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lundi 10 novembre 2014

Un monde magique, Jack Vance

Premier livre du cycle “Terre mourante” (The Dying Earth, 1950), cet opus assez singulier sera suivi par les deux Cugel et Rhialto le merveilleux.


Dans un futur fort, fort lointain, au moment où la lune a disparu (?) et où le soleil est presque mort, ne reste sur la Terre que les arts millénaires de la magie et de la sorcellerie en guise de technologie.

Le jeune magicien Turjan de Mir se doit de reconquérir maints savoir oubliés et, pour ce faire, voyagera jusqu’en Embellyon afin consulter le grand magicien Pandelume, dernier détenteur de tous les secrets de cet art presque perdu.


Décadence, sortilèges, démons, terres hantées, jeunes gens en quête d’avenir et déjà le souffle baroque de la griffe du maître.


Cela dit, le bouquin est assez déstabilisant en première lecture car saucissonné en plusieurs aventures assez disparates et laisse soupçonner une compilation de nouvelles.
Je te l’avoue, farang-rosicrucien, ce n’est pas mon livre favori et notons que par la suite le dabe à bien redressé la barre ; il faut cependant commencer par ce tome car il plante le décor de la saga de Cugel qui, elle, sera une véritable ode à ce personnage unique et malicieux…


Notons aussi la superbe couverture d’un Druillet au mieux de sa forme (sûrement en pleine période Lone Sloan)


Merci papa Jack, je vais maintenant reprendre une vie normale et me réserver la suite pour le mois prochain… et oui, je vis sous la botte d’une PAL en perpétuelle expention et qui est sans cesse à me rappeler à mes devoirs !


©PAL




Je vous demande de ne pas faiblir...

Les maîtres des dragons, Jack Vance

Un petit break s’imposait, histoire de reprendre une respiration, et puis, un blogo-machin s'appelant 4269 de la Carène et où figurerait moins d’un Jack Vance par an ne ferait pas très sérieux, non ? Après tout, c’est bien Jack Vance qui est le père putatif de fils@papa.
C’est donc chose faite, je renoue avec le vieux.


Ce texte est sorti en France dans un Galaxie de 1962, puis en roman en 63.
Celui que j’ai pioché dans ma vénérable bibli était paru chez Presses Pocket en 79 avec une couverture de Siudmak.


Un univers à la Jack Vance, donc, baroque et extravagant.
Aerlith, petite planète des confins, abrite les derniers humains. Hélas, de façons assez récurrentes, elle reçoit la visite d’une race spacio-pérégrine, les Basiques, très laids et très hostiles, qui tente d’éradiquer les ultimes poches d’homo-sapiens.
Heureusement, Joaz, le seigneur de Val Banbeck a oublié d’être con et ce brillant jeune homme va organiser la défense des siens. Il faut aussi souligner qu’il possède une armée de dragons sinon domestiqués, du moins entraînés au combat et nous assisterons à de furieuses mêlées entre les méchants estraterrestes et moultes Jaggernauds, Tervagants, Califourches et autres Unicornes ; brèfe, ça va saigner et ces enfoirés de Basiques vont méchamment morfler. 



Merci au dabe pour ce souffle de jeunesse !


John Holbrook Vance





Fils@papa, je suis ton père…

dimanche 9 novembre 2014

Le pain nu, Mohamed Choukri

Une autobiographie.

Une plongée dans l’extrême misère des années 1940-50 du Maroc.

L’ami Mohamed Choukri a eu une jeunesse de merde : la faim en leitmotiv, une maltraitance extrême, un père alcoolique et déserteur de l’armée espagnole qui assassina son petit frère un soir où il pleurait trop. Le jeune Mohamed s’échappera de la “maison” dès qu’il le pourra car le vieux n’est pas toujours en tôle et ce vaurien cogne sur tout ce qui bouge quand il est chez lui : sa femme et ses enfants, etc.
Sauf que la vie en plein air dans le Maroc de ces années là, ben, c’est pas du gâteau ! Même pas du pain !
Mille misères, embrouilles, crapuleries. Mille façons de survivre, une découverte de la sexualité absolument déplorable, et surtout mille exemples de la maltraitance des femmes en particulier et du plus faible en général. Maltraitance toujours inversement proportionnelle au niveau d’éducation des mâles…
Hè, les filles, en parlant de cela, j’espère qu’il existe un hachetague du genre : #éduquons_un_mâle !
Brèfle !

Mais le petit gars Choukri, auto-élévé à la dure dans les sévères conditions qui transpirent de ce livre a eu sinon la conviction, du moins le courage nécessaire pour s’extraire du merdier séculaire dans lequel il était englué, il a appris à lire et écrire à vingt piges, et, qui plus outre, il est devenu écrivain ; te dire le parcours, te dire si tout peut refleurir !

J’ose subodorer qu’il a eu une vie plus sereine que promise par le contexte “laborieux” de ses débuts et surtout, qu’il n’a jamais, ô, jamais cogné sur sa femme… ou ses enfants.

Bravo et merci pour la leçon, monsieur Mohamed Choukri.






Y a pas d’méhéhéhé...

jeudi 6 novembre 2014

Condorcet, Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain

Und, Fragment sur l’Atlantide

Il y a un peu plus de deux-cent-vingt ans (fin 1793), aux pires heures de sa vie, alors qu’il se terre chez Mme Vernet et que l’Incorruptible Maximilien (Robespierre, pour les deux ou trois étourdis qui débarqueraient de Tau Ceti Central) tenait absolument à le faire couper en deux, l’ami Marie Jean Antoine Nicolas écrivit cette Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain.
Ah, bordel, ce mec croyait vraiment à ce qu’il faisait. Là, au seuil de sa vie, seul, persécuté, presque vieux, il arrive encore à garder un regard lumineux et optimiste sur l’épopée de l’homo-sapiens. Bien sûr, cette histoire il la voit plus courte et plus simple que ce que l’on en sait deux cents ans après, mais il en perçoit l’essentiel, il décèle une progression dans l’émancipation des peuples et des individus dès lors qu’ils suivent quelques règles assez simples : justice, éducation, liberté...

En dix tableaux qui formalisent sa vision de cette odyssée, il dissèque notre passé, puis son présent, et puis un peu de son futur - notre présent, donc.

Depuis les premiers hommes qui s’extraient du règne animal en s’organisant de façon de plus en plus complexe ; en domestiquant ; en cultivant ; en inventant le dessin puis l’écriture (une mémoire à l’échelle d’une espèce) ; il s’arrête ensuite longuement sur les grecs, ceux qui ont tout formalisé ; puis il continue en fustigeant d’importance le règne des romains, des barbares et finalement des rois et des curés (ch’ais pas bien ce que lui ont fait les jésuites, mais il les aime pos !) ; mais aussi pour louer l’avènement de l’imprimerie, des Lumières, de la science, de l'émancipation et de la liberté par la connaissance, du rejet des superstitions séculaires ou, plus généralement, des ségrégations en tous genres ou couleurs et, bien sûr, c'est un libéral, de la libre circulation des biens et des personnes...
Dans le Fragment sur l’Atlantide il propose même une perspective sur ce qu’il faudra faire dans le futur (le sien), du genre : une académie des sciences universelles, laisser les femmes occuper leur véritable place, etc. Des trucs dingues, disons.


Tu le vois, farang-zadiste, il s’agissait bien là du dernier des précurseurs !


Cela dit, on c’est tous fait baiser par Rousseau : non, l’homme n’est pas naturellement bon, et il vit dans l’enfer des Autres.

Merci au ci-devant Caritat... pour la lecon, et pour l'exemple.







Dorcet ? Il était loin de l'être...

dimanche 2 novembre 2014

Condorcet, Elisabeth & Robert Badinter

Un intellectuel en politique

Décidément, je n’en démords pas : qu’est-ce que c’est bien de lire une bonne biographie.

Ne ris pas, farang-indécrottable, je t’assure que pour mézig c’est aussi jouissif que s’abîmer dans le Cycle de Tschaï de papa Jack Vance ou le Dernier Royaume de tonton Pascal Quignard, surtout quand les deux plumes qui ont créé cette petite merveille de sept cents pages appartiennent au couple Badinter et que le sujet de leur minutieuse et aimable attention s’appelle Marie Jean Antoine Nicolas de Caritat, marquis de Condorcet.

Toi aussi, tu pensais que Condorcet n’était qu’un nom de lycée ou une rue dans le 9e (Métro Poissonnière), hein ? Ah, putain ! On était loin du compte ! L’ami Jean Antoine Nicolas c’était pas du bidon...

Dans les années 1770 il est cul et chemise avec du beau monde, du gros calibre. C’est bien simple, je les appelle la bande des 4 : Voltaire, Turgot, d’Alembert et Condorcet ; le quadriumvirat  de l’intelligence des années 1770-1780, le dernier feux des Lumières ; les ennemis jurés des Necker, des Malesherbes, des curés, des mauvaises manières des aristo et de la gabegie en général. Ce sont des “libéraux” qui à l’instar d’un Tocqueville, lorgnent attentivement sur ce qui se passe en Amérique.

Affirmatif, l’ami Nicolas est déjà un très grand monsieur, très grosse tronche, une sommité géométrique et philosophique, quand il débute en politique (1774).
Calcul intégral, économie, contribution au Supplément de l’Encyclopédie, éducation, les poids et mesures, la fiscalité, la législation, la justice (je comprends mieux qu’il ait aussi intéressé Badinter), etc. ; rien ne le rebute il excelle dans maints domaines.

...
1781, Epître dédicatoire  aux nègres esclaves...
Mes amis,
Quoique je ne sois pas de la même couleur que vous, je vous ai toujours regardés comme mes frères. La nature vous a formés pour avoir le même esprit, la même raison, les mêmes vertus que les Blancs. Je ne parle que de ceux de l’Europe ; car, pour les Blancs des colonies, je ne vous fais pas l’injure de les comparer avec vous ; je sais combien de fois votre fidélité, votre probité, votre courage ont fait rougir vos maîtres. Si on allait chercher un homme dans les îles d’Amériques, ce ne serait point parmi les gens de chair blanche qu’on le trouverait… Votre suffrage ne procure point de places dans les colonies ; votre protection ne fait point obtenir de pensions, vous n’avez pas de quoi soudoyer des avocats : il n’est donc pas étonnant que vos maîtres trouvent plus de gens qui se déshonorent en défendant leur cause, que vous n’en avez trouvé qui se soient honorés en défendant la vôtre… Je sais que vous ne connaîtrez jamais cet ouvrage, et que la douceur d’être béni par vous me sera toujours refusée. Mais j’aurais satisfait mon coeur déchiré par le spectacle de vos maux, soulevé par l’insolence absurde des sophismes de vos tyrans. Je n’emploierai point l’éloquence, mais la raison ; je parlerai non des intérêts de commerce, mais des lois de la justice.
Vos tyrans me reprocheront de ne dire que des choses communes, et de n’avoir que des idées chimériques : en effet, rien n’est plus commun que les maximes de l’humanité et de la justice ; rien n’est plus chimérique que de proposer aux hommes d’y conformer leur conduite.
...

Ponte de l’Académie des Sciences, il est élu à l’Académie Française en 1782 ; il demeure cependant bon comme le pain, droit comme la justice, modeste comme… comme… merde, j’en trouv’ pas dans mon horizon politico-événementiel, dis-donc ! Faudrait trouver un mec de l’Académie qui outre sa puissance éditoriale littéraire et journalistique serait capable de t’expliquer ce qu’est un objet de Thorne-Zytkow tout en ferraillant dans toutes les arènes politiques pour les plus nobles causes qu'il soit permis de défendre.
T’en vois beaucoup des hommes de ce calibre, toi ? Il te vient un nom à l’esprit ?

Nous plongeons dans l’intimité d’un humaniste surdoué et d’un véritable républicain à l’heure où ce n’était pas encore la mode ; il sera de tous les combats : abolition de l’esclavage, égalité des femmes, éducation gratuite et universelle… Pfiou ! Il ne lui aura manqué que l’éloquence, quel dommage !
Cependant, le bon Condorcet va vite passer pour un mouton enragé dès 1789. Ouais, ses copains aristo ne vont pas bien aimer sa haine des curés et de la noblesse, car il a choisi son camp et n’en démordra jamais… jusqu’à en mourir (mars 1794) en s’empoisonnant dans sa cellotte, frustrant ainsi l’ogre Robespierre qui voulait le masicotter avec les autres grossium de la Gironde : Brissot, Bussot, Vergniaud, Louvet, Pétion, etc.

Bon, tu l’auras compris, farang-montagnard, ce pavé des amis Badinter m’a véritablement subjugué, sans compter que j’adore cette période de notre histoire francaouite et que rien ne m’est plus agréable que d’entrecroiser les personnages de cette époque formidable.
Je veux tout connaître de nos pères fondateurs.
Alors, bien sûr, je vais maintenant m'intéresser de plus près à des calibres comme Vergniaud, Desmoulins, à ces salauds de Marat, Hébert et son Père Duchesne, etc., car à force de les côtoyer à travers les Michelet, les Lamartine, les Mona Ozouf et autres Max Gallot, je décide maintenant qu’il me faut en avoir le coeur net, qu’il me faut tout savoir de ce morceau d’histoire… de mon histoire.
Y a pas, ça me possède, ‘tain !
Tant pis pour vous.

Merci à toi, Ô aimable Condorcet, Ô lumière d’au moins cinq de mes nuits, et merci à monsieur et madame Badinter, ce fut un bonheur.


©Hécate




1767 : Du problème des trois corps.

dimanche 26 octobre 2014

Le Bonheur, désespérément, André Comte-Sponville

«Qu’est-ce que je serais heureux si j’étais heureux !»
Woody Allen

Voila, tout est dit dans cette citation reprise en quatrième de couverture.

L’ami Dédé se méfie de l’espérance et, là où Spinoza voyait une puissance dans le désir, lui, n’y voit qu’une souffrance, la brûlure du manque qui ne peut dégénérer qu’en lassitude ou déception dès lors qu’il est comblé.
La sagesse sera donc dans cet entre-deux, entre désir et ennui, chercher à être heureux de ce que l’on possède déjà, de ce que l’on fait et de ce qui est ; parier que le bonheur est un acte désespéré à renouveler à chaque instant, un peu comme la perte d’équilibre permanente qui préside à la marche d’un bipède comme toi et moi.

Il faut donc trouver un équilibre entre la recherche forcenée d’un idéal, par définition inatteignable et générateur de frustrations, et la simple et honnête jouissance de ce que l’on fait et de ce que l’on vit maintenant ; le plaisir et la joie plutôt que le désir et l’ennui.


Merci à l’ami Cricri pour ces béatitudes selon Saint Comte-Sponville.






 Sinon, y a toujours la chimie lourde...

vendredi 24 octobre 2014

Train de nuit pour Lisbonne, Pascal Mercier

Encore un coup de Nounours :
- T’as lu Train de nuit pour Lisbonne ?
- Heu… Non.
- Bon, écoute, je le met de côté pour la prochaine fois, il faut absolument que tu lises cela, c’est… c’est…
C’était la première fois que je le voyais chercher ses mots l’autre Cicéron :
 «’tain, me suis-je pensé en mon for intérieur - et oui, moi aussi j’ai un for intérieur -, ça doit “envoyer le bois” c’te affaire de Train de nuit pour Lisbonne !»
Je me le suis procuré sans attendre.

Ce qu’il y a de sûr, farang-tignous, c’est que tu ne ressortiras pas de ce livre indemne. Et d’ailleurs, ressortons-nous jamais de pareille lecture ?
J’en ai encore des étoiles pleins les yeux ! 

Ce livre est une grâce, un voyage dans le temps et l’espace, à la poursuite d’une ombre venue d’un passé portugais.
Une parfaite leçon de philo, une trajectoire balistique entre Socrate et Sartre ou Camus, disons.

Raimund Gregorius, depuis toujours prof assez falot de langues anciennes dans un lycée de Berne, va littéralement exploser en plein vol suite à une rencontre anecdotique impliquant une lusitanienne. Cézig va immédiatement éprouver un manque : un désir de “português”. Durant cette matinée fatale, il quitte abruptement ses cours, erre un moment dans Berne, entre dans une librairie de vieux bouquins et achète un livre en portugais. Là, c’est le drame, tout s’enchaîne : train de nuit, direction Lisbonne…
Une quête initiatique qui se déploie comme une explosion lente dans une Lisbonne détemporalisée, une version mélancolique du polar à étages ; flash-backs, histoires dans l’histoire, avec en fil rouge ce fameux bouquin du docteur-poète portugais Amadeu de Prado.
Mille temps, lieux, personnages qui se concrétisent par la patiente agrégation des morceaux d’un puzzle historique et métaphysique ; destins croisés dans les heures noires de la dictature de Salazar ; les bons, les salauds ; les hommes, les femmes ; les morts, les vivants ; les estropiés, les joueurs d’échec ; et aussi les mille simagrées du théâtre de la vie : intimité, amour, solitude, apparence, faux-semblants, dignité ou indignité...


Finalement, combien d’entre-nous se posent-ils les bonnes questions en attendant la mort ?


...
S’il est vrai que nous ne pouvons vivre qu’une seule partie de ce qui est en nous, qu’advient-il du reste ?
...


Je n’ai pas pu le lâcher pendant 432000 secondes (ok, ok, cinq jours), et pourtant il ne fait qu’à peine cinq cents pages ; te dire si ce fut une lecture attentive !

Merci à l’ami Pascal Mercier pour ce voyage entre jadis et maintenant, et surtout merci pour la leçon d’humanité.






Mefie-toi Marcel, j’en ai vu un monter sans billet....