseur d’opinion ; son truchement journalistique, en somme.
Et cependant, quel talent, quelle plume ce Camille, un régal à lire ces sept numéros, et tant pis si le dernier appert comme douteux et mal corrigé aux exégètes pointilleux, comme le rappelle Pierre Pachet dans la présentation.

Requiescat in pace, Camille, si tu le peux, et merci pour ce sursaut de lucidité et de courage des numéros 3&4 de ton dernier journal.


©Max la menace





Ami Camille, j’aim’ bien ce que vous faites…

samedi 28 mars 2015

Aux portes de l’éternité (Le Siècle 3), Ken Follett

Ah, ah... mille deux cent treize pages ; 1,172 kilo ; décidément, l’ami Ken Follett mouille le maillot quand il attelle son Underwood.

Le troisième tome de la saga du XXe donc, et toujours sous la férule de l'irremplaçable Mestre Trappiste Philou...
Et ne compte plus sur moi pour dire du mal de cet homme admirable, de ce viking magnifique, de ce parangon de l’étique des corons et de la probité propre à tous ces gens du plat pays aux yeux bleus, de cet apôtre de l’excellence lilloise qui jamais n’a tort, qui jamais n’a failli, qu’oncque n'entendit jamais jurer, ne vit jamais cracher par terre ou commettre autres vilenies fort peu chrétiennes qui pourraient traverser ton pauvre esprit retors, farang-non-chtimi.  
Aussi osé-je affirmer qu’il faut vite le canonifier… heu… canono… canaso… brèfe !
Santo subito ed’Philou !
(Et ouais, «meffave» bien reçu, Philou ; j’ai vite capté que tu m’avais envoyé tes séides quand, suite à mon précédent commentaire, deux enculés tatoués de runes bataves se sont pointés chez moi pour me tabasser et me péter les dents en me traitant d’«épeutnard ed’garden», de «tiête ed’sot» et d’«innochint»… Entre deux baffes, j’ai bien compris à leur accent qu’y zétaient pas corses mes deux mauvais tourmenteurs, qu’ils débarquaient tout droit d’un drakkar picard.)

Pouf, pouf...

Bon, toujours ces cinq familles que l’on suit(Charlie) depuis les années 1910. Tu te souviendras que le «Siècle 1» retraçait la Première guerre mondiale ; le «Siècle 2», la seconde, en gros ; et ce troisième opus nous place entre la construction d’un mur qui partage Berlin en deux et le concert improvisé de Rostropovitch le 11 novembre 1989 quand on le foutra par terre.
Y s’en passe des choses entre temps, monsieur Fernand !

Plongée dans la guerre froide : le rideau de fer, la crise de Cuba, la guerre du Vietnam, Martin Luther King, Kennedy, Hoover, Kroutchev, Gagarine, les Beatles, Nixon, la CIA, la Stasi, le KGB, l’Agence TASS, Bush, Reagan, Solidarnosc…
Et, de fils en aiguille, bienvenue dans le postmodernisme !
Ils sont tous là, les enfants et petits enfants du XXe siècle, à gigoter, vivre, se reproduire et mourir. Ouais, au passage, y baisaient vachement nos anciens ; pas un chapitre sans foufounes chaudasses, grosses teubs anglicanes ou marxiste-léninistes et partouzes inter-raciales à tous les étages… Ça frôle la littérature de genre, la culture Hilton Hotels, avec chais plus combien de nuances de gris !

Et cependant, étonnant que tout au long de ces trois mille pages l’ami Ken Follett ait presque totalement zappé la shoah et plus tard le sionisme. Il y avait pourtant de la tablature. Les juifs ne sont pratiquement pas présents dans ces trois romans qui se voudraient historiques… Si la shoah, et subséquemment, la création d’un état juif dans la Palestine de 1948 n’est pas un marqueur significatif du XXe siècle, alors là, je rends mon tablier… Tu peux me renvoyer tes gros bras Philou, ve perfifterai à dire qu’il f’agit d’une erreur hiftoriologique de ne pas avoir traité le fujet.


Cela dit, merci Philou, merci pour les trois semaines ed balade à travers el grand GR du XXe.
On n’est pas toujours si bien loti par ses dealers !

Ad’taleure, ma fieu.
(est-ce de cette façon qu’on dit «à plus mon ami» en vicking-lillois ?)


©Forrest Gump





Cours Philou !...

jeudi 26 mars 2015

L’hiver du monde (Le siècle 2), Ken Follett

Neuf cent quatre-vingt-seize pages ? C’est mesquin, il aurait pu nous faire un compte rond l’ami Ken… Chuis sûr que c’est la faute à Barbie, elle a dû le perturber...
Quoi qu’il en soit, cette fois on y est, le nez dans le deuxième opus de la saga du “le siècle” selon saint Follett.

Pour la petite histoire, il te faut savoir que je teste une nouvelle filière d'approvisionnement. Ouais, chuis en cheville avec le dabe d’un gang de vikings mafieux qui sévit entre Brabant et Baie de Somme et qui commence à compter dans le milieu de la refourgue de gros volumes.
Attention, kolossale organisation ; ça trafique tous azimuts (Maroilles à l’uranium enrichi, bière trappiste frelatée, Mazda série 6 ou polars historiques) entre Naples, Moscou, Lille et Fontenille-les-bains ; te dire l'ampleur du buziness ; te dire s‘il est devenu incontournable sur «Le bon coin», le Lillois. C’est mon dealer de Follett attitré ; Philou le Lillois qu’on le surblaze... et il m’a fait faut bond, cette vermine du noreux ! Tu sais comment c’est ce genre de trafic, on est toujours à la merci du fourgue ; suffit qu’il soit un peu tête en l’air, ou simplement occupé à faire turbiner ses gagneuses et il te zappe. Deux jours j’ai maronné avant qu’il envoie la soudure, le malfaisant batave, qu’il livre la joncaille.
Cela dit, il m’a refilé les deux pavetards restant en un seul blot ! Je sais désormais de quoi il en retourne quand on me parle du “poids des mots” ! 
Y veut ma moreux ce maudit apologiste des moules-frites ! 
Pis pas commode à bouquiner ces deux énergumènes, quand t’as un bon kilo de fafiots dans les pognes et qu’en plus ils ne sont pas à toi, tu te dois d’avoir des égards avec la marchandise, bouquiner bien à plat, sur un bureau, pas casser la tranche, pas corner les pages, etc., et si tu te risques au pieu avec le bébé, une seule solution : la position du missionnaire car le format monstrueux de ces livres interdit toute autre approche “artistique”, disons.

Bon, et si on causait de ce deuxième tome plutôt que de dégoiser sur les us&coutumes de la mafia sub-brabane, hein ?

La partie continue, donc.
1933, on laisse la grande guerre et les années folles dans le rétroviseur et on s’apprête à vivre les années brunes. Les nazillons ont le vent en poupe et pas qu’en Germanie, ils vont faire florès aux quatre coins de l’Europe, y compris dans la perfide Albion.
Je te l'accorde, farang-bolchevisse, l’URSS est épargnée, cela dit, question «régime fort» les russkoffs ont déjà développé leur propre système tyrannique. Plus rouge que brun, certes, mais tout aussi efficace.
Bref, après les années folles, place au modernisme, aux lendemains qui chantent, aux Reichs millénaires et vive les marchands de barbelés et autres babioles explosives !

Dans ce deuxième opus, on retrouve tous les protagonistes internationaux ; les membres des familles que nous suivîmes dans le Siècle 1 ont eu progénitures et, fatalement, les enfants vont répéter les anciennes erreurs et il faudra une guerre supplémentaire, des millions de cadavres, des solutions finales, des goulags, des batailles de Midway et des bombes atomiques pour calmer les esprits. Après faut reconstruire, bien sûr, en attendant la prochaine guerre, quand bien même serait-elle froide.
Voila comment finissent toujours ces conneries !

Alors, bien sûr, ce n’est qu’un roman pseudo historique qui colle au passé récent, d’accord, mais avoue, cette saga d’hier nous interpelle sur un éventuel demain, non ?  
J’vais pas te la raconter à nouveau, hein, l’Histoire des années trente… quoi que… quand je vois le résultat de nos élections in Frankreich quatre vingts piges plus tard, en plus d’avoir des doutes sur la capacité de l’homo-sapiens à mémoriser son histoire, je commence surtout à choper des sueurs froides, ‘tain !
Une sainte trouille bleu marine...


©Pince-mi et Pince-moi




Aret ed braire ti z aute, euch vé faire a m'mote...

(Cessez de vous inquiéter, on vous dit qu’on s’occupe de tout...)