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mercredi 16 septembre 2015

«Moi, j’écris pour agir», Vie de Voltaire, Max Gallo

Évidemment, la vie de Voltaire vue par Max Gallo, c’est du pur romantisme, presque du Lamartine. Mais je te l’ai déjà assez seriné, j’aim’ beaucoup ce qu’il fait, l’ami Max.
Alors, bien sûr, quand la plume de ce bougre d'académicien raconte Voltaire, là, c’est du grand art !

Or donc, notre bon Voltaire est né François Marie Arouet en 1694 et rendit l'âme à son Dieu du cosmos en 1778 en tant que «Messire François Marie Arouet, chevalier, gentilhomme ordinaire de la Chambre du Roi, comte de Tourney, Prégny et Chambésy, seigneur de Ferney».

Tout du long de sa vie il va inlassablement commettre des dizaines de pièces, de Lettres, de pensées, de pamphlets, etc., presque tous aussi polémiques les uns que les autres, s’attirant toujours plus de haine de la part de ses puissants comptenteurs ; il jettera l’opprobre sur les affaires Callas, Sirven ou du chevalier de la Barre ;  il traquera l’intolérance religieuse grâce à son arme de destruction massive : l’ironie.
Une ironie qui confine presque à la méchanceté, une propension certaine à mettre la plume là où ça fait mal, au plus profond des incohérences des «Arlequins anthropophages» du christianisme, car c’est cela qui le motive, il hait les religions et ses tristes zélotes tyranniques, c’est le champion toutes catégories de la lutte anticléricale. Son leitmotiv :  «Écrasons l’infâme», où, tu l’auras compris, l’infâme n’est autre le christianisme en particulier et toutes les formes de dogmatisme religieux en général ; il n’en est pas moins cruel et incisif avec les Juifs, les mohametants, les hindous, et autres sectes déraisonnables.
Pourtant il ne sera jamais athée ; c’est un déiste (théiste au sens philosophique), il est convaincu qu’un grand ordonnateur, Dieu, pour nous totalement insaisissable, préside à la bonne marche de la nature afin que tout son fourbi (les soleils, leurs planètes, notre ciel bleu, la marée des océans, l’herbe, les vaches, les gens, bref, tout !) tourne correctement et de la façon la plus harmonieuse possible. Contrairement à Diderot qui a commencé déiste, mais a fini athée, il ne mettra pas le pied dans le vide d'une absence de Dieu.
Fan de Newton et de sa métaphysique par le biais d’Émilie du Châtelet, il s’opposera aussi à la spiritualité dynamique des monades de Liebnitz et pour t’en convaincre, infâme farang, qu’il te suffise de relire l’entrée «Âme» de son dictionnaire philosophique portatif !
C’est le chef de file des philosophes des Lumières : les Diderot, d’Alembert, Helvétius, etc., et, cerise sur le gâteau, il finira par s’essuyer les pieds sur le triste sire Jean-Jacques Rousseau… Bien fait !
(Quel faux-cul, ce crypto-calviniste de Rousseau ! )

Quant aux turpitudes de la fesse et sans être un Don Juan, l’ami Voltaire a eu son content de frangines ; Olympe Dunoyer ; les actrices Suzanne de Livry et Adrienne Lecouvreur ; bien sûr, Émilie du Châtelet ; et il a même fini à la colle avec sa jeune nièce Marie-Louise Denis !

Ceci étant, il comprend très vite qu’il ne fait pas bon être pauvre dès lors qu’on taquine les puissants et ce qui sauve réellement notre glorieux écraseur d’infâmes, c’est qu’il gagne une petite fortune en 1728 grâce à une astuce du mathématicien La Condamine, lequel a trouvé le moyen de légalement détourner sans coup férir les gains de la loterie que vient de lancer le contrôleur général des Finances.
Bingo ! Les dollars affluent et notre homme s'avèrera être un investisseur habile, avisé, voire carrément cupide.
Fortune faite, il est libre et ne se gênera plus pour traquer l'injustice et tourmenter de sa plume acide tous les bigots qui comptent dans l’Europe du XVIIIe. Hélas, il y a un revers à cette médaille : il va souvent déménager. Très refroidi par ses onze mois à la Bastille, il sera obligé de rester loin de Paris, de sa cour et des Jésuites.
Au bout d'une longue errance d'une capitale l'autre, il finit cependant par se poser à Ferney, un pied en France et un pied en Suisse et continuera inlassablement à bouffer du curé jusqu’en 1778, l'année où Louis XVI lui permet enfin de regagner Paris, après vingt huit ans d’exil. Il y mourra trois mois plus tard, non sans avoir triomphé avec sa dernière pièce, Irène.

Il sera le deuxième personnage de France à être panthéonisé (1791), derrière Mirabeau (1791-1794) et, contrairement à ce dernier, il devrait y être encore...
Je ne peux pourtant pas m’empêcher d'être bien aise qu'il soit mort, grâce à Dieu, avant la Révolution ; m’est avis qu’il n’aurait pas goûté le tranchant des rasoirs de Robespierre : TCHACK !!!

Mais trêve d’uchronies hasardeuses, la vie de ce géant du génie français (cocoricoooo !) était passionnante.

Mille merci l’ami Max.

Ecr. L’inf.





Exercice numéro 1 :
Identifiez l’infâme...

jeudi 10 septembre 2015

Sieyes, la clef de la Révolution Française, Jean-Denis Bredin

Brrr... 
Y m’fout la trouille cet Emmanuel-Joseph Sieyès.

Celui-là aussi a plié l’échine sous les fourches caudines des jésuites dans sa jeunesse et il finira même ses études dans un froc ; l’abbé Sieyès, l'appelleront souvent ses détracteurs !

Cela dit, les jésuites ont fabriqué des têtes redoutablement bien faites en ce siècle qui jetait déjà ses premiers éclats de lumière (Montesquieu, Voltaire, Diderot, Condorcet, etc.) ; brindilles enflammées qui allaient immoler l'ancien régime sur le bûcher de la Révolution.
Car oui, Sieyès déteste viscéralement la noblesse, et utilisera tout ses moyens intellectuels pour l’abattre.  
Il votera la mort «sans phrase» de Louis Capet.
Mais ce n’est pas que ce personnage autiste et ascétique Sieyès, c’est aussi et surtout un remarquable «calculateur» ; ces processeurs massivement parallèles, sa culture et son éducation en font un joueur extrêmement efficace et pertinent dans la partie qui se déroulera entre 1789 et le 18 Brumaire (1799).
Songe, farang-jacobin, qu’il est un des rares malins à passer entre les gouttes de la Terreur, et il a même survécu à Robespierre et Napoléon, te dire le roué personnage auquel nous avons à faire.
Ombrageux, succeptible à l’excès, presque un pur esprit, il calcule, s’avance, se retire, revient ; c’est l’homme qui marquera la décennie qui va de la constituante jusqu’au consulat.
Il précède déjà la révolution, il l’ouvre même avec des publications telles que : Qu’est-ce que le Tiers Etat ?
...
« Qu'est-ce que le Tiers-État ? Le plan de cet Écrit est assez simple. Nous avons trois questions à nous faire:
1) Qu'est-ce que le Tiers-État ? Tout.
2) Qu'a-t-il été jusqu'à présent dans l’ordre politique ? Rien.
3) Que demande-t-il ? À y devenir quelque chose. »
...

Que de «futurs» dans ces quelques phrases.

Sieyès anime et accompagne la révolution avec les Mirabeau, Talleyrand, Duport, Condorcet, etc., ou combat ceux dont il se garde, à l’instar de son ennemi intime Robespierre.
L’excellent Jean-Denis Bredin insiste même sur la similarité de ce ying et de ce yang que sont Sieyès et Robespierre ; leur parcours laborieux leur a imposé ascèse et rigueur, et malgré les ragots afférents à quelques turpitudes fessières cachées, ces deux là n’aimaient pas se mélanger à leurs semblables, ils n’ont vécus que pour l’idée géométrique qu’ils se faisaient des hommes ; c’étaient des sociopathes !
Bon, ça finira de façon pathétique pour cézigue, après les 100 jours, il sera exilé à Bruxelles comme régicide, de 1815 à 1830… petite vengeance de la seconde restauration, disons.

Cela dit, bien que figure nécessaire et incontournable de la Révolution, ce n’est pas un homme aimable ; il demeurera pour moi toujours entaché de ce fond de curetonaille opportuniste et malodorant et vous souffrirez que je reste solidaire de ma subjectivité, malgré tous les efforts (600 pages) de l’ami Jean-Denis Bredin.

Merci, nonobstant, cher et rigoureux historiographe, pour ce monument dont il ne faut pas rater une seule des innombrables notes en bas de page.

Je le mettrai en pature sur mon bureau dès demain matin, mais je sais déjà qu'il ne fera pas florès auprès de mes coreligionnaires ; tant pis pour eux... 
De toutes les façons, il ne faut pas démarrer la «Révolution» par Sieyès, ce n'est pas un personnage assez sympathique pour susciter l’enthousiasme ; il y a un parcours initiatique obligé pour ce faire : tu démarres par les milliers de pages de Michelet, ensuite tu t'appuies les énormes Girondins de Lamartine et seulement après tu te plonges dans les détails des personnages emblématiques par le biais d'une foultitude d'écrivains passionné(e)s... 
Là ça devient une véritable histoire au long cours, une épopée des temps pré-modernes. 
Là tu te feras délicieusement piéger...


Sieyès





La taupe de la Révolution...

mercredi 9 septembre 2015

Le Rêve de d’Alembert, Diderot

Il est pas fou, Diderot, de nous raconter les rêves de d’Alembert ? Sont-ce des façons d'inquiéter les braves gens, je te le demande ?
Il avait des idées “révolutionnaires” cézigue, ça fout même la trouille dans la dernière partie, quand Bordeu (le docteur) fait l’apologie des pires licences qu’ils soient loisible d’imaginer en 1769 !
Mais, basta, je commence par la fin, là…

Plouf... Plouf...

Évidement, ça reprend l’Entretien entre D’Alembert et Diderot, qui se prolonge par Suite de l’entretien entre D’Alembert et Diderot, puis on passe au vif du sujet, Le Rêve de D’Alembert, et tout cela se termine par Suite de l’entretien précédent.
Il s’agit de dialogues imaginaires qu'il met dans la bouche de gens qu’il côtoyait au quotidien et qu’il aimait ; cela dit, il aimait tout le monde l’ami Denis, mais en mettant en scène Mlle de Lespinasse, d’Alembert, le Dr Bordeu, et, sous prétexte d’un rêve, il nous entraîne dans ce qu’il faut bien appeler des exercices de l’esprit. Bien sûr c’est le vitalisme matérialiste animant déjà son Encyclopédie qui souffle dans ces pages, il explore toutes les pistes qu’offrent les sciences modernes pour convaincre ses contemporains de sortir “Dieu” de l’équation… vaste programme car les crétins tonsurés qui avaient l’oreille de Louis XV étaient aussi ouverts et éclairés que ne l’est présentement le triste sire Abou Bakr al-Baghdadi ! Quand ces mecs là sont aux manettes, faut pas aller tirailler les Dieux par la barbichette, expliquer des trucs qui vont à l’encontre des navrantes stupidités de son temps et de son lieu ; surtout ne jamais écrire sous son véritable nom des lignes dans le genre de celles-ci :

[...] Qui sait les races d’animaux qui nous ont précédés ? qui sait les races d’animaux qui succéderont aux nôtres ? Tout change. Tout passe. Il n’y a que le tout qui reste. Le monde commence et finit sans cesse. Il est à chaque instant à son commencement et à sa fin. Il n’en a jamais eu d’autre, et n’en aura jamais d’autre. Dans cet immense océan de matière, pas une molécule qui ressemble à une molécule ; pas une molécule qui se ressemble à elle-même un instant. Rerum novus nascitur ordo (Un nouvel ordre des choses naît), voilà son inscription éternelle…

Tu comprendras, farang-ecclésiastique, que les puissants, tenant leur pouvoir de Dieu et de tout le tremblement de Sa permanence, ont du tiquer quand ils ont lu que le monde ne s’était pas créé en 35h (©Martine Aubry), etc.
Dans les dernières pages il finit même en visionnaire de la bio-ingénierie du futur par le truchement de Bordeu qui se fait le concepteur d’une chimère dénommée «chèvre-pied», véritable leçon inaugurale à l’optimisation stochastique évolutionnaire. Sans parler des sous-entendus à peine masqués sur des mœurs vraiment très, très post-soixante-huitardes qui pourraient avoir cours dans le futur...

Enthousiaste convaincu, curieux et visionnaire cézigue Diderot.
Il a presque toujours été obligé d’avancer masqué car les censeurs de l’establishment avaient tous pouvoirs sur les «esprits forts» de leur siècle ; il n’avait pas la fortune d’un Voltaire, il était tenu de rester à Paris, fallait bien qu’il trouve des subterfuges pour continuer à ramener sa grande gueule !
Quoi de mieux que des dialogues imaginaires autour du rêve d’un grand homme de son temps (d’Alembert)...

Encore bravo et merci pour tout, cher géant.



©Chèvre-pied
stochastiquement évolué



Et fous troufez fa drôle...








dimanche 6 septembre 2015

Diderot ou l'enchanteur des Lumières

Tu te souviendras sûrement, farang figaro-ci, figaro là, qu’aux entours de l’an deux mil dix, le glorieux journal «Le Monde» fit paraître toute une série de bouquins phisolophiques et, gourmande comme je le suis, je ne manquais pas de me les procurer tous... Maintenant, je regarde ce mètre linéaire de papier cartonné en me grattant la tête : quand aurai-je le temps de lire tout cela ? Et ouais, tu te figures bien que malgré toute ma bonne volonté je n’ai jamais dépassé le stade d’amateur laborieux en ce qui concerne les «humanités» qui vont des pré-socratiques à Heidegger, mettons. Ça m'intéresse, bien sûr, mais chuis trop dispersé, je ne possède pas de méthode. Je fais des efforts cependant, et ne manque jamais de sauter sur l’occas dès qu’elle se présente. Tu te souviens que nous venons de déguster la sucrerie de Dame Sophie Chauveau, Diderot, le génie débraillé… Elle m’a méchamment donné envie de lire ce lascar ! Vite un coup d’oeil (celui qui n’a pas de cataracte) sur la bibli, et hop, hop, j’ai rempli mon caddy !
Bon, j’ai déjà lu «Jacques le fataliste» il y a une trentaine d’années ; peut-être y remettrai-je le nez ? En attendant on démarrera par cette compile du «Le Monde».

Plein de textes en fait, ça titre presque cinq cents pages quand même :

Pensées philosophiques
Diderot a été un maître des aphorismes...
XXVII
L’ignorance et l’incuriosité sont deux oreillers fort doux ; mais pour les trouver tels, il faut avoir la tête aussi bien faite que Montaigne.
…

Addition aux pensées philosophiques
… et il détestait les curés...

LVIII
Ce que ces atroces chrétiens ont traduit par éternel ne signifie, en hébreu, que durable. C’est de l’ignorance d’un hébraïste, et de l’humeur féroce d’un interprète, que vient le dogme de l’éternité des peines.
…

Lettre sur les aveugles à l’usage de ceux qui voient
Cette publication lui vaudra la prison, car les censeurs de Louis XV ne s’y trompent pas, sa critique enfonce encore et toujours le dogme chrétien et les convenances…

[...] Car savons-nous ce que c’est que la matière ? nullement ; ce que c’est que l’esprit et la pensée ? encore moins ; ce que c’est que le mouvement, l’espace et la durée ? point du tout ; des vérités géométriques ? interrogez des mathématiciens de bonne foi, et ils vous avoueront que leurs propositions sont toutes identiques [...]. Nous ne savons donc presque rien ? cependant combien d’écrits dont les auteurs ont tous prétendu savoir quelque chose ! Je ne devine pas pourquoi le monde ne s’ennuie point de lire et de ne rien apprendre [...]
…

Addition à la lettre sur les aveugles
Trente ans après, il retouche sa lettre sur les aveugles…

Si la peau de ma main égalait  la délicatesse de vos yeux,  je verrais par ma main comme vous  voyez par vos yeux, et je me figure quelquefois qu’il y a des animaux qui sont aveugles, et qui  n’en sont pas moins clairvoyants.
…

Entretien entre D’Alembert et Diderot
Un dialogue imaginaire entre Diderot et D’Alembert. Ici, l’ami Diderot déploie toute son intuition, c’est vraiment l’homme d’un nouveau monde.

Diderot
[...] Nous ne faisons qu’énoncer des phénomènes conjoints dont la liaison est ou nécessaire ou contingente ; phénomènes qui nous sont connus par l’expérience ; nécessaires en mathématiques, en physique et autres sciences rigoureuses ; contingents en morale, en politique et autres sciences conjecturales.

D’Alembert
Est-ce que la liaison des phénomènes est moins nécessaire dans un cas que dans l’autre ?

Diderot
Non. Mais la cause subit trop de vicissitudes particulières qui nous échappent pour que nous puissions compter infailliblement sur l’effet qui s’ensuivra. La certitude que nous avons qu’un homme violent s’irritera d’une injure n’est pas la même que celle qu’un corps qui en frappe un plus petit le mettra en mouvement.
…

Supplément au Voyage de Bougainville
Un supplément qui devrait calmer tous les néo-pénitents friands de repentances et d’autoflagellations. Non, Diderot n’était pas raciste ; non il ne croyait pas à la supériorité de l’homme «blanc» et de son système de valeur. Il suffit de lire ce dialogue entre Orou, le vieux chef tahitien, et l’aumônier du navire de Bougainville ; c’est un procès à charge contre les us & coutumes de la société européenne du XVIIIe.


Diderot c’est l’archétype du chien fou dans un jeu de quilles ; affamé insatiable de la vie et précurseur de la modernité, c’est aussi et surtout notre Atlas qui porta son Encyclopédie sur ses vastes épaules envers et contre tous.
Si notre XVIIIe a été un phare de l’humanité, alors il y a un gros paquet de photons estampillés ©Denis Diderot qui nous en parvient encore !

Merci lointain et lumineux ami.



(Crédit photo: WTT/SIPA)


Diderot n’a jamais existé,
Dieu ne l’aurait pas permis...

samedi 5 septembre 2015

Pour la Science, Septembre 2015 - n° 455

Tiens, demanda mon Être à mon Étant, après qu’il eût dévoré le «Pour la Science» du mois de Septembre, serais-tu capable, vieux con, de torcher un truc rigolo là-dessus dans ta chip log ?
???...
Ouais, chais pas vous, mais je trouve que mon Être commence à prendre des attitudes très malsaines à l’encontre de mon Étant, ça frôle sinon la lutte des classes, du moins la maltraitance ontologique, quelques fois… Y m’a traité de «vieux con» devant tout le monde, là ! Non mais, pour qui se prennent-ils ces Êtres ? Putain, c’est toujours nous, les Étant, qui devons faire leurs quatre volontés et ensuite en payer les conséquences : ils calculent des plans mirifiques, on dort pas ; ils se torchent comme des polonais, on a la gueule de bois ; ils déconnent en bagnoles, on perd des points sur le permis ; ils se marient, on paye les pensions alimentaires ; ils se veulent phisolophes, faut écouter Adèle van Reeth tous les matins sur France-Cul ; ils se prennent pour des kosmonautes, on s’abonne à «Pour la Science», «Ciel&Espace», etc.
Merde à la fin ! À bas la dictature de l’Être sur l’Étant  !
Y a pas, Heidegger nous a fait beaucoup de torts !
Cela dit, le gant a été jeté, je ne puis me dérober car c’est encore mon Être, ce démiurge, qui détermine mon Étant.

Bon, trêve de philo à deux balles et passons à la physique à six sous... 
Comment pourrais-je te présenter ça ?

Hum, hum...

À l’instar de Limonov, le gluon est un petit salaud.
Tu ne peux pas imaginer où vont se nicher ces bestioles car nous nous situons dans les extrêmes de Plank, aux limites de nos paradigmes. Pour bien entraver la situasse faut d’abord que tu te figures un atome : C’est pas gros un atome, hein ? Ben si, car toi et moi sommes fabriqués de molécules, elles mêmes constituées d’atomes bien plus petits, et justement, ça ne s’arrête pas là ; les atomes sont à leur tour constitués de toute une joyeuse ribambelle de quarks. Te dire s’ils doivent être riquiqui ces zanimaux !  
Bon, et le gluon, me demanderas-tu ?
Le gluon, te rétorquerai-je, c’est une particule de spin entier, et il fait donc parti de la glorieuse famille des bosons qui, comme chacun le sait, sont la cheville ouvrière du P.S.T. (Puissant Syndicat des Transports), et, à part cette grosse feignasse de boson de Higgs, ce sont les spécialistes des échanges d’humeurs entre tout ce petit monde. Disons qu’à cette échelle là, c’est l’amour ; c’est le principe qui fait que tel ou tel quark va bien aimer telles ou telles quarkettes (et pas telles ou telles autres) et qu’il va vouloir passer sa vie avec elles. Oui, la tribu des quarks est très sympathique et un peu polygame, pleine de saveurs exotiques telles que Up, Down, Strange, etc., et tout cela engendre une frénésie sexuelle qui finalement va fabriquer les noyaux de la matière : les protons et les neutrons.
Le gluon c’est la force qui va unir les quarks entre eux, c’est Cupidon… tu vois le coup ? Et ce n’est pas rien l’amour gluonique, c’est juste 98% de la masse d’un proton middle-class.
Attention cependant, ne vas pas t’imaginer que les quarks sont d’horribles jansénistes qui ne considèrent leur vie qu’en couple, non et je viens de te le dire, ce petit salaud de quark est polygame, il faut qu’il se lie à deux quarkettes ! Ils baisent par trois ; cherche pas, c’est comme ça, c’est une loi, c’est l’apanage de toute matière baryonique qui se respecte, 'tain.
Nonobstant, ça fait un peu peur ; quand tu penses que notre matérialité repose sur des choses aussi triviales que les turpitudes existentielles d’un ménage à trois !

Donc, et pour en finir, qu’il te suffise de savoir que les gluons sont les agents de l’interaction forte, de sorte qu’ils assurent la cohésion des assemblages de quarks que sont les protons et les neutrons ; bref, voila les garants de la cohérence du noyau atomique.

Bon, j’espère que je ne m’en suis pas trop mal sorti, et surtout je souhaite que toutes les petites quarkettes qui liront cela finiront par comprendre qu’un quark normalement constitué est en droit d’avoir une liaison avec deux quarkettes ; c’est même plus qu’un droit, c’est un devoir car c’est une loi de l’Univers !

Plus sérieusement, je profite de cette petite fantaisie pour remercier toute l’équipe de «Pour la Science», dont je suis le fidèle lecteur depuis 14 milliards d’années (en gros), et surtout dire mon admiration pour tous ces magnifiques chercheurs et chercheuses qui sont l’élite, la pointe fine de ce qui fut jamais créé à partir de poussières d’étoiles...
Bravo et merci à vous tous !






Reconstruction numérique d’une liaison torride entre un quark Up et un quark Down sous l’action du petit gluon (en haut à gauche)...
(Photo réalisée par le Détecteur ALICE, LHC, Cern)

jeudi 3 septembre 2015

Diderot, le génie débraillé, Sophie Chauveau

Oncques ne lut biographie aussi romanesque, aussi passionnante, aussi fluide et agréable... si ce ne sont celles commises par Dame Mona Ozouf !
Force est de le constater, la jouvencelle Sophie a réellement réussi à me plonger dans la subjectivité d’un mec qui s’appelait Denis Diderot.
Ah, noble ami que ce Denis, dans la lignée de ses deux maîtres, Montesquieu et Voltaire ; il sera l’égal d’un Rousseau, d’un D’Alembert ou d’un La Condamine.
Bien sûr, farang-conseilliste, tu connais cézigue grâce à sa monumentale Encyclopédie… mais si ! Son nom est toujours accolé à celui de D’Alembert... ça te revient ? L’Encyclopédie de Diderot et D’Alembert.
Et ouais, c’est l'ancêtre de wiki ! (©DenipédiA est ton ami). Cela dit, c’est lui qui en porta les premiers volumes sur ses épaules tandis que d’Alambert papillonnait, apparemment plus occupé à rechercher honneurs et gratifications auprès des Grands.

En vérité, rien de plus savoureux qu’une biographie dès lors que l’auteur d’icelle en pince pour son sujet, qu’il en est amoureux.
Je sais, on a déjà lu nombre de bio à charge, et comment ne le seraient-elles pas quand un vaillant historiographe s'attelle à te faire partager le quotidien de monstruosités telles que : Néron, Gengis Khan, Guillaume II, Margaret Thatcher, Gourbanguli Berdimoukhamedov, ou Kim Jong-il ? D'insignes enfoirés qui ne sont aimables que le matin, quand ils font caca...

Hors donc, la miss Sophie elle l’aime son Denis, même débraillé, ça se sent à toutes les pages qu’elle est amoureuse cette fille. Du coup, on l’aime aussi à l’ami Diderot, car d’une part la formidable maîtrise de son art et l'enthousiasme évident de la biographe nous emporte jusqu’à des nuits blanches, voire ultra-violettes, et d’autre part, je me demande quel énergumène n’aimerait pas l’homme Diderot ! Une âme noble, lévinassienne ; un géant altruiste et un parfait aficionado de Montesquieu et Voltaire.  
Un parcours remarquable, une lumière parmi les Lumières dont le XVIIIe n’a pas été avare.
Il naît à Langres en 1713 ; famille de coutelier, père rigide, mère soumise, une soeur adorée (Denise), un frère cadet détestable (Didier) et une autre petite soeur qui mourra de “religion”. Suite à un parcours sans faute chez les jésuites du coin, son père lui voit une carrière toute tracée dans la curetonnaille. Voila donc l’ami Denis qui débarque à Paris en 1728 pour faire son grand séminaire. Au grand dam du daron, il va alors faire durer ses études tant qu’il pourra, deux ans de philo, trois ans de théologie… Il ne veut pas revenir à Langres faire le curé (il les hait), et on sait tous qu’il ne l’a pas fait ; tant mieux pour nous ! Non, il va enchaîner les petits boulots de clerc, traîner dans le Paname interlope, tâter de l’écriture, du théâtre, de la traduction et de la misère jusque dans les année 40.
Attention, c’est la mauvaise période Louis XV, la censure sévit ; première incarcération au château de Vincennes. Puis il rencontre Rousseau, Condillac, D’Alambert, Buffon, D'Holbach, Malesherbes, etc.
La suite, c’est L’Encyclopédie, le théâtre, et la foultitude de textes qu’il nous a légué en héritage. Hélas, il mourra en 1784 et n’assistera donc pas au brasier de la Révolution qu’il contribua à allumer.

Diderot était l'homme de tous les superlatifs ; il ne mangeait pas, il dévorait ; il n’écrivait pas, il dénonçait ; il n’aimait pas il adorait ; il ne travaillait pas, il abattait. Tellement fidèle en amitié qu’il en bêtifiait ; tellement infidèle à sa femme qu’il resta avec elle jusqu’à la fin ; tant d’amantes de qualités ; tant de joie, de peurs, de bonheur de vivre… pfiou ! Quel monsieur ce Diderot ; un stakhanoviste de la vie !

Je t’invite à constater tout cela par toi-même en lisant les 560 pages de ce livre.

Si j’avais un seul regret à formuler après avoir dévoré cette pépite, c’est d’avoir découvert que Rousseau s’avéra être un sale con, méchant, pleutre, fourbe et vindicatif, à l'encontre de Diderot … 
Ça m’a gâché tout mon «Contrat Social»,’tain !

Oh oui, Sophie Chauveau, j’ai aimé ton «génie débraillé» et je ne vais pas manquer de plonger sans tarder dans ton «Siècle de Florence»... 
Encore merci ma chère.


Sophie Chauveau





Sophie… Oh, Sophie...