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jeudi 13 février 2014

Ce genre de choses, Jean Rochefort

Au fil de la plume avec Rochefort, l’éternel jeune homme facétieux.

On volette, on papillonne avec bonheur dans quelques aimables péripéties qui ont jalonné sa belle vie. On frôle, croise et recroise les amis du conservatoire, les Bébel, les Mariel and Co.
On se régale gentiment, par petites touches. Et impossible de se défaire du style Rochefort, farang-équinophage, tout le bouquin en est saturé : 

L’amant de la femme que j’aimais demanda à me voir, rendez-vous chez Prunier, il commanda discrètement des ormeaux. Je m’assis face à lui, le choix de vin blanc me fit admettre que cet homme aux yeux verts serait définitivement mon devenir, nous parlions peu, cela ne nous gênait pas. Nous évitâmes l’un et l’autre l’insolence du rire, j’évitais de regarder ailleurs quand il régla l’addition.
…

Jeannot, on t’entend parler quand on te lit, on est au ciné ; on te voit !

Tout cela est écrit avec beaucoup de tendresse et de lucidité, avec toujours ce petit côté délicieusement précieux du mot choisi qui caractérise l’image que l’on s’est faite du bonhomme de films en pièces de théâtre.

Une couple d’heures très agréable. Bravo l’artiste !


Merci à Michou, mécano officiel de la Lison, et fourgue littéraire occasionnel (à ce propos, Michou, ça fait au moins trois semaines que je n’ai pas vu la queue d’un Charlie Hebdo).



Don Jeannot



Je vous demande de ne pas manger Rossinante...

mercredi 12 février 2014

En finir avec Eddy Bellegueule, Édouard Louis

Pfiou ! Quel bouquin mon cadet !
Ah, il n’a pas pris des pincettes l’ami Ed, il assaisonne joliment l’Homme du Picardie.

Il est cependant nécessaire de souligner qu’il ne fait pas bon traîner dans l’arrière pays de notre douce France si t’es homo, noir, juif ou arabe ; rappelle-toi que le siècle des lumières n’a pas fait que des émules, loin s’en faut.
Ceci dit, je me demande si tu ne l’as pas fait exprès d’être homo en plein pays des macho-prolos, avoue ? Y aurait-y pas un peu de provoc de ta part, hein ?

(Te fâch’ pos, Ed, j’déconne…)

Écoute-moi bien, Ed, je me demande si la question “Est-ce que Édouard Louis sera un grand écrivain ?” n’est pas devenue obsolète dès la parution de ce “En finir avec Eddy Bellegueule” ? Je n’ai pas lu ton truc sur Bourdieu, mais là tu casses la baraque mon grand ; c’est réaliste, poignant, humain, formidablement vivant et surtout t’as bien pigé que l'essentiel c’est de savoir quand s'échapper.

Cependant  laisse-moi te dire que j’ai rarement vu un mec franchir l'abîme existentiel qui existe entre le milieu “ultra-prolo” et la catégorie “bobo” sans y laisser sinon son âme, du moins une grosse poignée de plumes. Ouais, t’as fait une sacrée enjambée avec ce bouquin, t’as pété le miroir ; au passage, je rassure immédiatement tous les branleurs d’Hallencourt (80441, la Somme), t’as des couilles en ciment mon cadet, t’es un putain de vrai mâle, mec. Que tes anciens bourreaux homophobes en soient convaincus. Mais, j’ai aussi parcouru quelques articles du Courrier Picard ; y sont pas très contents de tout ça, là-bas, à Hallencourt, ta daronne ne décolère pas ! Je pense hélas que tu n’en as pas encore fini avec cet enfoiré d’Eddy Bellgueule.
(Au passage, je t’ai vu en photo dans l’Express, une vraie tête de gendre !)

Pour en finir avec toi, Ed, j’espère qu’avec cette catharsis tu auras un peu purgé la haine qu’il est légitime que tu aies ressenti à l’encontre des hommes trop simples qui t’ont fait du mal et que tu garderas un peu de commisération envers la bêtise crasse de ces pauvres hères qui sont presque encore nos frères...

Et paraphrasant l’autre qui s’inventa berlinois, je déclare ici  : ich bin ein homosexuell… et pour celles qui en doutent, sachez, aimables créatures, que je suis bien plus homo que Kennedy n’était berlinoise.

Encore bravo, fils, c’était superbe et je n’ai pas pu m’empêcher de penser au non moins excellentissime “Vie animale” de Justin Torres en te lisant. 



Ed
 


Homo sapiens-picardia…

lundi 10 février 2014

Bartleby le scribe, Herman Melville

"Une pure figure du neutre" a dit Adèle van Reeth, l’autre matin sur France-Cul en parlant de ce bouquin. C’est beau, non ? C’est normal, il s’agit d’Adèle van Reeth, elle est phisolophe après tout, et elle en a plus oublié sur la question que t’en a jamais appris, pauvre farang-picard.

Tout le monde, ou presque, connaît l’histoire de Bartleby ; un employé aux écritures, récemment embauché dans une étude (de notaire ?) et dont l’employeur est parfaitement satisfait, du moins au début, va brusquement se mettre à refuser toutes les tâches qu’on lui demande avec la célèbre phrase : I would prefer not to, qu’on peu traduire par : je préférerais ne pas (le faire).

Évidemment, il ne s’agit pas d’un refus, on ne dit pas non au conditionnel, quand on dit non, c’est non !
Là, c’est plus subtil que le refus il s’agit plutôt de résistance.

- Faites ceci, Bartleby.
- Je préférerais pas.
- Faites cela, Bartleby.
- Je préférerais pas.
Etc.

Sans compter que cet animal de Bartleby commence à influencer ses collègues, qu’il squatte son bureau même la nuit. Bref, il devient un parfait poids mort.
Bien sûr tout cela finira très mal, mais l’aimable Melville crée avec ce personnage le premier Gandhi de la littérature, un homme dont la seule force est juste d’être là, d’occuper pacifiquement l’espace et le temps, et qui se consumera dans un comportement de passivité mortifère ; un résistant absolu au changement, doté d’une incompétence structurelle à participer à quelque mouvement brownien que ce soit. Il renonce à tout sauf à être là, figure d’une présence exsangue et dé-concernée, n’offrant plus aucune prise à ce que nous nommons la raison.

Ce texte de 1853 éveille obligatoirement toute une théorie d’échos plus contemporains voire très actuels comme la résistance passive de Gandhi, les seetings des indignés, les occupations d’usines, les nuits à l'hôtel du cul tourné, etc.
En fait cela concerne tous les individus, qu’ils aient lu Melville ou pas, qui sont capables d’assumer les conséquences de cette phrase : I would prefer not to… 

Un pur exemple de la puissance de l’inertie, donc.

Et ce n’est pas fini car en dernière partie de cette petite gourmandise, comme la cerise sur le gâteau, disons, un (trop) bref résumé de la vie de Melville écrit par Jean-Philippe Jaworski… Oui mon cadet, Fifi him self !
Un truc à te donner une furieuse envie de lire une très bonne bio de l’ami Herman.

Bravo noble et aimable Jean-Phi’ip, cela dit j’espère que toutes ces activités connexes ne t’empêchent pas de te concentrer sur les onze “branches” restantes des Rois du Monde, hein ?  Nous trépignons…

Quoi qu’il en soit, merci à vous tous, Herman, Adèle, Jean-Phi, pour cette petite merveille.







Je vous demande de résister...

dimanche 9 février 2014

Le Mode interrogatif, Padgett Powell

roman ?

Une réflexion ?
Une auto-fiction oulipienne ?
Un monologue interrogatif et ethno-centré sur la condition de l’homme américain des années 2000 ?

Comment ne pourrait-on répondre implicitement à toutes ces interrogations ?
As-tu compris qu’il s’agit d’un récit en creux et que ce qui importe ici n’est pas tant la série apparemment décousue des questions que les réponses automatiques qu’elles suscitent ?
Es-tu convaincu que l’ami Padgett Powell ne fait que parler de lui et que la nature de ses questions le défini singulièrement ?

Est-ce, comme moi, le vieux Bill qui t’as poussé dans cette extravagance ? Combien de temps as-tu mis pour le lire ? Et d’abord, as-tu pu le faire en une ou deux passes, comme on le fait généralement avec des ouvrages de cette taille ?
Et comment peut-on ressortir intact de 232 pages entièrement écrites sur le mode interrogatif ? Hum ?

Veux-tu savoir comment ça commence ?
…
Vos émotions sont-elles pures ? Votre sang-froid est-il réglable ? Quel est votre point de vue sur la pomme de terre ? Devrait-on encore dire Constantinople ?
...

Et comment ça fini ?
…
Fournir des efforts pour s’entretenir suppose-t-il de se représenter sa propre Mort ?
Vous partez ? Vous pourriez ? Cela vous dérangerait ?


As-tu remarqué comme on se sent désorienté, après, dès que l’on reprend un livre “conventionnel”, quelles difficultés jusqu’alors insoupçonnées il a fallu surmonter pour que l'absence d’un point d’interrogation en fin de phrase ne soit plus considérée comme un manque, un inconfort ?

Ceci dit, remercierai-je jamais assez le trop rare Spiralweb-man pour cette agonistique pictophanie de points d’interrogations ? Ou peut-être le maudirai-je pour m’avoir mis la tête à l’envers ?

Hum ?




Vous demanderai-je de vous exclamer ? …



samedi 8 février 2014

Pavillon amiral, Patrick O'Brian

Aubrey-Maturin, t. 20

 Fallait bien que cela s’arrête, je sais.

Dernière page : 

… “À réception de cet ordre, procédez immédiatement vers Rio de la Plate, pour rejoindre l’escadre d’Afrique du Sud : vous embarquerez à bord d’HMS Implacable, pour envoyer votre pavillon amiral bleu à l’artimon, et prendre le commandement de l’escadre bleue.”
Jack tomba assis, enfouit le visage dans ses mains, presque démonté. Mais au bout d’un moment il dit :
- Voulez-vous me relire cela, Stephen ?
Stephen le fit et Jack dit :
- Pardieu, Stephen, je suis si content que ce soit vous qui m’apportiez cette nouvelle… 

Dans l’intervalle nos vaillants surprise auront participé à l’émancipation du Chili de façon active sanglante et marine. Sous couvert de relevés hydrographiques, tu auras ta dose de poudre, d’assauts furieux, d’abordages sabres au clair, farang-sanguinaire.
Toujours dans le sillage du grand Cochrane…

Mais voila, c’est fini ; mes quarante jours à la mer s’achèvent sur du Boccherini et dans la vision d’une noble pyramide de voiles, coque noyée, par avant tribord, en route vers le cap Pilar et le détroit de Magellan.

Jack, Stephen, Killick, Joe Plaice et tous les autres, nous nous retrouverons mes amis car désormais je suis chez moi à bord de la Surprise ; du coqueron à la grand-chambre ; des poulaines au gaillard d’arrière ; des fonds de cale à la pomme du grand mât.
Aimable Surprise, tu n’es pas vieille, non, tu es une demoiselle et sache que j’ai rarement refermé un livre avec le coeur si lourd…

Merci très cher Richard Patrick Russ (Patrick O’Brian), cette série fut encore une fois une estimable traversée, et, comme dirait Stephen : Dieu et Marie et Patrick avec vous, Votre Honneur.






Au revoir et adieu, jolies filles madrilènes,
Au revoir et adieu, jolies filles d'Espagne...

jeudi 6 février 2014

Les Cent Jours, Patrick O'Brian

Aubrey-Maturin, t. 19

L’ami O’Brian est impitoyable avec ses personnages ; il tue Diana, la belle épouse de Stephen Maturin, dans un accident de carrosse dès les première pages ; t’imagines l’état de notre pauvre Stephen ? 
Cependant, souviens-toi farang-énucléé, que le Stephen est un reptile marin à sang froid et qu’il va supporter sa terrible épreuve avec une très grande force d’âme de sorte que nos braves matelots de la Navy n’auront pas à rougir de son comportement, bien au contraire. Eh oui, le nabot Napoléon s’est échappé de l’île d’Elbe et remet l’Europe à feu et à sang.
La mission de la Surprise, si elle l’accepte, sera de détruire les chantiers navals que ces maudits Français ont installés tout au long de l’adriatique.
Jack hisse à nouveau son guidon de commodore et sus à l’ennemi : ravages, destructions maritimes diverses et variées, captures en tous genres, énormes parts de prise ; la méditerranée joliment à feu et à sang, quoi.
Horreur d’entre les horreurs, les équipages français qui se rendent à lui, même de façon volontaire, voire amicale, subissent nonobstant l’épreuve du pudding au raisin…

La longue pause après le  dîner du carré, pendant que Jack et Christy-Pallière poursuivaient leur conversation dans la grand-chambre, fut remplie pour ce qui était de Stephen et Richard par une consultation médicale.
- Je n’ai en aucune manière l’intention de critiquer la nourriture de la Royal Navy, dit Richard quand ils furent seuls. C’était un excellent dîner, ma parole, et un vin remarquablement bon. Mais qu’était cette masse pesante, glutineuse et qui pourtant s’effritait, enveloppée dans une sauce sucrée, qui a été servie à la fin ?
- Eh quoi, c’était le pudding au raisin, un grand favori du service.
- Eh bien, je suis sûr que c’est très bon lorsqu’on y est habitué, mais j’ai peur qu’une cuisine aussi lourde ne convienne pas à ma digestion, délicate depuis l’enfance. Franchement, monsieur, je crains de mourir.
Après les questions, palpations et autres gestes habituels,Stephen suggéra un confortable vomissement : cela fut rejeté avec un frisson, mais un modeste verre de brandy fut administré avec quelque effet bénéfique…

Si c’est pas ignoble, çà, de torturer ses  prisonniers avec de la cuisine anglaise ? !

Quand je te disais que le sévère Patrick O’Brian se comporte en parfait Ouranos avec ses enfants : il tue sèchement l’aimable Bonden d’un mauvais coup de boulet à la page 675 (version omnibus). Bonden ! Un compagnon du début, le patron du grand canot de Jack, vieux compagnon à la mer comme à la terre, putain, quel coup mes cadets !

(Je vous prie, une minute de silence pour notre aimable Bonden)...
[ tic, tac, tic, tac, tic, tac, tic, tac, tic, tac,  tic, tac, tic, tac, tic, tac, tic, tac, tic, tac,  tic, tac, tic, tac, tic, tac, tic, tac, tic, tac,  tic, tac, tic, tac, tic, tac, tic, tac, tic, tac,  tic, tac, tic, tac, tic, tac, tic, tac, tic, tac,  tic, tac, tic, tac, tic, tac, tic, tac, tic, tac.]
(merci)

- C’est bien triste tout cela, n’est-ce pas Killick ?

Plum Pudding
(lethal weapon)





Je vous suggère de vous méfier des armes de destruction massive...

dimanche 2 février 2014

Le Blocus de la Sibérie, Patrick O'Brian

Aubrey-Maturin, t. 18

Entendons-nous bien, farang-menchevik, il ne s’agit pas ici de la Sibérie à laquelle tu penses naturellement, non, est ainsi désignée une petite partie de la côte de Bretagne sous le contrôle maritime de la Royal Navy : blocus de Brest oblige. Station ingrate s’il en est.

Malheureusement, Jack a souventes fois l’occasion d’être à terre, et tu le sais, à l’instar des abeilles que Stephen installe des fois dans la grand-chambre de la Surprise, ou des charançons qui infestent invariablement les biscuits du matelot, le Jack est un reptile strictement pélagique.
Jeté à la terre, le reptile en question court de Charybde en Syllas, comme il aime à le répéter.  Encore une fois il parviendra (avec quelle facilité !) à se faire un ennemi mortel de son supérieur direct, l’amiral Stranraer, à la ville oncle d’un certain Griffiths avec qui Jack est en conflit pour une histoire de clôture. Un combat de boxe malheureux sera même organisé entre Bonden et un garde-chasse du tristement fameux Griffiths ; ça pue la relégation au fin fond de la liste tout cela :

…
Nul ne dirait de vous que vous êtes un bon marin, Aubrey ; mais jusqu’ici vous avez été particulièrement heureux dans votre choix des hommes qui font marcher vos navires. Aujourd’hui, je regrette de le dire, la chance semble vous abandonner. Si en regagnant la Bellona vous prenez la peine de jeter un coup d’oeil en l’air, je pense que même vous serez stupéfait du nombre de queues de vache que l’on voit partout, sans même parler des grands ruisseaux de saleté qui dégoulinent de ses poulaines ; mais peut-être le préférez-vous ainsi. J’ai l’intention de vous stationner dans l’escadre de terre. La navigation dans la baie est extrêmement difficile et ardue. Les innombrables écueils n’ont pas tous été relevés avec précision - bien loin de là, en fait - et quelques mois de louvoyages de haut en bas et de bas en haut en apprendrons plus à vous et vos gens pour ce qui est de la mer que d’innombrables milles couverts à la paresseuse, poussé par les alizés, vent sous vergue. De plus, quand les Français de Brest verront le genre d’opposition qui les attend près de terre, ils seront peut-être fort tentés de sortir, et c’est alors que les navires en  meilleur ordre pourront s’occuper d’eux.
...

Si ça ne s’appelle pas un “saxo”, çà, mon cadet !

Sans parler de la déconfiture matrimoniale qui lui pend au nez quand la belle Sophie, son épouse, retrouve les courriers enflammés d’une ancienne maîtresse ! Oh putain !

Bien mal parti, l’ami Jack, et, la guerre finissant, on sent bien qu’il va y avoir du mataf au chomdu…

Attends, attends, c’est pas fini, nous sommes au mois de mars 1815, et à la dernière minute, Napoléon s’échappe de l’île d’Elbe, c’est le début des Cents Jours ; la guerre continue. Oufe !






Bonden, jab du gauche (1-2-3), et crochet du droit ...