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samedi 10 octobre 2015

Pour la Science, Octobre 2015 - n° 456

Tu l’auras compris, farang-ségrégationniste, tout ce qui peut se lire en français me fait ventre, et pour ma part, il n’y a pas plus de «littérature» qui serait noble par rapport à une autre qui le serait moins, qu’il n’y a des arts majeurs en regard d’aucuns qui leur seraient mineurs, quoiqu’en ait pensé Gainsbourg quand il n’était plus qu’un ivrogne pathétique. Il n’y a donc pas de raisons valables pour que je continue de zapper la presse mensuelle de cette glorieuse tribune. Après tout, un bon "Pour la Science" vaut mieux qu’un mauvais Dan Brown, non ?

Après avoir flashé sur les amours particulières des quarks dans le numéro précédant, j’ai immédiatement été attiré par l’article sur les trous noirs dans celui-ci : «L’horizon des trous noirs brûle-t-il ?». (p 84-92)

De quelque façon qu’on le prenne, un trou noir reste un des objets les plus singuliers de l’étrange bestiaire cosmologique qui s’offre à nos télescopes ; soleils innombrables, galaxies de toutes les formes, quasars, pulsars, rayonnements tous plus exotiques les uns que les autres, supernovae, etc.  
Einstein avait prédit leur existence avant qu’on les découvre. Hélas et c’est dans leur nature, on ne les voit pas, ou du moins pas directement. Quant à leur organisation interne, deux visions s’affrontent : soit qu’on considère un trou noir du point de vue de la relativité générale, soit qu’on l’appréhende par le biais de la physique quantique. Car oui, la relativité générale n’autorise aucune entropie à cet objet, aucune information ne doit en ressortir, or c’est sans compter avec le rayonnement de Hawking : les trous noirs s’évaporent, ‘tain! 
Comment est-il alors possible qu’un truc qui ne peut pas être soit quand même ?
Heureusement, une troisième approche va peut-être mettre tout le monde d’accord, à moins que ça ne complexifie encore plus tout le bintz, car les zélotes de la théorie des cordes suivent une piste prometteuse ; tu n’es pas sans ignorer que l’espace, le vide, le rien, n’est en fait qu’une formidable machine à fabriquer d’innombrables paires de particules-antiparticules qui passent leur non-existence à s’annihiler, créant ainsi toujours plus de «rien» dans notre univers einsteinien. Là, il faut ce souvenir que dans le cadre de la théorie des cordes, une particule est une sorte de petite corde qui vibre dans un paquet de dimensions différentes (une bonne dizaine pour le moment). Et d’après toi, qu’en est-il de ce monstrueux bordel quand ça se passe pile sur la frontière d’un horizon événementiel, hein ? Il y aura forcement nombre de paires de particules - intriquées deux à deux et qui partage des sucs, des saveurs, du sexe et de l’information -, qui verront leur liaison existentielle brutalement brisée, de sorte qu’une des particules se retrouvera forcement dans le trou noir, perdue à jamais (?), tandis que l’autre sera resté dehors (chez nous), et elle est drôlement en pétard d’avoir été séparé de sa meilleure copine ; une particule à haute énergie carrément furax qu’elle deviendra ! Le voila notre mur de feu. Qui plus outre, et bien que strictement interdit par sinon les liens du mariage, du moins par la théorie quantique des champs, cette mégère énervée va immédiatement chercher à s’intriquer avec une particule mâle du rayonnement Hawking. Te dire l’impudeur et l’irréligiosité de ces bestioles !
À ce stade de la démonstration on peut naturellement se poser cette question : si l’horizon événementiel d’un trou noir signe la fin de l’espace-temps, comment de l’information peut-elle en ressortir  ?

T’inquiète mon cadet, même si tout cela te laisse couillon, sache cependant qu’il existe de part le vaste monde toute une flopée de labos bourrés de jeunes gars carburant à la coke et au Redbull qui calculent tout ça aux petits oignons ; bravo les mecs ! Ça c’est de la S-F de première bourre.

Bien sûr, ce numéro de Pour la Science traite de pleins d’autres sujets tous aussi intéressants ; CRISPR-Cas9, la nouvelle cisaille à ADN qui fait désormais fureur chez les mécanos es génétique ; les turpitudes des tyrannosaures sur au moins 100 millions d’années ; l’étonnant cerveau des adolescents (?) ; l’hydrogène naturel que nous avons sous les pieds, etc.

Satisfecit particulier à Jay Giedd pour l’article «L’étonnante plasticité du cerveau adolescent» car en plus de leur trouver un cerveau à ces petits merdeux, il a réussi à voir comment il fonctionnait ; te dire s’il doit posséder un microscope performant, l’ami Jay ! Moi, je pensais qu’il n’en avait pas de cerveau les ados...

Bref, encore une grosse régalade ce numéro d’octobre 2015.

Merci et bravo les gars pour ce voyage aux extrêmes...





Cerveau d’un adolescent schizophrène grossi 10 000 fois...

mercredi 7 octobre 2015

La philosophie comme manière de vivre, Pierre Hadot

C’est encore un sale coup du camarade Onfray, ce bouquin.
Hé ouais, voila ce qui arrive quand tu es accro à sa «contre-histoire de la philo» à sézigue, ça engendre des frais et des complications à chaque fois.
Bon, je t'avertis, farang-stoïcien, j’ai démarré au pif par le moins cher ; “La philosophie comme manière de vivre”, Biblio essais, “Entretiens avec Jeannie Carlier et Arnold I. Davidon” en guise de sous-titre ; je vais me faire chier en deux coups les gros, et je passerai à autre chose, imaginais-je naïvement ; je ne risque pas grand chose, 6,10€ (moins onéreux qu’un paquet de clope), me suis-je convaincu…

Erreur ! C’était un piège !

Je suis en train de les affurer dans l’ordre chronologique les bouquins de l’ami Hadot, sans parler qu’il va falloir ensuite se pencher sérieusement sur Georges Bataille et Wittgenstein… Oh putain, on n'est pas sorti. Tu veux savoir ? Onfray est un salaud, il va finir par me coûter un bras ; Onfray, jeune con !

Cela étant, mon premier Pierre Hadot fut une expérience mémorable ; enfin un phisolophe qu’on comprend au premier coup ; pas de jargon, de la simplicité et de la lumière ! La philosophie au quotidien, comme mode de vie, c’est possible et même souhaitable, surtout rétro-éclairée par les grands maîtres de l’Antiquité. J’ai presque tout pigé, te dire !

Déjà, comment faut les lire, à nos grands illustres :
…
Par ailleurs, il faut toujours s’efforcer, quand cela est possible, de replacer le texte étudié dans sa perspective historique.
...

On apprend par petites touches ; par exemple là, au détour d’un paragraphe, tu comprends tout d’un coup que le judéo-christianisme est bêtement platonicien :
...
Les platoniciens ont discuté pendant toute l’Antiquité pour savoir si Platon avait vraiment voulu enseigner, dans la Timée, que le Monde a été créé dans le temps, par un Fabricateur, qui aurait raisonné pour le rendre le meilleur possible.
…
Façon Liebniz, tu vois ? Tout est pour le mieux dans le meilleur de monde.

Ou entrecroisé de pages totalement aristotéliciennes telles que :
...
La bonté suppose un désintéressement total, elle doit être en quelque sorte spontanée et irréfléchie, sans le moindre calcul, sans la moindre complaisance en soi-même. Il faut que la bonté soit un instinct : on doit faire le bien comme l’abeille fait son miel et ne cherche rien de plus.
...

On comprend aussi que Socrate est le modèle du phisolophe, de part sa vie et de part sa mort.
Car oui, être philosophe comme le conçoit l’ami Pierre, c’est accepter la mort, sa mort, ou pire, la mort des êtres qui nous sont chers.
Vivre en phisolophe, c’est vivre bien avec la mort, et ça suppose d'être un brin stoïcien, non ?

Mais bon, j’ai pas envie de te foutre la trouille, non plus ; L’ami Pierre Hadot nous démontre simplement qu’il faut se frotter aux Antiques pour comprendre le présent et accepter sa finitude.

Cet entretien est une véritable boîte à outils qui permet de remettre un peu de cohérence dans tout ce fatras de platoniciens, de stoïciens, d’épicuriens, d’aristotéliciens, etc.

C’était savant sans être abscons, clair sans être simpliste, instructif et passionnant pour tout dire.
J'ai surtout compris le plus important : la philosophie n'est pas l'apanage des profs de philo, elle n'est pas cantonnée dans les amphis ou dans de savants épîtres, c'est plus simplement une façon de vivre bien.

Bravo et merci cher grand homme, et je fais le rêve que tous les curés, rabins et imams que porte cette chienne de Terre font comme Pierre Hadot, ils jettent leurs goupillons aux orties et prennent la toge du sage...


Pierre Hadot



...
Toutefois, cette expression ne suffit pas à exprimer ma conception de la philosophie antique : elle est exercice spirituel, parce qu’elle est un mode de vie, une forme de vie, un choix de vie.
...

jeudi 1 octobre 2015

Avec mes meilleures pensées, Pierre Dac

On connait tous le bonhomme, je ne vais donc pas te refaire le panégyrique de cézigue.

Disons seulement que mes premiers souvenirs de cet animal remonte à ma première radio, au tout début des années 70. Il y avait ce feuilleton «Bons baisers de partout» qui passait sur France-Inter et que je n’aurais raté pour rien au monde ; le colonel Deguerlasse (Pierre Dac), Leroidec (Paul Préboist !), Zorbec Legras (Roger Carel), etc.
Quelle rigolade mes cadets, mes premières jubilations radiophoniques !
Cela dit, je vais plutôt t’en remettre une louche, de ses pensées à ce zèbre génial.

[...]
Quand on ne condamnera plus les portes et quand on n’acquittera plus les factures, la justice aura fait un beau demi-tour en avant.
...
L’orgue de Barbarie est à la figue du même nom ce que la trompette bouchée est au cidre.
...
Aussi qu'il me soit permis de saluer en lui l'un de ces modestes et vaillants pionniers qui, jour après jour, et par la seule force de leurs ancestrales vertus, forgent silencieusement le fier levain qui, demain, ou après-demain au plus tard, fera germer le grain du ciment victorieux au sein duquel, enfin, sera ficelée, entre les deux mamelles de l'harmonie universelle, la prestigieuse clé de voûte qui ouvrira à deux battants la porte cochère d'un avenir meilleur sur le péristyle d'un monde nouveau.
...
Si Benjamin Franklin avait été parachutiste, il n’aurait jamais songé à inventer le paratonnerre.
...
Gastronomiquement parlant et géographiquement étant, il est culinairement surprenant que, entre le département de la Côte-d’Or et celui des Côtes-du-Nord, il n’y ait pas le département des Côtes-de-Porc.
...
Il existe encore des gens qui prennent le Messie pour une lanterne.
...
Les forces de l’ordre sont celles qui sont aux ordres de ceux qui les donnent.
...
D’après Euclide, le carré est un quadrilatère dont les quatre angles sont droits et les quatre côtés égaux. D’après Sophicléide, le carré est un triangle qui a réussi ou une circonférence qui a mal tourné.
...
Les choses étant ce qu’elles sont, comme a dit Vaucanson, à défaut d’être ce qu’on voudrait qu’elles soient ou fussent, comme a dit Confucius, c’est quand y en a ras le bol qu’y en a plus que marre parce qu’on en a par-dessus la tête d’en avoir plein le curriculum vitae.
...
La formule évangélique : «En vérité je vous le dis» sert, aux faux-jetons, à transformer les vrais mensonges en fausses vérités.
[...]


Et pour en finir, farang-os-à-moellesque, laisse-moi te reproduire l’intégralité de la conclusion de cette petite merveille de bouquin ; c’est un peu long, mais l’ami Pierre Isaac (Pierre Dac, 1893-1975) donne ici la pleine mesure de son talent.


Conclusion
Le redoutable essayiste et virulent polémiste Jules Ignace Keskipu-Scelboucq, de l’Académie des inscriptions sur les murs et belles-lettres recommandées, a écrit dans son fameux et captivant ouvrage "Des motivations de la conception conjoncturelle et de la conjoncture conceptionnelle considérées comme éléments conceptuels d’influence culturelle des industriels contractuels de la région d’Arkhangelsk ": « La conclusion est à un texte littéraire ce que la fermeture est à un hebdomadaire contestataire.»

C’est donc en vertu tant théologale et cardinale que sentimentale et fondamentale de cette combien édifiante et combien justifiante constatation que j’ai entrepris, sans me poser de question préalable ni m’adresser de préavis questionnaire, de rédiger et d’écrire la présente conclusion.

Selon toute logique et selon toute vérité de La Palice, la conclusion implique nécessairement l’obligation de conclure suffisamment. C’est là un fait qui n’est pas plus révocable en doute que niable en évidence, mais dont la proposition ne va pas sans poser un problème, lequel problème n’est autre que celui de la conclusion en tant que telle et telle qu’elle est en tant que tant.

Or, que doit être ma conclusion ? Ce qu’il est souhaitable qu’elle soit, certes et bien sûr, mais encore ? Me voilà bien embarrassé - pardon - bien emmerdé, voulais-je dire, pour répondre à la question, car je ne sais trop comment m’y prendre pour conclure de manière vraiment satisfaisante et de façon véritablement concluante. 
Pourtant, il faut que je m’en sorte sous peine d’y rester. Cruel dilemme et douloureuse alternative !

En définitive, toute réflexion faite et tout bien considéré, je pense parce que je l’estime, et réciproquement, que le mieux pour en finir est de dire que ma conclusion est résolument conforme au texte qu’elle concerne, lequel texte est concerné par elle. C’est-à-dire qu’elle consiste à signaler que ce recueil de pensées, tant générales que spéciales, est fini parce que parvenu à son point d’achèvement, ce qui, incontestablement, rejoint indiscutablement la remarquable constatation de Jules Ignace Keszkipu-Scelboucq duquel je vous recommande vivement la lecture de son captivant ouvrage cité à l’ordre du début de ce propos conclusif, qui, j’en suis aussi certain que persuadé, vous donnera autant à penser profondément qu’à réfléchir intensément.

Pendant que j’y suis et pendant que j’y pense, je vous recommande vivement également la lecture du non moins captivant ouvrage de l’éminent écrivain franco-japonais Tanki-Yoradla de l’Institut des hautes études des marchés parallèles, du marché noir, des marchés en plein air, des marchés couverts et des marchés forains, intitulé "Histoire officielle et complète de la matière première depuis la nuit des temps jusqu’aux jours nôtre", qui vous donnera, lui, j’en suis aussi sûr que convaincu, autant à cogiter longuement qu’à méditer largement.

Voila. Conclusion tirée, non pas par les cheveux, mais à quatre épingles et déposée, non pas comme une plainte en justice, mais conformément aux dispositions de la loi concernant la liberté de penser du 12 prairial an II du calendrier républicain, un, indivisible, indestructible et indéfectible. Poil aux irréductibles. Terminé.

Poil au nez



Une mauvaise photo qui rappelle vos traits vaut mieux qu’un beau paysage qui ne vous ressemble pas...
(P.D.)

mercredi 30 septembre 2015

L’immeuble Yacoubian, Alaa el Aswany

Wouaou !
Y en a pas lerche, dans une année, des bouquins qui te feront ça.

C’est quand je l’ai refermé que j’ai pris conscience que cette plongée dans l’histoire de l’Égypte moderne, ou disons plus précisément dans le Caire des années 2000, a fracassé tous les clichés que j’avais emmagasiné. Je m’estimais pourtant raisonnablement informé sur les turpitudes civilisationnelles multi-millénaires des lascars qui vivent là-bas, au pays des pyramides ; les pharaons, les dix plaies, les Perses, les Grecs, Astérix et Cléopâtre, les Turcs, le canal de Suez, le Protectorat britannique, Nasser, la dictature, la place Tahrir, les frères musulmans et le contrat des Rafales.
Seulement voila, l’ami Alaa el Aswany est un enfant du cru, il sait, il a même sûrement vécu nombre de situasses qu’il décrit, et du coup nous plongeons dans la tête et la vie des gens de cet immeuble Yacoubian, rue Soliman-Pacha (Talaat-Harb), fleuron de l’architecture européenne des années 30.

Subjectivité éclatée en myriades de petits agrégats qui sont les habitants de l’immeuble Yacoubian :
Taha, le fils du concierge qui voulant devenir policier finira (mal) dans la Jamaa islamiya ; la belle Boussaïna au destin pour le moins contrasté ; et le vieux Zaki sous la coupe de sa sœur acariâtre Daoulet ; et Hatem le journaliste homo et son pauvre giton Abdou ; et le hadj Azzam, en crapule typique qui grâce à son pognon et à Dieu - qu’il soit loué et exalté - accédera à une députation de façade ; et les habitants de la terrasse, Malak le meilleur tailleur de chemise, Ali le chauffeur, Hamed Hawas le pinailleur juridique, etc.
Bref, cet immeuble est un distillat d’humanité Cairote et surtout un prétexte pour mettre tout ce qui fâche sur le tapis : l’homo-sexualité, la condition de la femme dans une société hyper-machiste, la corruption endémique, la réislamisation radicale, l’injustice... mais aussi l’amour, l’amitié et la solidarité.

Malgré le sévère réquisitoire qu’Alaa el Aswany nous présente là, il n’a en somme aucune intention de nuire à son pays et sa culture, il fait juste le constat effrayant qu’un régime dictatorial pratiquant une ingenierie sociale des plus barbares sur la société qu’il phagocyte, façon mafia, ne peut que s’abîmer toujours plus dans la violence, allant au bout de sa logique darwinienne où le fort écrase le faible, l’adulte profite de l’enfant, le riche du pauvre, le soldat du civil, et où toujours l’homme domine et opprime la femme ; comme si la société égyptienne n’était que la proie de psychopathes et d’opportunistes, comme si la règle n’était que le «ratio coûts-bénéfices» propre à tous les primates, comme si l’altruisme et la morale avait été éradiqué de ces lieux et de ce temps.
Nonobstant toutes ces contingences, Alaa el Aswany arrive à nous garder sur le fil en injectant une dose d'empathie et de bienveillance à certains personnages de cette fresque plutôt sombre avec l’art et le talent d’un très grand écrivain, nous permettant ainsi de goûter à la saveur de l’autre, du radicalement différent, et surtout de conclure que oui, nous sommes décidément tous pareils.

Bravo l’ami, bravo et merci pour cette merveille. 
À lire AB-SO-LU-MENT !

Alaa el Aswany est un maître et, avec la permission de Dieu - qu’il soit glorifié et exalté - un écrivain parfaitement nobélisable.


REUTERS/Asmaa Waguih


«Ne me demandez pas comment m'habiller, 
dites leur de ne pas me violer»...

dimanche 27 septembre 2015

Nos ancêtres les Gaulois, Jean-Louix Brunaux

On nous aurait menti ? !
La potion magique n’existerait pas ? !
Jusqu’à la dernière page je l’ai pourtant espéré… Macache, pas de marmite, ce vieux salaud de Panoramix nous a arnaqué !

Les gaulois ont existé, bien sûr, mais pas comme Astérix, ni comme ces vaillants ancêtres si semblables à nous que glorifia la IIIe République, ils n’étaient même pas tout à fait comme les décrit César dans sa Guerre des Gaules.
En fait la Gaule en tant que «nation» n’existait pas, il s’agissait d’une myriade de peuplades connectées de gré à gré, disons, fédérées par une langue(?) et une religion(!). En gros, au moment où César vient faire la star en Gaule, il y avait les Belges, les Celtes, les Aquitains et les Transalpins. Tout ce petit entre-soi avait fini par se stabiliser vers le Second âge de fer, Tène I, Ve siècle avant Jean-Claude. Cela dit, figure toi qu’Hésiode (VIIIe siècle avant J.-C.) parle déjà d’eux. Il est vrai que c’étaient de très bons artisans, cultivateurs, éleveurs, et d’excellents guerriers. Il est tout aussi vrai que leurs druides organisaient de grands raouts républicains dans la forêt des Carnutes durant lesquels Obélix était capable de s’enfiler quatre sangliers rôtis et ensuite de défier le Bellovèse de Jaworsky au bras de fer !

Hélas, ces couillons n’écrivaient pas, ou très peu, et bâtissaient en bois et torchis ; vas-y, toi, faire parler les ruines deux millénaires après ! Essaye de t’y retrouver ! Du coup nous voila livrés aux conjectures et aux interprétations hâtives suite à quelques fouilles souvent bâclées, préliminaires onéreux à l’édification de ces magnifiques structures cubiques et galvanisées qui enchantent les périphéries de nos villes.

Bon, tu l’auras compris, quant à nos ancêtres les Gaulois, l’ami Jean-Louis nous remet les points sur les zi(x), c’est un savant du CNRS, un pro ; on déconn’ plus, là ! Et malgré tous les clichés qu’il brûle, il nous conforte dans le penchant irrationnel à toujours plus les aimer ces Gaulois, nous offrant de nouvelles perspectives bien plus sérieuses et cependant tout aussi aimables sur ce que nous avons décidé d’appeler nos ancêtres une bonne fois pour toutes car tant qu’il existera un peuple français, ces Gaulois fantasmés en seront toujours un emblème tutélaire, au même titre que Saint-Louis, Jeanne d’Arc, de Gaule, B.H.L. ou Vincent Bolloré (rayez les mentions inutiles)..
Ils font parti de la mythologie et du paysage francaoui et je te parie que tout ça finira en banquet ou en révolution...

Plus sérieusement, ce livre est un travail savant mené dans les règles de l’art et qui balaie tous le spectre de cette “civilisation Uderzo-goscinnyenne”, corrélant les détails les plus fins de leurs us&coutumes révélés par l’archéologie moderne avec une critique objective de l’historiographie afférente.
Cela dit, je me doutais bien que Jules César écrivait ce qui l’arrangeait.

Bravo et vraiment merci à tous les amis qui me mirent la puce celte à l’oreille :
L’ami Jean-Louis Brunaux, en premier, mais n’oublions pas l’ami Denix qui fut le démiurge de cette parenthèse gauloise et, qui pis outre, me bailla en sus le superbe ouvrage réalisé par une bande d’allumés pas ordinaires qui revitalisent admirablement nos ancêtres dans «La vie du Guerrier Gaulois». Merci donc à vous aussi, amis Ludovic Moignec & Yann Kervran pour ce voyage à rebrousse-temps entousiaste et hyperréaliste.


©Panoramix




Voila, un petit peu de viagrax et ça va être prêt...

mercredi 23 septembre 2015

Voltaire

Encore une de ces remarquables petites douceurs du «Le Monde de la Philosophie».
Une compile avec trois gros morceaux de l’œuvre du grand Tomme.

- Lettres philosophiques

C’est plus jeune de trente piges et moins synthétique que son dictionnaire portatif.
Oui, à m’ment donné il en a eu sa claque de Louis XV et de ses cellotes à la Bastoch ; il traverse le channel fissa et il profitera de ses deux ans d’exil en Angleterre (1726-1728) pour étudier cette étrange société pour le moins libérale. Voltaire est en prise avec son temps, rien ne lui échappe et il consigne ses réflexions dans nombre de ces «Lettres philosophiques» ; Le parlement, les presbytériens, les Quakers, le commerce, Locke, Newton… Bref, t’en apprends plus qu’il n’en faut sur les mœurs et techniques du «XV de la rose» au temps du règne de Georges Ier.
Et puis arrive cet ovni : la vingt-cinquième Lettre, sur les Pensées de Blaise Pascal ; va savoir pourquoi car Pascal n’a jamais joué dans l’équipe d’Angleterre, non ? Mais y a un truc que l’ami Voltaire n’a pas dû digérer dans la triste métaphysique du bonhomme, sa réponse est un sommet de déconstruction !  Au passage, il dévoile la supercherie du pari sur l'existence de Dieu : un véritable bonheur, c’est vrai, quoi, je ne l’aimais déjà pas bien cet énergumène janséniste obscur et faux-cul de Pascal !

- Traité sur la tolérance 

Attention, là c’est du lourd ! Il s’agit de l’affaire Calas (1762).
Les jésuites et les barbaresques Capitouls toulousains en prennent plein la gueule !
Dénonciation, justice, équité, action… encore et toujours écraser l’infâme, concrètement en l'occurrence car c’est grâce à son Traité sur la tolérance (1765) que le procès Calas sera rouvert, le jugement des Capitouls cassé et le père Calas réhabilité.
Cet homme de plume savait mouiller la chemise quand il le fallait ; il agissait.


- Derniers écrits sur Dieu 

Bon, ce n’est pas les pages que je préfère de ses écrits au camarade Voltaire ; c’est un de ses côtés pénibles. Cette obsession de Dieu, du Grand Horloger, est un peu gonflante à la longue. Ça ne laisse pas de me chiffonner qu’un lascar de ce calibre ait eu peur du noir à ce point là, qu'il n’ait jamais osé l'absence de Dieu.
Du coup, tu peux bien te figurer, farang-marcdorcelien, que j’ai particulièrement détesté la façon spécieuse dont il traite le «Système de la nature» du pourtant excellentissime d'Holbach, mais peut-être ne suis pas objectif ; peut-être que Dieu existe, finalement ; tu vois le coup ?
Cela dit, Dieu ne me dérange pas tant qu’il reste loin, si la déraison qui anime ses adeptes exige ce monstre, qu’ils nous accordent la grâce de le tenir à bonne distance, avant la singularité primordiale qui présida à la création de notre univers, par exemple, ou dans la onzième dimension...


Voila, fin de la parenthèse Voltaire et si depuis quinze jours je ne t’ai pas encore convaincu de le lire ou relire, ça sert plus à rien que je me décarcasse.


Bravo et encore merci, Monsieur Arouet et à Dieu vat !

Ecr. L’inf.


François, Jésuite V2.0

 

Nom de Dieu ! Sachez que Voltaire grille en Enfer...

dimanche 20 septembre 2015

Dictionnaire philosophique, Voltaire

Préambule :
Soyons clairs farangis-occidentalis, si d’ici la fin de cette triste année 2015, qui ne fut vraiment pas Charlie, tu n’as pas lu ce «Dictionnaire philosophique», tu auras gâché ta vie ! Si fait.
Cela dit, tu pourras t'acheter une indulgence en revendant ta Rolex.

Ambule :
La quatrième de couve ; elle est parfaite.

«Trente ans après les Lettres philosophiques, Voltaire parachève son itinéraire de pensée et d’action avec un Dictionnaire philosophique portatif (tel est le titre de la première édition, en 1764). Foin de lourdes encyclopédies ! Portatif, un dictionnaire doit l’être, comme une arme prête à tirer à l’instant sur les cibles aléatoires qu’offre l’ordre alphabétique. Mais l’ennemi porte un seul nom, l’«infâme», qu’il s’agit d’«écraser» sous toutes ses formes, «la superstition, le fanatisme, l’extravagance et la tyrannie». Il s’appelle aussi, plus concrètement et historiquement, la Bible, avec les religions qui s’en réclament, le grand Livre auquel Voltaire ose opposer son «abominable petit dictionnaire», «œuvre de Belzébuth», comme il se plaît à le définir. Ironie, dérision, injure, indignation, sourire, gravité, le patriarche de Ferney déploie toutes les ressources de son talent pour prêcher fanatiquement la tolérance, déraisonnablement la raison. Un texte irrémédiablement daté ? Plus que jamais actuel ? Injuste, odieux ? Généreux, libérateur ? Vivant, en tout cas.»

Et ouais, qu’est-ce que tu veux que je rajoute, tout est dit !

J’avais nonobstant dans l’idée de t’extraire quelques pépites des définitions qui m’ont fait jubiler jusqu’à une heure fort avancée de la nuit dernière, mais c’est hélas impossible sans passer pour le dernier des apostats, antisémites et islamophobes.
Merci bien ! Très peu pour moi, il y a de par le monde vraiment trop de ces méchants connards hyper chatouilleux de la Bible, de l’Alcoran ou autre Torah…
Pardon ? Tu trouves que ce n’est pas un attitude très Charlie ? que je suis un couard ?

Bon, ok.
… voyons… Oh, putain sûrement pas Abraham !

… Ah, en voila une des plus courtes et des moins compromettantes, et pis les catho de par ici ne me font pas trop peur, je donne mon obole aux deniers du culte et je prends tous les ans le calendrier du groupe des scouts de St Joseph, ils sont gentils, polis et ils n’ont pas de kalachnikov...

Lettre “C” du dictionnaire, donc : Carême.
Sous titre : Questions sur le carême

«Les premiers qui s’avisèrent de jeûner se mirent-ils à ce régime par ordonnance du médecin pour avoir eu des indigestions ?
Le défaut d’appétit qu’on se sent dans la tristesse fut-il la première origine des jours de jeûne prescrits dans les religions tristes ?
Les Juifs prirent-ils la coutume de jeûner des Égyptiens, dont ils imitèrent tous les rites, jusqu’à la flagellation et au bouc émissaire ?
Pourquoi Jésus jeûna-t-il quarante jours dans le désert où il fut emporté par le diable, par le Knathbull ? Saint Matthieu remarque qu’après ce carême il eut faim ; il n’avait donc pas faim dans ce carême.
Pourquoi dans les jours d’abstinence l’Église romaine regarde-t-elle comme un crime de manger des animaux terrestres, et comme une bonne œuvre de se faire servir des soles et des saumons ? Le riche papiste qui aura eu sur sa table pour cinq cents francs de poisson sera sauvé ; et le pauvre, mourant de faim, qui aura mangé pour quatre sous de petit salé, sera damné !
Pourquoi faut-il demander permission à son évêque de manger des œufs ? Si un roi ordonnait à son peuple de ne jamais manger d’œufs, ne passerait-il pas pour le plus ridicule des tyrans ? Quelle étrange aversion les évêques ont-ils pour les omelettes ?
Croira-t-on que chez les papistes il y ait eu des tribunaux assez imbéciles, assez lâches, assez barbares, pour condamner à la mort de pauvres citoyens qui n’avaient commis d’autres crimes que d’avoir mangé du cheval en carême ? Le fait n’est que trop vrai : j’ai entre les mains un arrêt de cette espèce. Ce qu’il y a d’étrange, c’est que les juges qui ont rendu de pareilles sentences se sont cru supérieurs aux Iroquois.
Prêtres idiots et cruels ! à qui ordonnez-vous le carême ? Est-ce les riches ? ils se gardent bien de l’observer. Est-ce aux pauvres ? ils font carême toute l’année. Le malheureux cultivateur ne mange presque jamais de viande et n’a pas de quoi acheter du poisson. 
Fous que vous êtes, quand corrigerez-vous vos lois absurdes ?»


Humour, intelligence, ironie, moquitude, indignation ; tout y est, et toujours d’une extrême justesse. 
«De l'esprit, encore de l'esprit, toujours de l'esprit», Voltaire c’est le premier Charlie !
Et je ne te parle pas des définitions de «Christianisme», «Méchant», «Secte» ou «Moïse» !

Hé, il envoie le bois son petit dico.

À lire et à relire, c’est le moment ou jamais d'écraser l'infâme !







JE SUIS VOLTAIRE...